Téhéran est une ville laide et triste. Une mégapole poussée tout croche dans la plus pure cacophonie. Des façades sans couleur, du béton omniprésent, lézardé, grisonnant. Bref, un monstre urbain pas regardable. La population a tellement augmenté au cours des trente dernières années que les vieux quartiers aux célèbres petits jardins intérieurs perses, sous le coup des bulldozers, furent délogés par des édifices en hauteur déglingués. Les monts Alborz, aux profils déchiquetés, couverts de neige, se profilent plus loin, comme un appel d'air. Les jeunes Iraniens quittent la ville polluée pour gravir ces montagnes à la moindre occasion, s'y sentant moins surveillés qu'à la ville, et s'embrassent en cachette des gardiens de la révolution. De passage là-bas, on s'y réfugie à son tour, grimpant, respirant l'air à pleins poumons. Ces chemins de montagne, on les connaît par coeur. Les films d'Abbas Kiarostami nous ont révélé à l'écran tous leurs virages. Les voici donc, réels. Eux qu'on avait rêvés.
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