À la tribune du midi de Radio-Canada, lorsque, autour du lancement du film de Denis Villeneuve, cet hiver, il a été question du drame de Polytechnique, un auditeur a voulu parler de Gamil Gharbi. Le malaise, en ondes, a été instantané. L'animateur le voyait venir, ce raciste en puissance, bien parti pour déraper et mentionner en direct l'origine étrangère du tueur, sa naissance sous le sceau d'une autre culture et, pourquoi pas, tant qu'à y être, ses antécédents familiaux? Vade retro, Satana. L'importun fut rabroué et coupé net, avec un zèle dans le réflexe censorial qui me laissa pantois. On ne parle pas de ÇA... Je comprenais presque la réaction paniquée de l'animateur devant la porte un instant entrouverte sur toutes ces ténèbres amassées... Le mot monstre vient de «montrer». Le cinéma est là pour ça. La littérature, elle, obéit parfois à d'autres lois. J'ai relu dernièrement une phrase de Monterroso par laquelle il expliquait son refus d'écrire un roman sur un sanguinaire dictateur guatémaltèque par sa peur d'être obligé d'entrer dans les pensées de son sujet, au risque de commencer, fût-ce par simple professionnalisme, à le comprendre.
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