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Garde d'enfants - Un réseau complémentaire

Pierre Vallée   4 mars 2006  Société
Depuis quelques mois, le réseau québécois de garde d'enfants se retrouve à l'avant-scène de l'actualité politique. D'une part, le gouvernement Charest en a modifié le fonctionnement par l'adoption de la loi 124 et, d'autre part, les ententes fédérales-provinciales sur les garderies ne tiennent plus, le nouveau gouvernement Harper préférant aider directement les parents plutôt que de soutenir un réseau public. Ces changements sont-ils favorables et comment affecteront-ils la garde d'enfants au Québec?

Avant toute réponse, il convient de brosser un portrait des services de garde au Québec. En 1997, le gouvernement péquiste d'alors a mis en place un réseau public de garderies à contribution parentale réduite: les fameuses garderies à «cinq piastres». Ce réseau avait et a toujours trois composantes: les centres de la petite enfance, les garderies privées et les garderies en milieu familial.

On compte actuellement environ 200 000 places dans le réseau, qui se répartissent comme suit: 165 000 places, la part du lion donc, sont partagées à peu près également entre les places en installation ou CPE et les places en milieu familial; la balance, soit 35 000 places, se trouve en garderie privée. Soulignons que toutes ces places sont à 7 $ par jour. Il n'existe pas au Québec de véritables garderies privées, sauf les services de garde offerts à domicile pour un groupe de cinq enfants et moins. En pareil cas, il n'est pas nécessaire d'obtenir un permis du ministère et par conséquent, ces services de garde ne sont pas régis.

Vint la loi 124

Rappelons que, depuis 1997, les services de garde en milieu familial étaient obligatoirement affiliés à un Centre de la petite enfance (CPE) dont l'un des mandats consistait à soutenir la garde en milieu familial. De plus, le nombre de places en milieu familial variait d'un CPE à l'autre, allant d'une dizaine à une centaine.

C'est ce que vient modifier, entre autres, la loi 124 en créant des bureaux coordonnateurs (BC) qui, à partir de maintenant, ont le mandat de soutenir et de coordonner les services de garde en milieu familial. Ces bureaux coordonnateurs seront établis selon un territoire donné et ils seront chacun responsable d'un plus grand nombre de places.

Les réactions à cette modification furent différentes selon la place occupée sur l'échiquier. À l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), qui regroupe près de 750 des 1000 CPE, l'accueil a été plutôt mitigé. «Nous ne sommes pas en désaccord avec l'amélioration du système, explique Hélène Potvin, présidente de l'AQCPE, mais nous étions en désaccord avec cette façon de faire. D'autant plus que les plus récentes études démontrent que la garde en milieu familial est supérieure lorsque jumelée avec une installation.»

De son côté, le Conseil québécois des centres de la petite enfance, qui regroupe environ 150 CPE, a choisi d'appuyer le projet de loi. «Il nous apparaissait responsable d'analyser le système après sept ans d'existence, avance Francine Lessard, la directrice générale. Les bureaux coordonnateurs permettront de centraliser l'information et d'être plus efficients sur le plan financier.»

Sylvain Lévesque, président de l'Association des garderies privées du Québec (AGPQ), a lui aussi appuyé le projet de loi puisqu'il favorise davantage l'équité. «Il n'y a plus de discrimination entre les trois sortes de garde et c'est logique, puisqu'il s'agit du même enfant. Cela vient aussi corriger le monopole que les installations exerçaient sur la garde en milieu familial.»

Une mesure qu'applaudit Nathalie D'Amours, présidente de l'Association des éducatrices et éducateurs en milieu familial du Québec (AEMFQ). «En principe, les CPE devaient nous soutenir, mais dans la réalité, ce n'était pas toujours le cas. Les CPE de peu de places en milieu familial n'avaient pas les moyens de nous soutenir, tandis que d'autres CPE préféraient consacrer l'argent à d'autres fins.»

Situation actuelle

Étant donné que la loi 124 a été adoptée, ces quatre organismes ont choisi de collaborer avec le gouvernement dans cette nouvelle voie, mais tous expriment des craintes quant à l'allure que prendront les bureaux coordonnateurs. Pour le moment, tout porte à croire que ce seront les CPE qui le désirent qui assumeront le mandat de mettre en place les bureaux coordonnateurs. Une mesure qui évidemment réjouit à la fois l'AQCPE et le CQCPE.

Le nombre, et par conséquent la taille, des bureaux coordonnateurs est aussi l'objet d'un contentieux puisque tous ces organismes s'entendent pour dire qu'il en faut plus que ce que le gouvernement s'apprête à faire. «Il ne faut pas de bureau coordonnateur qui dépasse les 1000 places», soutient Francine Lessard. Hélène Potvin, quant à elle, croit que le chiffre idéal se situe autour de 450 places. «Il faut maintenir le lien entre le CPE, la garde en milieu familial et le quartier dans lequel ils se trouvent.»

Selon Nathalie D'Amours, il faut surtout éviter de commettre la même erreur avec les bureaux coordonnateurs que par le passé. «Nous ne voulons pas d'une réforme qui serait au fond une sorte de copier-coller. Il faut que le soutien dû à la garde en milieu familial soit fourni pour vrai.» Hélène Potvin souligne que les sommes allouées aux bureaux coordonnateurs seront de 50 % inférieures à celles allouées aux CPE pour le soutien de la garde en milieu familial. «On se demande si cette réforme ne sert pas surtout à justifier une compression budgétaire?»

Les mesures Harper

Tous déplorent l'abandon des ententes fédérales-provinciales sur les services de garde que vient d'annoncer le gouvernement Harper, malgré le fait que l'impact soit négligeable sur le réseau de garderies au Québec. «C'est dommage pour les autres Canadiens qui n'ont pas de réseau public de garderies, précise Sylvain Lévesque. Il sera donc impossible de construire un réseau pancanadien de services de garde.»

Quant aux sommes perdues par le Québec, la question est de savoir si elles seront éventuellement récupérées lors d'une entente à venir sur le déséquilibre fiscal. «Nous n'avons aucune idée de ce qui va arriver dans ce dossier, explique Hélène Potvin. Si les sommes sont récupérées, seront-elles encore affectées à l'aide à la famille?»

En ce qui concerne le montant de 1200 $ par année qu'entend verser le gouvernement Harper aux parents d'enfants de 6 ans et moins, il trouve grâce seulement aux yeux de Nathalie D'Amours. «C'est une façon de responsabiliser les parents et de consacrer leur rôle dans la garde de leurs enfants. On ne peut pas toujours choisir pour eux.»

Quoi qu'il en soit, tous s'entendent pour dire que la priorité doit demeurer la qualité des services de garde offerts aux enfants. «Nous disposons au Québec d'un réseau public où les trois sortes de garde doivent fonctionner en complémentarité et en concertation. C'est mieux qu'un monopole. Travaillons ensemble maintenant pour la qualité de vie de nos enfants», conclut Sylvain Lévesque.

Collaborateur du Devoir






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