Noire, la pochette de l'édition limitée. Sombre, le Bashung des photos à l'intérieur. L'air accablé, voire un peu désemparé, tout engoncé dans son veston noir au milieu d'une forêt grise. On ne voit pas les yeux, dans l'ombre des sourcils. Eh ben, soupire l'auditeur, le disque ne risque pas d'être tellement jojo non plus. Précisément. L'Imprudence, quatre ans après Fantaisie militaire et huit après Chatterton, est un album à risque. Bashung y a pris le risque terrible de n'être pas jojo. D'assumer la mélancolie, la tristesse, et même le désespoir. «Qu'on me disloque / Qu'on me dispatche / Qu'on m'évapore / Qu'on me disperse / Je suis noir de monde», dit-il dans Noir de monde. Je dis bien «dit-il». Bashung, ici, chante peu ou pas. On ne chante pas quand on est noir de monde dans un monde noir. On dit. On débite. On lit à voix pas trop haute, comme on lirait la rubrique nécrologique.