Claude Gauvreau vivait très mal le Québec des années 1950. Il n'était pas le seul, mais un sombre événement vint rapidement lui donner encore plus de difficulté à gérer la réalité: sa principale alliée, sa muse, Muriel Guilbault, choisit en 1952 de tout laisser tomber. Il ne s'en est jamais tout à fait remis, on le sait de diverses sources. Il n'avait pas vu venir, n'avait pu rien faire, était dévasté... Voguant durant de nombreuses années dans un territoire flou, quelque part entre le black-out volontaire, l'acceptation et le réel ordinaire, il fit de nombreux séjours à l'asile. J'habitais en face de «Saint-Jean-de-Dieu» comme on disait, rue de Boucherville, pas loin du terrain de balle d'où on voyait, quand on jouait à la vache, l'immense maison de ferme de «l'asile» et les «pensionnaires» des Soeurs de la Providence qui cultivaient les champs...