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Manger bio au Québec - Des consommateurs affamés de nature

Pierre Vallée   8 mars 2006  Société
Les aliments biologiques sont-ils véritablement plus nutritifs et par conséquent meilleurs pour la santé? Est-ce que le fait de croquer une pomme biologique plutôt qu'une pomme tout court éloigne davantage le médecin? Et qu'entend-on par aliment biologique?

«Pour le moment, affirme Julie DesGroseilliers, nutritionniste et diététiste, il n'existe aucune étude prouvant de façon significative que les aliments biologiques sont plus nutritifs que ne le sont les aliments ordinaires.» Elle convient toutefois que certains fruits et légumes biologiques ont une teneur plus élevée en fer, en magnésium et en vitamine C, mais elle juge ce supplément négligeable. «Un seul kiwi contient suffisamment de vitamine C pour répondre au besoin quotidien d'un adulte. Alors, qu'il soit biologique ou pas, cela a peu d'importance, d'autant plus que l'organisme élimine le surplus dans l'urine.»

Pourtant, le consommateur est bel et bien au rendez-vous. «Pour le moment, la part de marché demeure modeste, à environ 2 % du marché global des produits alimentaires au Québec, mais la croissance du secteur est de l'ordre de 20 % à 25 % par année», explique Alain Rioux, secrétaire de la Filière biologique du Québec, un organisme sans but lucratif au sein duquel on retrouve tous les principaux acteurs du secteur des aliments biologiques.

Selon ce dernier, deux raisons expliquent cette croissance. «D'une part, il y a de plus en plus d'agriculteurs qui prennent conscience des enjeux liés à l'environnement et cherchent à produire de façon plus écologique et, d'autre part, il y a la demande du consommateur qui va en augmentant.» Une croissance qui s'explique en partie, selon Julie DesGroseilliers, par «le lien que font de plus en plus de consommateurs entre la santé et les choix alimentaires».

Portrait de l'industrie

Selon les dernières données compilées par le Conseil des appellations agroalimentaires du Québec (CAAQ), on comptait en 2005 au Québec 1294 sites d'exploitation certifiés biologiques, dont 1043 sont des sites de production et 251, des sites de préparation de produits biologiques. De ce dernier nombre, 160 sont engagés dans la transformation alimentaire. «C'est un avantage que le Québec détient sur les autres provinces canadiennes», souligne Alain Rioux.

Les principaux secteurs de production biologique au Québec sont, en ordre d'importance: l'acériculture, les légumes, les céréales, le lait et l'élevage, en particulier celui du boeuf. Malheureusement, la majorité des produits biologiques québécois sont exportés, tandis que la majorité des produits biologiques vendus au détail au Québec sont importés.

Récemment, la Filière biologique du Québec s'est dotée d'un plan stratégique 2004-2009 visant, entre autres, à corriger cette situation en quintuplant, d'ici cinq ans, la valeur des aliments biologiques québécois vendus sur le marché intérieur, tout en triplant la valeur des produits biologiques exportés.

N'est pas biologique qui veut

Au Québec, un produit biologique doit être certifié biologique avant d'en porter l'appellation. «Nous avons la chance au Québec d'avoir une législation à cet effet, explique Alain Rioux, et c'est la Loi sur les appellations agricoles. Cette loi a amené de la discipline dans le secteur et a augmenté la confiance des consommateurs envers l'appellation de produit biologique.»

C'est le Conseil des appellations agricoles du Québec qui accrédite les organismes de certification — on en compte six présentement — qui sont les seuls autorisés à garantir qu'un producteur et ses produits répondent aux normes leur permettant de porter l'appellation biologique. «Ces organismes sont les yeux du consommateur. Ils se rendent chez le producteur afin de faire des audits et vérifier si tout est conforme au cahier des charges.»

De plus, le consommateur peut être rassuré quant au fait que le produit qu'il achète est véritablement biologique puisque la loi oblige à indiquer le numéro de certification sur l'étiquette du produit. L'usage d'un logo, par contre, est facultatif.

Le processus d'accréditation commence lorsque le producteur en fait la demande auprès d'un organisme de certification en lui présentant un cahier des charges. Non seulement l'agriculture biologique doit éliminer complètement l'utilisation de produits chimiques tels les pesticides, les herbicides et les engrais chimiques, mais elle doit aussi se pratiquer dans le respect de l'environnement, notamment par la rotation des sols et la préservation des écosystèmes existants.

«Un des principes de base de l'agriculture biologique repose sur la vitalité des sols, explique Alain Rioux. Dans l'agriculture biologique, ce sont les matières organiques qui servent de nutriments au sol, et non les engrais chimiques. Le sol doit donc contenir tous les micro-organismes nécessaires au maintien de sa vitalité.»

La transition de l'agriculture que l'on pratique aujourd'hui à l'agriculture biologique ne se fait pas en un jour. En effet, on doit compter trois ans avant qu'elle soit complète. «C'est le temps qu'il faut pour que l'environnement s'épure et que l'on ne retrouve plus de traces de produits chimiques.» Une transition qui n'est pas toujours facile à réaliser, admet-il. «Non seulement le producteur doit-il mettre en place une nouvelle technologie et une nouvelle façon de faire, mais pendant cette période, il ne peut pas profiter de l'avantage financier que procure l'appellation de produit biologique.»

Une mode ou une nouvelle réalité ?

Selon Alain Rioux, le secteur des produits biologiques au Québec est appelé à croître puisque la demande du consommateur est maintenant une réalité incontournable, comme le démontre la présence accrue d'étals de produits biologiques dans les supermarchés.

Julie DesGroseilliers croit que cette popularité pour les produits biologiques est en partie le résultat d'un effet de mode. «Certains consommateurs achètent parfois des produits biologiques pour se donner bonne conscience. On n'a qu'à regarder ce que contient leur panier de provisions pour voir qu'on y trouve encore beaucoup de produits qui ne sont pas nécessairement bons pour la santé.»

Elle met aussi le consommateur en garde contre certains produits qui, même s'ils sont biologiques, ne font pas obligatoirement partie de ce que l'on peut appeler une alimentation saine. «Il existe des biscuits biologiques au chocolat. Mais un biscuit, c'est un biscuit, ça contient du sucre et du gras. On ne peut pas vraiment appeler un biscuit biologique au chocolat un aliment santé.»

Son conseil aux consommateurs? «Avant de manger bio, assurez-vous d'abord de manger vos cinq portions de fruits et légumes par jour. C'est le plus important. Ensuite, une fois que cela est fait, si vous préférez, par choix ou par goût, manger bio, alors allez-y.»

Collaborateur du Devoir






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