C’est plein, tout plein. Plein de sable comme un désert. Plein d’eau comme un océan. Plein de musique comme un disque où il ne manque rien. Et ils ne sont que deux pour ainsi remplir l’espace. Il y a Lanois aux claviers et aux guitares: l’électrique qui a ce son si sale, l’acoustique qui a ce son si doux, et surtout la pedal steel qui a ce son si pur. Puis il y a Brian Blade à la batterie. Il y a certes d’autres musiciens au générique, mais ils sont là seulement quand c’est vraiment nécessaire, c’est-à-dire pas souvent. Pareil pour les voix. Il y a Emmylou Harris qui vient dire merci au réalisateur de son magnifique Wrecking Ball en harmonisant avec lui dans la première chanson, I Love You, parce que c’est bien d’être à deux quand on se dit qu’on s’aime. Et il y a Bono en duo pour la deuxième chanson, Falling At Your Feet, ce qui est justifié aussi vu que la chanson est une collaboration Bono-Lanois (extraite de la bande sonore du film The Million Dollar Hotel) et que Bono n’est pas du genre à s’effacer. Mais, à ces exceptions près, ce disque à la fois extrêmement épuré et extraordinairement riche est une sacrée démonstration: indéniablement, à deux, on peut. Et même tout seul, on peut aussi. Tout évoquer, tout exprimer, tout peindre. Et la présence des pures merveilles instrumentales que sont Transmitter, Space Kay et J.J. Leaves L.A. prouve aussi que les textes mêmes sont parfois bien superflus. Leçon d’économie qui ne se veut évidemment pas une leçon: c’est plutôt l’aboutissement d’une idée. L’idée d’un disque entièrement satisfaisant, où il n’y aurait pas une seconde de remplissage. Un disque parfait, c’est-à-dire parfaitement au service d’une émotion musicale sans filtre.