Pierre Perret, c’est le contraire d’Yves Duteil. Le contraire d’un démagogue de la gentillesse. Il n’était pas copain-copain avec le bourru Brassens et le misanthrope Léautaud pour rien: s’il aime les rimes, les cuisses et le camembert, il distribue à quantité au moins égale les points sur les i et, s’il le faut, les poings sur la gueule. C’est la grande qualité des gens véritablement gentils: quand on fait mal à ceux qu’ils aiment, ils se découvrent des crocs. Qu’il approche les 70 printemps n’y change rien: Perret mord dans la vie et parfois dans les mollets des fielleux, véreux et autres péteux (de broue). «Pour çui qui tabasse / Sa femme ou son chien / Un p’tit cancer me paraît bien.» Et une autre minute de soleil en plus, une! Et ça se chante d’une douce et coquine voix de Pierre Perret, sur l’air de ne pas y toucher, timbre jamais lourd sur l’estomac, plus qu’agréable. Plus agréable que jamais, en fait, rapport aux très fins arrangements qu’ont cuisinés tout autour des gens de qualité, pour moitié Les Ogres de Barback et pour moitié l’excellent Cyrille Wambergue, celui-là même qui a si bien travaillé pour Vincent Delerm et Thomas Fersen. Trombones, pianos, accordéons, tubas, contrebasses, banjos et même de la scie égoïne, c’est rien que du fait-main, et du joliment fait. Joseph Racaille, un autre habitué de chez Fersen, a également titillé cordes, bois et vents pour la bonne cause. On se dit que trouver dans la cour de récré à Perret ces gens-là n’est pas fortuit: il y a là le signe d’une reconnaissance des artisans de la nouvelle chanson française à un père plus que spirituel. Pierre Perret est un trésor national de la chanson, il serait temps qu’on se le dise ici aussi.