L'année de la francophonie en France, dont les manifestations se poursuivent au cours de l'automne, est l'occasion de découvrir, sinon de nouveaux auteurs, du moins des écrivains moins connus parce que peu médiatisés. C'est le cas d'Anna Moï, d'origine vietnamienne, dont la quatrième de couverture nous apprend qu'elle partage son temps entre Saigon et Paris. Dans un recueil d'essais intitulé Espéranto, désespéranto, la romancière explique comment le français s'est imposé à elle, qui avoue connaître six langues. Il s'agissait de trouver l'idiome le mieux adapté à cet art de l'ellipse et du silence, ce «silence plus ou moins long, plus ou moins syncopé» qu'est l'écriture. «Si la langue invisible est désincarnée, sa transcription oblige l'écrivain polyglotte à choisir la langue dont les éléments concrets de sonorité, de prosodie et d'apparence sont le plus proches de son ambition expressive.» Cette langue expressive et concrète, elle la trouve dans le français, ce qui lui évite, lorsqu'elle veut écrire le mot «déambuler», d'avoir à choisir entre des syllabes qui changent de sens dès qu'elles changent de ton ou d'accent, comme en vietnamien, et ce qui lui permet de vagabonder à l'aise avec un seul mot, qui signifie «errer sans but précis».
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