Voyez comme la vie est injuste. Il se trouve que Carla Bruni a aussi du talent. C’est rageant. Les ex-mannequins célèbres ne peuvent pas avoir du talent, c’est Dieu qui veut ça, tout l’équilibre naturel des choses tient là-dessus. Ce serait trop disproportionné, autrement. Déjà qu’il y a ce navrant écart entre les riches et les pauvres qui ne cesse de s’agrandir, s’il faut en plus que les déesses de beauté soient autre chose que des muses, on finira par ne plus croire en rien. Avec Naomi Campbell et Karen Mulder, au moins, on était rassurés: les disques nés de leurs velléités de chanteuse ont confirmé l’inéluctable vérité. Nunuches elles paradent, nunuches elles chantonnent. Et ce, malgré les efforts des rockstars qui leur tournent autour comme de vieux 45-tours rayés. Avec la Bruni, ex-p’tite copine des Clapton, Jagger et autres Julien Clerc (je tiens ce curriculum du coeur de mon amie Louise Dugas du Elle-Québec: je ne sais jamais qui sort avec qui, moi), ça ne pouvait qu’être pareil. De fait, quand j’ai lu qu’il y avait ce vieux punk de Louis Bertignac, l’ancien loubard de Téléphone, à la réalisation et aux guitares de ce premier album intitulé Quelqu’un m’a dit, j’ai fait: hé hé. Quelqu’un avait bien travaillé pour la princesse, supputais-je. Et puis j’ai écouté, écouté et encore écouté le disque. Et constaté que mam’zelle Carla, en plus de chanter fort joliment, écrit et compose toutes ses admirables chansons tout en grattant elle-même sa sèche. J’ai fait: ça alors.