Cheveux poivre et sel un peu hirsutes, visage aux traits fins, veste de feutre plus ou moins fraîche, jeans noirs, bottes de cuir, Carol Levasseur entrait donner son cours, cigarette Winston au bec, en repoussant du pied, d'un coup sec, la porte de l'auditorium. Son physique, m'a-t-il toujours semblé, exprimait alors tout à fait ce curieux paradoxe qui fascinait tant le cinéaste soviétique Serge Eisenstein: un corps capable de réfléchir parfaitement, comme un miroir, un système de pensée qui s'impose tout à la fois par ce qui se passe en lui et autour de lui. J'éprouvais en sa présence le sentiment qu'il réussissait, d'abord par cette expression physique unique, à faire vivre les choses mêmes auxquelles il songeait et qu'il tentait visiblement de cerner toujours de plus près. Cet homme, d'ordinaire peu bavard, m'apparaissait ainsi d'emblée, assez curieusement il est vrai, comme capable de méditer sérieusement sur le monde. Ce n'était pas qu'une simple impression.
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