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Un projet novateur pour aider les familles à risque

Isabelle Paré   23 février 2006  Société
Au moment où les querelles de clochers marquent la commission parlementaire sur la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse, des centres jeunesse de la région de Montréal, des organismes communautaires et des chercheurs s'allient pour lancer un projet novateur de 15 millions destiné à prévenir la maltraitance et à soutenir les familles les plus vulnérables.

Grâce au soutien de la Fondation Lucie et André Chagnon (1,8 million) et à un transfert de fonds de près de 12 millions dans leurs propres budgets, les centres jeunesse de Montréal et de la Montérégie ont en effet décidé de faire front commun avec des chercheurs et des experts du milieu communautaire pour créer des services hyperspécialisés destinés aux familles les plus à risque de négliger ou d'abandonner leurs enfants.

Le projet en trois volets vise d'abord à offrir un soutien intensif et un dépistage précoce aux familles vulnérables, par le biais de l'organisme Autonomie Jeunes Familles, pour prévenir d'éventuels signalements à la Direction de protection de la jeunesse.

Un deuxième volet consistera à confier au Centre d'expertise en évaluation des besoins des tout-petits le mandat d'évaluer rapidement et finement les besoins de jeunes enfants signalés, issus de milieux familiaux trop complexes pour être suivis dans le cadre des services réguliers. Cela permettra d'évaluer et de suivre 75 enfants par année et d'offrir de l'hébergement à de jeunes mères et leurs nourrissons.

Enfin, le projet permettra de créer la maison L'Escargot, en Montérégie, où seront accueillis et suivis six enfants de zéro à trois ans abandonnés par leurs familles souffrant de troubles de l'attachement.

«Ce projet s'inscrit tout à fait dans le cadre du projet de loi 125, car il propose un mécanisme sérieux de soutien aux parents», a indiqué hier Jean-Pierre Duplantie, directeur général des Centres jeunesse de Montréal, qui a réussi à réinjecter ces 14 millions dans le projet grâce à des réaménagements administratifs.

«Au lieu de diviser nos forces, il est souhaitable de s'associer pour aider les tout-petits et leur famille. Il faut sortir des sentiers battus pour améliorer nos services et faire des alliances avec le communautaire», a renchéri Camil Picard, directeur général des Centres jeunesse de la Montérégie.

Ces discours tranchent avec ceux entendus à Québec, où se termine la commission parlementaire sur le projet de loi 125, réformant la Loi sur la protection de la jeunesse. Les milieux communautaires dénoncent la trop grande emprise que donnerait la nouvelle loi aux centres jeunesse, notamment en leur permettant de décider après deux ans d'un «projet de vie permanent» pour les enfants de parents jugés inaptes à s'en occuper. Ce projet de vie, destiné à mettre fin au ballottement des enfants, pourrait être une adoption, un placement en famille d'accueil jusqu'à maturité ou un retour dans le milieu familial.

Les organismes familiaux craignent que cela ne laisse aucune chance aux parents démunis, puisque les services publics pour leur venir en aide sont insuffisants. De leur côté, les centres jeunesse et les chercheurs spécialisés dans le développement de l'enfance affirment que la loi doit fixer des délais pour éviter que le développement des tout-petits abandonnés ne soit pas compromis par des placements à répétition.






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