Légendaire, le «Halloween tape» circulait sous le manteau entre dylanophiles, dylanologues et autres dylanofadas depuis que le monde est monde. On en parlait comme du meilleur spectacle existant de la première période acoustique de Sa Sainteté, l'équivalent du sermon sur le mont des Oliviers pour le Messie folk, miraculeusement capté pour l'éternité. Enfin, vous et moi pouvons vérifier: l'extraordinaire collection The Bootleg Series nous fournit quarante ans plus tard le document dans le meilleur état de conservation, tel qu'enregistré par Columbia le 31 octobre 1964 au Philharmonic Hall de New York. Eh ben vrai, c'était un grand soir: Dylan n'avait pas encore électrifié sa musique, mais il était électrisant. Allumé à l'extrême, enjoué, en voix, il donnait des chansons déjà célébrées de son répertoire d'alors les versions les plus mordantes imaginables: Don't Think Twice, It's All Right, A Hard Rain's A-Gonna Fall, It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding), l'hymne The Times They Are A-Changin' ne furent jamais plus ferventes, vibrantes et importantes que ce soir-là. Sauf Blowin' In The Wind, tout le corpus militant était au rendez-vous: l'antiraciste Talkin' John Birch Paranoid Blues, la dénonciatrice Who Killed Davey Moore?, la pacifiste Talkin' World War III Blues, l'implacable The Lonesome Death Of Hattie Carroll. Même la reine folk Joan Baez était là à la fin pour le couronnement de His Bobness, le temps de quatre duos exaltants et joyeux, blanc de mémoire sympathique y compris.