La photo recto du livret, j'avais la même en poster. Épinglé au contreplaqué du sous-sol fini à Montréal-Nord. C'était en 1977. J'avais 16 ans, pas de blonde et des tas de disques. Dont Simple Dreams, l'album de country-rock où Linda Ronstadt chantait — non, où elle me chantait — le Blue Bayou de Roy Orbison, le Tumbling Dice des Stones et le Poor Poor Pitiful Me de Warren Zevon. Si j'entretenais, il est vrai, un bénin béguin pour ce minois mignon, les yeux, surtout, trop grands, trop ronds, trop bonbons, j'étais absolument fou de ses chansons. C'est par elle, par ce disque-là, par ses disques d'avant et d'après Simple Dreams, que j'ai rempli un à un mes trous dans l'histoire encore jeune du rock. Par elle que j'entendis pour la première fois It's So Easy de Buddy Holly et ses Crickets. Par elle que je m'entichai de Ooh Ooh Baby et remontai à la version originale du suave Smokey Robinson et ses Miracles. Ma Linda chérie était non seulement à croquer sur papier (elle faisait exprès, faut dire, avec ses jeans coupés ras et ses moues par en dessous), mais avait un sacré goût pour les chouettes mélodies des années 50 et 60, et les interprétait formidablement. Et elle savait s'entourer (comme si on aurait pu lui dire non!): la crème des musiciens de country-rock de la Californie des années 70, dont quelques Eagles, conférait à ses relectures toute la crédibilité qu'il fallait en ces années de crédibilité rock estampillée à coups d'étoiles dans la section des «Record Reviews» du Rolling Stone.