S'il n'est pas facile d'atteindre cet équilibre, cette prépondérance du plaisir au détriment du déplaisir, cet état de satisfaction que l'on nomme bonheur, le pire est sans doute d'affronter le regard d'autrui sans pouvoir se targuer d'être heureux, le bonheur étant, comme la richesse et la célébrité, une preuve publique de réussite. On a raté sa vie si on ne la passe pas le sourire aux lèvres. Surtout si on est pauvre et qu'on ne passe pas à la télévision. Dans ce cas précis, il existe quatre solutions: travailler à s'enrichir, travailler à être heureux, s'inscrire à un concours de télé-réalité ou aller se tapir dans un coin du monde où l'on peut encore rater sa vie en paix, comme dirait Beau Dommage. Le Grand Nord, par exemple. Contestable que tout cela? Certes. C'est pourtant cette dernière option qu'ont retenue les personnages de la pièce Snowman, de Greg MacArthur, créée à Vancouver et présentée en Afrique du Sud puis, en ce moment, à Montréal.