Le dimanche soir, c'est un peu notre messe. Tout de suite après la Saint-Jean-Baptiste, nous rappliquons avec nos jupes légères et nos souliers pointus qui frétillent d'impatience. Dans le parc Saint-Viateur, il y a une ambiance de kermesse, de bal musette et de pique-nique sous les ponts des soupirs. Le tango coule comme une eau vive, au rythme d'un huit-temps. Tous les tangueros de Montréal se sont donné rendez-vous dans ce no man's land sous le pavillon, loin des rumeurs du festival de jazz, tout proche de Buenos Aires. On fait prendre l'air à la passion et on espère que la magie nous saisira par le bras. Une initiative de l'école Tango Libre, les dimanches au parc existent depuis six ans et sont attendus avec fébrilité par les diplômés de la danse argentine. Les passants s'attardent et les danseurs ajoutent une dentelle et un crochet à leur chorégraphie pour épater la galerie. Chacun invite sa chacune ou celle de l'autre, le temps d'un, deux, trois tangos. Bernard écrase les orteils de Murielle, Paco cherche le courage d'inviter Sandrine, Louise tète son popsicle en attendant qu'on la remarque, Denis fait le paon devant Lucie, Gerardo change les disques et observe ses disciples, un sourire satisfait aux lèvres: «Le tango dans le parc Saint-Viateur permet la rencontre de tous les tangueros de Montréal; sinon, c'est chacun sa secte et son gourou!», dit le comédien, metteur en scène et directeur artistique de Tango Libre et du Théâtre de l'Esquisse, sur la rue Marie-Anne.
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