Les liens qui, dans le Québec des années 60, ont fait s'entrecroiser littérature et politique révolutionnaire constituent un riche terreau pour la réflexion. D'un côté, les littéraires «travaillés» par l'action: Aquin, Miron. De l'autre, un Pierre Vallières qui envisage, à un moment donné, un grand roman proustien. Un Bourgault qui, lui aussi, confessera un jour son envie de la forme romanesque. Il devra se contenter de caler une patte de table avec un roman de Réjean Ducharme dans un film de Lauzon. Appelons-les les trois Pierre et adjoignons à ces chefs de file (l'idéologue prolétaire et le tribun patriotard) un simple larron: Pierre Schneider, ancien reporter qui orbite aujourd'hui autour du journal Le Québécois. C'est l'histoire d'un gars qui lisait Rimbaud et qui, au lieu de devenir marchand d'armes dans le désert, se fera poseur de bombes à Montréal. C'est aussi la véritable histoire du Bozo-les-culottes, pour qui Schneider aurait servi de modèle à Raymond Lévesque. Un autre terroriste, François Schirm, de l'Armée révolutionnaire du Québec, avait déjà intitulé ses mémoires Personne ne voudra savoir ton nom. Mais c'est faux. Les anciens felquistes qui sont tombés dans l'oubli sont ceux qui l'ont bien voulu. D'autres se font un nom avec l'histoire et c'est bien correct. Nous voulons les noms, et le reste. Poètes, vos papiers!
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