Ils nous l'ont d'abord montré avançant, le visage grave, vers l'Histoire. Impossible de ne pas se demander ce qui lui trottait alors dans la tête, ce que Dieu seul, qui selon des sources préside à ce genre de manifestations, sait. Peut-être répétait-il les phrases qu'il allait prononcer, pris d'un ultime doute quant au choix de ce mot, à l'emplacement de cette virgule. Peut-être avait-il une pensée pour sa grand-mère qui l'avait élevé, morte deux jours avant l'élection qui promettait de changer le monde. Peut-être le coeur lui battait-il devant la solennité du moment. Peut-être songeait-il que c'en est beaucoup sur les épaules d'un homme, ces espoirs que sa quête a suscités, ces attentes si insensées, si déraisonnablement élevées que son parcours a semées chez des centaines de millions, chez des milliards de personnes. Peut-être ne pensait-il à rien, comme quand c'est trop, comme quand les pensées se bousculent à fond la caisse et qu'on pense tellement à tout qu'on finit au fond par ne plus penser à rien. Peut-être fonçait-il en s'inspirant de sa propre formule au succès foudroyant et se disait-il simplement, sûr de lui, «Yes I can.»