En 1974, pendant que la réserve lakota de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud, était à feu et à sang (une série de règlements de comptes sanglants déclenchée par le siège, l'année précédente, de ce territoire sioux par les forces du FBI et de la Garde nationale et l'infiltration de l'American Indien Movement (AIM) par les taupes de la police fédérale), un homme appelé James Welch, déjà auteur d'un ou deux recueils de poèmes, fit paraître un roman dont le titre donne le frisson: L'Hiver dans le sang. Avant d'avoir lu quoi que ce soit de lui, je connaissais ce nom, Welch, vestige nominal de quelque ascendance irlandaise diluée dans plusieurs pintes de bon sang Blackfeet et Gros Ventre. On l'associait à une littérature de la renaissance amérindienne, mais aussi à l'École du Montana, à laquelle le rattachaient non seulement ses études sous la férule du célèbre Richard Hugo, mais aussi une sensibilité déchirée, nostalgie presque joyeuse qui embrasse d'un même regard la perte des grands espaces sauvages et la déchéance de l'homme. Bref, une esthétique de la survie.