Premier volet de la trilogie «Familles made in USA» de l'Opsis, Anna Bella Eama de Lisa D'Amour entraîne le spectateur dans le creux d'une Amérique démunie. Pays tout aussi rêvé que l'autre, où la dureté du quotidien remplace les résidences cossues et les beaux habits, mais doué d'une excentricité dans le malheur pareillement démesurée. D'une certaine façon, on y reconnaît les anciens hors-la-loi qui hantaient l'Ouest et la solitude profonde de ceux qui n'ayant rien décident encore de se couper du monde. Seulement, le paysage est autre: taudis urbains, intérieurs miteux, avec la menace permanente d'être bouté hors de chez soi par le développement incessant. Jusqu'ici, on nous a montré plus souvent cette détresse au jour le jour au masculin. À l'Espace libre, on nous en donne, dans la traduction réussie de Fanny Britt, un exemple bien féminin.