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Les musulmans se sentent lésés et visés

Une vingtaine d'associations condamne le terrorisme et l'extrémisme

Claude Lévesque   8 juin 2006  Société
L’imam Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal, figurait parmi les intervenants qui ont dénoncé hier le terrorisme et l’extrémisme sous toutes ses formes.
Photo : Jacques Nadeau
L’imam Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal, figurait parmi les intervenants qui ont dénoncé hier le terrorisme et l’extrémisme sous toutes ses formes.
Vingt associations musulmanes ont convoqué la presse hier à Montréal pour exprimer, en même temps que leur réprobation de la violence, la crainte que leur communauté ne soit stigmatisée à la suite des accusations de complot terroriste portées contre 17 de leurs coreligionnaires à Toronto.

Le groupe reconnaît qu'il n'y a pas eu de profanation de mosquées ni d'actes de violence commis à l'endroit des musulmans au Québec depuis la nouvelle du coup de filet effectué en Ontario vendredi.

Le porte-parole du Conseil musulman canadien, un des organismes présents au point de presse, Bashar Elsolh, a cependant évoqué hier «un climat d'insécurité dans la communauté, qui se sent lésée et visée».

Dans un communiqué remis à la presse, le groupe d'associations musulmanes réitère sa «condamnation du terrorisme et de l'extrémisme sous toutes ses formes».

Le texte poursuit en demandant au public et aux médias de respecter la présomption d'innocence des prévenus. «En cas de condamnation effective par les tribunaux, les musulmans canadiens seront les premiers à féliciter et à remercier les agents de police d'avoir déjoué de tels projets criminels», ajoute-t-on.

Les associations musulmanes affirment que «l'extrémisme est un phénomène social généré, entre autres, [par] des politiques d'exclusion sociale et des stéréotypes ethniques auxquels certaines communautés sont confrontées».

M. Elsolh a ajouté qu'il avait récemment conseillé à des coreligionnaires de déposer des plaintes pour harcèlement au travail à la Commission des droits de la personne. Il n'a pas voulu fournir d'autres détails à ce sujet, sauf pour dire que les gestes étaient motivés par l'appartenance religieuse des plaignants. Un porte-parole de la Commission a dit hier n'avoir pas reçu de plaintes de cette nature depuis une semaine.

Les groupes associatifs musulmans ont été pressés de questions à propos de leurs efforts pour combattre l'extrémisme en leur sein et au sujet de l'examen de conscience à faire en cas de condamnation des 17 suspects de Toronto.

«Nous ne disons pas que la discrimination ou le sentiment d'aliénation sont les causes de la violence ou qu'ils la justifient», a déclaré l'imam Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal.

La communauté musulmane a-t-elle perdu le contrôle d'une partie de sa jeunesse? (Cinq des hommes arrêtés vendredi dernier sont mineurs.) «Vous demandez des musulmans plus que vous demandez des autres communautés, a répondu M. Elsolh. Il y a partout des jeunes qui peuvent s'exprimer de façon violente. Notre communauté n'en assume pas la responsabilité.»

Les musulmans disent en revanche collaborer avec les autorités afin de combattre les messages de haine.

À la question de savoir si sa communauté fait les efforts nécessaires pour empêcher que les mosquées soient utilisées comme lieux de rencontre pour des extrémistes, l'imam Elmenyawi a répondu: «Nos mosquées sont ouvertes. [...] Nous avons une bonne coopération avec la police, que nous rencontrons souvent.»

Le communiqué lu hier loue l'attitude des porte-parole du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et de la GRC ainsi que celle du premier ministre de l'Ontario et du maire de Toronto, dont les déclarations en fin de semaine exprimaient, selon les signataires, «beaucoup d'empathie et de respect envers la communauté musulmane».

Cependant, le nom du premier ministre canadien Stephen Harper n'est pas mentionné. En conférence de presse, les leaders musulmans ont plutôt reproché au gouvernement de se servir de «cette campagne pour nourrir l'ultraconservatisme dans la société». Les intervenants ont critiqué certaines politiques gouvernementales, dont la loi antiterroriste, les certificats de sécurité émis contre des émigrants et la politique militaire en Afghanistan.

L'association Présence musulmane n'était pas représentée à la conférence de presse d'hier. Tout en se disant «parfaitement d'accord avec la condamnation absolue du terrorisme et de la violence et avec le rejet de toute réaction xénophobe envers les musulmans», son porte-parole, Salah Basalamah, a déploré que la portée générale du message véhiculé soit «un peu victimiste». «Sans rejeter totalement l'analyse sociale — le sous-emploi chez les arabo-musulmans est élevé depuis septembre 2001 —, il ne faut pas confondre la situation canadienne avec la situation en France, où les banlieues ont connu des émeutes l'an dernier.»

«Il n'est pas très juste ni très rigoureux de vouloir évacuer le facteur de l'islam politique dans le terrorisme. C'est le fait d'une toute petite minorité, mais il faut le reconnaître», a-t-il ajouté en entrevue.

Le risque d'amalgame entre le terrorisme et l'islam est réel, croit Rachad Antonius, sociologue à l'UQAM, interrogé hier par Le Devoir.

«Les musulmans ont cependant un peu tendance à exagérer, affirme toutefois le spécialiste du monde arabe. Certains membres de la communauté musulmane réagissent comme les Québécois ou les autres Canadiens qui font des généralisations.»

Il faut s'attendre à une certaine réaction hostile, poursuit M. Antonius. «Les Canadiens et les Québécois ont vu des gens accusés de vouloir commettre des crimes graves au nom de l'islam et cela les inquiète.»

M. Antonius critique cependant la «surmédiatisation» de l'affaire. «Les suspects étaient dans le collimateur de la police depuis deux ans. Nous sommes plus en sécurité depuis leur arrestation», a-t-il dit, déplorant un alarmisme qui pourrait attiser l'hostilité chez une population en général «politiquement correcte» et qui fait les distinctions nécessaires entre l'islam et le terrorisme.






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