C'est notre fête nationale. Saint Jean-Baptiste est notre patron, mais qui de nos jours connaît ce cousin de Jésus qui prêchait le message divin, baptisait les convertis et se promenait aussi avec ses moutons, qualificatif dont on a longtemps affublé les Canadiens français? Or nous ne sommes à peu près plus catholiques, «du moins de croyance», ni canadiens français. Toute référence à ce peuple d'avant notre reconversion il y a 45 ans, lorsqu'on a décidé de se rebaptiser Québécois, est nulle et non avenue. C'est dans un élan de générosité et d'ouverture aux autres qu'on a changé de nom, pour affirmer aussi les frontières du territoire du pays rêvé mais peut-être également pour tenter de rompre avec notre histoire de Canadiens français conquis, humiliés, ignorants et nés pour un petit pain. Car il faut bien le dire, les Québécois semblent avoir honte des Canadiens français d'autrefois, ces aïeux chantés par Basile Routhier, qui ont trimé dur, qui ont défriché et labouré la terre, qui ont harnaché les rivières, qui se sont échinés à bûcher les forêts et qui ont navigué sur le fleuve dont ils connaissaient, eux, la majesté.
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