Les Anglos-Américains abordent la littérature avec un esprit de sérieux tout à fait remarquable. On peut être épaté par leur énergie, captivé par leurs intrigues. Mais pour la franche rigolade, la liberté fantaisiste, un peu de carnavalesque et de folle magie, mieux vaut, actuellement, tourner ses regards ailleurs. Je m'ennuie parfois, en les lisant, de Vonnegut Jr. et de ce complet crétin de Kilgore Trout, du bon vieux Billy Pellerin d'Abattoir 5 et de La Pêche à la truite en Amérique (qui, en dépit des apparences, n'est pas seulement le titre d'un livre de Richard Brautigan, mais aussi le nom de son improbable protagoniste... ). Ce constat de platitude foncière (où l'exploit technique et l'efficacité triste du business semblent primer sur la pure jouissance langagière), Luis Sepulveda et son copain Mario Delgado-Aparain donnent l'impression de le partager dans l'inénarrable glossaire sur lequel s'ouvre leur récent livre écrit à quatre mains. Voir, par exemple, la définition qu'ils proposent à l'entrée «Amérique» (et en passant, merci pour le coup de chapeau!): «[...] divisée en trois parties: le Nord, assez ennuyeux malgré les efforts de la francophonie au Canada et la constance de Ruben Blades un peu plus bas; le sud du Rio Bravo, territoire rendu célèbre par les pérégrinations, aventures et mésaventures des jumeaux Grim; et le territoire antarctique, une région peu propice aux célébrations du carnaval ou d'Halloween.»