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Zéro-12 - De la dignité des citoyennes

Normand Thériault   11 février 2006  Société
Sont-elles professionnelles que, longtemps, on les a voulues asexuées: elles devraient travailler «comme des hommes», à savoir être toujours disponibles pour les urgences qui surgissent et, surtout, présentes à tout moment, sans interruption causée par cette «malédiction» — pour reprendre un terme utilisé par certains employeurs — que représentent les grossesses.

Sont-elles mères qu'un discours porté par tout un courant de société, où les intégristes de toute nature (tant les pro-Bush que les pro-Ben Laden) se rejoignent, les confine à un seul rôle, celui de génitrice et, par extension, celui d'éducatrice.

Reculs

Il faut remarquer — même si cela n'est pas «remarquable» — qu'en ce début de XXIe siècle, on trouve toujours de ces hommes qui s'étonnent que la femme soit aussi une mère, tout en oubliant qu'au long des millénaires, la femme a toujours été un élément important de l'activité économique: les glaneuses du peintre Millet ne sont pas des femmes qui se promènent aux champs et les chroniques de l'ancienne Égypte nous rapportent que certains pharaons furent aussi des «pharaonnes»!

Qu'à cela ne tienne! Il faudrait alors craindre pour l'avenir des systèmes de santé car plus de jeunes filles sont maintenant acceptées dans les écoles de médecine, avec pour conséquence qu'un nombre futur égal de médecins ne garantirait pas le même nombre d'heures consacrées à la tâche. Comme si, là aussi, la solution ne passait pas par une simple augmentation des inscriptions (et les économistes de calculer le rapport investissement/rentabilité, comme si toute mesure n'avait qu'un seul but, le profit, qui serait l'unique raison d'être de toute activité humaine).

Et ce qui est plus grave, c'est qu'une tendance, conservatrice de nature, impose un recul par rapport à plus d'une mesure sociale obtenue de haute lutte par les femmes. On s'attacherait maintenant à «désinstitutionnaliser» le réseau des garderies en remettant en vigueur le système universel d'allocations familiales. La femme aux revenus trop élevés devrait alors rendre à l'impôt une bonne partie des sommes que l'État «généreusement» lui verse parce qu'elle a ajouté un ou plusieurs citoyens à cette société dont le taux de dénatalité est pourtant décrié.

Reconnaissance

Il faudrait pourtant accepter quelques faits: les enfants ne naissent pas sous les choux et les cigognes en vol ont autre chose à faire que d'apporter des enfants. En retour, il est aussi normal de voir que la maternité n'est pas l'unique sort réservé à plus de la moitié de la race humaine.

Et dire que tous et toutes sont ébaubis devant le «beau» bébé qui, plus tard, figurera avec fierté sur cette photo de famille que le gestionnaire d'affaires transporte avec fierté sur son lieu de travail, établissant ainsi la preuve tant de sa normalité que de son implication citoyenne. Une photo ne vaut toutefois pas tous les mots qui consacreraient la reconnaissance due à une femme qui a choisi d'être mère, tout en voulant toutefois demeurer un membre à part entière de la société où elle donne naissance. Le plaisir de mettre au monde ne peut pas être obtenu au prix d'une perte de dignité.






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