Jean-Daniel Lafond, à l'époque où il vivait des fonds de Téléfilm Canada plutôt que directement sur le bras de la reine d'Angleterre, avait présenté son film La Liberté en colère, en 1994, à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM. Le gratin de la gauche québécoise avait été convié au visionnement, qui devait être suivi d'un débat. Parmi les vedettes de ce docu venues affronter le public, trois hommes ayant exercé une influence décisive sur la politique des années 70: Francis Simard, en endossant l'exécution de Pierre Laporte; Charles Gagnon, en engouffrant une partie de la gauche radicale dans le cul-de-sac de l'internationalisme prolétarien; Pierre Vallières, en prônant un noyautage en masse du PQ par cette même gauche militante. Ce soir-là, pour ce qu'il avait à dire, Gagnon aurait tout aussi bien pu être muet. Quant à Simard, qui se tint loin de la tribune, je le vois encore arpenter la coulisse comme un fauve en cage, juste avant la projection. Il savait déjà qu'une scène appelée à devenir célèbre allait dans quelques instants mettre à nu son silence encombré et l'impossible mensonge du langage corporel: dos aux grillages de l'édifice Parthenais, devant un Vallières revenu de tous les combats, aussi pugnace que jamais.
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