La Turquie célébrait hier le lancement de négociations d'adhésion avec l'Union européenne, mais le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a prévenu que le plus dur restait à faire tandis que les sceptiques faisaient part de leurs doutes sur l'avenir européen du pays. Avec ses 71 millions d'habitants, la Turquie compte à elle seule une population plus importante que celle des dix nouveaux États membres entrés dans l'Union en mai 2004. D'ici 20 ans, elle sera le pays le plus peuplé de l'Union. En outre, le revenu moyen par habitant représente à peine 30 % de la moyenne communautaire. Ce double défi démographique et économique explique au moins autant les réticences de certaines capitales européennes que la question de l'islam, religion de 99 % des Turcs. Dès 1923, Mustapha Kemal a instauré une république laïque. La longue marche vers l'Occident a donc déjà commencé depuis longtemps. «Mais son stade suprême, l'entrée dans l'UE, suppose le renoncement au modèle qui l'a permis, c'est à dire l'État kémaliste jacobin et laïc, discrètement autoritaire», souligne le chercheur Olivier Roy.
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