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    Une colonie spatiale imaginée par la NASA Ames Research Center dans les années 1970.

    Un futur, des humains au présent et des lettres


    Il y a eu de tout: des courriels brefs, des messages torturés, un livre publié à compte d’auteur, des idées mises en scène dans de petites nouvelles... En grand nombre, les lecteurs du Devoir ont répondu à leur façon à l’invitation de se projeter à un siècle d’ici pour imaginer le monde en 2112. Voici un florilège de ces anticipations...



    Le cortex en réseau
    Benjamin Mayo-Martin


    Au matin du 2 février 2112, l'homme qui vivra si longtemps aura 130 ans puisqu'il est déjà né.

    Il regardera le ciel azur et consultera la météo sans avoir à interagir avec aucune interface puisque son cortex sera connecté en tout temps à la toile. Il est l’un des premiers à avoir adopté pleinement les avantages qu’offre dorénavant la médecine moderne. À terme, les penseurs de cette nouvelle technologie qui vise à remplacer le bracelet électronique lié à la nanopuce que chacun s’est fait implanté à la naissance en guise de baptistaire, elle permettra à tous ceux qui auront opter pour cette amélioration de communiquer ensemble et ressentir ce que l’autre désir partager à la sphère des hommes nouveaux. En attendant cette nouvelle ère, la guerre fait rage entre les fervents supporter du nouvel homme et ceux qui ne veulent rien risquer, qui, mélancoliquement, tente vaille que vaille de conserver l’homme ancien. De résisté à l’évolution dite de la singularité qui tend à se démocratiser depuis les quarante dernières années.

    Depuis déjà quelques décennies les sociétés dites civilisées poussent ses citoyens à délaisser la reproduction naturelle pour favoriser un mode de reproduction contrôlé en laboratoire capable de répondre à toutes les attentes du couple en attente d’un enfant et d’éviter toutes complications, y compris le traitement génique qui permet un changement de sexe si l’original ne répond pas aux critères de la famille désireuse de reproduire son matériel génétique. Ce sont des tirages au sort qui permettent de procréer afin de garder le contrôle sur une population mondiale qui ne connaît plus le vieillissement.

    Les barbares, confiné à quelques territoires protégés, se reproduisent encore selon les méthodes traditionnelles et vaquent à leurs occupations sans plus se préoccuper de politique ou de développement puisque ce sont des sphères de pouvoir que l’on laisse entre les mains des ordinateurs quantiques.

    L’humanité est réduite à moins de 3 milliards d’individus, l’autre moitié ayant succombée aux nombreuses catastrophes naturelles que connue l’humanité durant l’ère de l'homo économicus. En effet, à partir de la deuxième décennie du XXIe siècle, les catastrophes naturelles (éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis, inondations) se multiplièrent; de nombreuses mégapoles furent balayées de la carte pendant que l'ordinateur quantique prenait forme. Les survivants des pays industrialisés se firent offrir une « augmentation génique » qui éradiqua tant les déficiences intellectuelles que physiques et alla jusqu'à proposer l'intégration d'outils issus de la cybernétique qui avançait à un rythme effréné. Ainsi, dès 2060, nombreux étaient ceux qui firent le choix de se consacrer entièrement à la vie dans les univers virtuels qui n’ont cessés de se multiplier depuis les années 2000.

    Une résistance subsiste cependant, les hackers se sont réunis et ont créer leurs propres technologies. Ils évoluent eux aussi mais de manière parallèle à la majorité et n’ont nul besoin de répondre de leurs actes ou de leurs invention devant une quelconque autorité. Ils ont acquis une autonomie de pouvoir et évolue selon leurs propres règles. Seul quelques échauffourées avec les autorité des cités limitrophes font fois de leur existence pour le citadin moyen.

    Il est maintenant tout à fait pensable de laisser chez soi son enveloppe corporelle à l’abri des dangers que recèle le monde extérieur, dans une sorte de lit empli de liquide amniotique de synthèse. Nourrit par intraveineuse, l’homo virtualis crée de toutes pièces l’univers dans lequel il évolue au gré de ses fantaisies. En réalité, ce ne sont là que des foetus adultes, qui ont décidé de renoncer à la réalité pour s’enfuir dans des simulacres savamment construit par les ordinateurs quantiques. Ils ont les moyens de vivre grâce à leur connaissance approfondie des différents codes informatiques et à leur créativité jamais égalé par les super ordinateurs de cette ère quantique.

    Finalement d’un point de vue spatiale la terre importe déjà des minerais de Mars et de Vénus, transporté par un système de navette entièrement robotisé qui sert de matière première pour les outils informatiques puisque les ressources de la terre sont depuis longtemps épuisées.

    L’approvisionnement énergétique nous vient dorénavant des vents et marées, du soleil et des rivières puisque les expériences du passé ont démontrée que les matières fossiles représentaient de bien trop grand risque de déséquilibre pour l’habitat originaire de l’homme.

    L’Homme de 2112 ne connaît plus la pollution atmosphérique et jette dorénavant son dévolue vers les autres planètes du système solaire afin de subvenir à ses besoins. Il cherche activement à terraformer les planètes qui l’entoure et rêve de trouver la soeur jumelle de sa planète, de trouver ailleurs dans l’espace une espèce qui lui ressemble afin de la façonner à l’image de ses souvenirs.



    Les aliments: un luxe inouï
    Chantal Gevrey


    En 2112, je serai un peu fatiguée de la vie, mais toujours là, le corps truffé d'électrodes et d'implants. Beaucoup de gens auront été euthanasiés ou victimes des nouvelles conditions d'existence, et recyclés. Pour ma part, j'ai quelques particularités génétiques intéressant la recherche, on me prolonge donc par régénération cellulaire artificielle.

    Presque tout ce dont nous avons besoin est intégré à nos corps. Transmission de la pensée, stimulation physique et psychique, distribution de nutriments, auto-médication, programmation intellectuelle et sensorielle, plus rien ne nous oblige à nous déplacer et à dépendre de quantité de gens. Je m'ennuie tout de même du temps où on pouvait voir et toucher les autres. Les plus jeunes n'ont pas connu cela, alors ils n'ont pas de regrets. Guère d'autres sentiments non plus, d'ailleurs. La téléportation occasionnelle leur suffit, à des fins strictement utilitaires.

    Tout est très bien organisé. Un centre continental de programmation coordonne les services à la population et contrôle la moralité publique. En effet, il n'y a plus de conscience que collective. Les infractions déclenchent un dispositif de punition axé sur la privation, de sorte que les délinquants rentrent vite dans le droit chemin. S'ils recommencent, ils sont définitivement coupés des services et ne peuvent survivre. Tout est automatisé, aucun jugement n'est nécessaire. Cette centralisation a un revers : nous sommes très vulnérables aux attaques informatiques qui peuvent se produire n'importe quand et dont on ne sait jamais si elles sont accidentelles ou si elles font partie d'une stratégie d'extermination.

    Je regrette également l'époque où on se nourrissait d'aliments. Un luxe inouï, aujourd'hui, réservé aux quelques dirigeants mondiaux.  La société qui détient le monopole de l'exploitation des terres émergées produit la quasi totalité des denrées agricoles et industrielles. Elle a aussi la maîtrise de l'eau potable et de l'énergie. Les aliments, même les OGM, reviennent trop cher pour être rentables, de sorte qu'ils ne représentent qu'une infime partie de la production. Ils sont d'ailleurs de très mauvaise qualité, sous leur aspect appétissant. Si nous n'avions pas les succédanés et l'alimentation chimique, beaucoup plus d'entre nous connaîtrions la famine. Nous sommes mieux lotis pour l'énergie. Après avoir longtemps privilégié l'électricité d'origine nucléaire, nous utilisons aujourd'hui des réflecteurs solaires en orbite. Il y a eu des accidents au début, et des actes de guerre (je me souviendrai toujours de l'incendie de New York), mais à présent cela fonctionne plutôt bien - à cela près qu'il n'y a plus de nuit.

    Comme la reproduction sexuée est non seulement interdite mais inutile, on clone les individus dont la duplication paraît souhaitable (il y en a peu). La population mondiale s'est stabilisée. Du fait même, on accepte mieux qu'autrefois son vieillissement. On envisage même, pour très bientôt, l'immortalité - au moins pour une certaine élite qui sera également appelée à préparer la migration vers d'autres planètes. Car l'environnement nous cause bien des soucis. La diversité biologique est réduite à sa plus simple expression, nous sommes à la merci du moindre dérèglement. Le climat est d'ailleurs très capricieux, les courants marins deviennent imprévisibles, les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. Ici, en Hudsonie, le dégel a transformé les sols arctiques en marécages puants. J'ignore combien il faudra de temps pour évacuer tout ce méthane, drainer les eaux stagnantes, éradiquer les moustiques et reconstruire. On craint aussi la rupture de plusieurs barrages. Mais chaque région connaît son lot de problèmes.

    À presque 170 ans, j'ai survécu à quantité de cataclysmes : sécheresses, inondations, épidémies, guerres, incendies. Rien de nouveau dans l'histoire humaine, et il y en aura d'autres. Ce qui me fait peur, toutefois, c'est l'insensibilité des individus, la perte de ce que, autrefois, nous appelions l'âme. Mais peut-être que je commence à radoter, malgré mes super-gènes.




    Une vie numérique en 3D
    Chantal Bédard


    Dans 100 ans je serai morte. Mais si j’étais vivante, voici comment je me verrais. Je voyagerai de ma maison en temps réel partout dans le monde. Inutile d’acheter un billet d’avion.  Un immense écran  3-D me transportera vers d’autres lieux où je pourrai circuler en temps réel, via Super Google. J’aurai l’impression de planer au-dessus des villes, d’y atterrir à volonté. J’entrerai dans tous les musées, tous les théâtres, et à chaque soir je dormirai dans mon lit.

    Cet écran me permettra aussi d’ausculter mon propre corps à la manière de  l’ IRM à la recherche de diagnostics et de solutions à mes problèmes de santé.  De l’électrocardiogramme à l’encéphalogramme, en passant par le « One touch Ultra » intégré, le système me restituera en codes simples, les problèmes et les solutions à apporter.  Le système en saura davantage sur mon état de santé que mon médecin d’aujourd’hui.  En même temps, le système m’informera de la disponibilité des ressources externes, partout dans le monde,  pour tout rendez-vous, toute intervention médicale ou chirurgicale. 

    La planète aura trouvé une solution à la pollution atmosphérique en créant un procédé technologique de récupération et de transformation du CO2 hautement efficace. Le réchauffement, lui, continuera sa marche inexorable puisque d’abord macrocosmique.

    Le niveau des mers aura monté mais il sera contrôlé en utilisant massivement son eau pour usage quotidien, via un procédé de désalinisation qui permettra de  subvenir aux besoins de tous les pays, particulièrement ceux de la couronne équatoriale. Une immense migration des peuples de la couronne équatoriale vers le nord et le sud, aura débutée. L’Afrique aura pris le relais de l’Asie pour la fabrication bon marché depuis un bon moment. Il y aura inversion des pôles économiques. Le cancer ne sera pas élucidé, puisqu’il ne l’a pas été après 50 ans de recherches sophistiquées. Notre mode de vie aura toutefois raison de notre fertilité.  Un déclin démographique sera amorcé.




    La quête de l’équilibre en 2112
    Marysol Breton


    Dans les pays industrialisés, nous redonnerons une plus grande place à la nature dans les villes, la majorité des toits seront verts et permettront une agriculture locale pour approvisionner les habitants en produits frais.

    La roue sera devenue désuète. Les moyens de transport utiliserons plutôt une technologie aéro-glissante, ce qui nous permettra de circuler sur n'importe quelle surface. Fini le béton et le déneigement ! Les moyens de transport individuels seront modulaires, permettant de voyager seul, ou en ajoutant des modules, à plusieurs. Fini les véhicules à 6 places avec un seul passager à bord !

    Les autoroutes seront dotées d'un système qui gérera la distance entre les véhicules et leur vitesse, afin d'éviter bouchons de circulation et accidents. Pour ce qui est de l'énergie pour faire avancer ces véhicules... Utilisation de nos déchets domestiques ? Énergie solaire ? Sans doute une combinaison qui rendra ces véhicules éco-énergétiques !!!

    Les projets d'urbanisme devrons respecter des normes très strictes d'intégration à l'environnement et être en grande partie auto-suffisants au niveau énergétique.

    Un code de vie international aura été adopté, et chaque habitant devra s'y conformer pour pouvoir rester dans le pays choisi. Les notions d'égalité entre les individus, de respect, du partage des ressources feront partie intégrante de cette loi. Les gens dont les croyances ne correspondent pas à ce code devront trouver un autre endroit pour vivre, ce qui risque d'être difficile... Assimilation ? Je ne crois pas. Les mentalités devront évoluer pour que la société en devienne une de paix et de solidarité.

    La religion sera affaire personnelle et sa pratique ne devra pas aller à l'encontre du code de vie. Les lieu de cultes tels que les églises et les mosquées seront toujours permis.
    L'écart entre riches et moins riches aura grandement diminué. Au delà d'un certain montant, les mieux nantis devront consacrer un pourcentage de leurs revenus à l'équilibre social afin que tous les habitants puisse vivre décemment.

    La génétique aura fait de grands progrès. Notre espérance de vie sera d'environ 120 ans, et on aura trouvé des solutions pour retarder le vieillissement. L'idée de l'utérus artificiel aura été abandonné, faute de pouvoir recréer la symbiose d'une mère et de l'amour qu'elle porte à l'enfant dans son ventre, essentiel au bon développement du fœtus. On se tournera plutôt vers des mères porteuses.

    Les femmes auront retrouvé la capacité à accoucher sans douleur, naturellement, dans la plupart des cas. L'auto-hypnose et la détente profonde seront les méthodes les plus utilisées. La science permettra aussi de détecter précocement les problèmes de grossesses et les maladies génétiques, que l'on pourra corriger avant la naissance. Il n'y aura que très peu de naissances prématurées.

    On pourra réaliser des greffes de membres, et réparer la moelle épinière. On pourra régénérer la peau des grand brûlés. La plupart des cancers auront disparus ou pourront êtres guéris.

    Toute l'industrie de l'alimentation devra répondre à des normes très strictes visant la santé. Le junk-food n'existera plus. De plus, chaque individu sera responsable de sa santé. La plupart des dépendances toxiques (cigarette, drogue, alcool etc.) pourront être traités par une opération mineure au cerveau. Les personnes refusant de se faire traiter devront payer pour leur soins de santé.

    Dans tous les milieux de travail, il y aura du temps consacré à l'activité physique des employés. Les employeurs auront compris qu'un corps en forme donne un esprit plus alerte et productif. L'activité physique ne sera une option pour personne, mais une tâche à accomplir au sein de sa journée de travail.

    Dès leur plus jeune âge, les enfant apprendront à l'école comment vivre sainement et se maintenir en santé. Leur réussite scolaire dépendra aussi de leurs aptitudes à ce niveau.

    Tous les pays industrialisés devront travailler de concert pour aider les pays autre fois considérés du tiers monde. Ces pays auront atteint un niveau de vie acceptable, avec moins de pauvreté. Ils commenceront à devenir plus autonomes et la famine sera chose du passé. Ils restera encore de grands défis, au niveau de l'agriculture entre autre mais certaine zones désertiques seront devenues cultivables. Les habitants de ces pays bénéficieront des retombées économiques de l'exploitation des ressources naturelles de leur territoire, suite à l'adoption d'une loi internationale visant à les protéger.

    La qualité de l'air en général se sera amélioré et on aura libéré les océans et l'espace de nos déchets qui s'y accumulaient depuis des décennies. Sur la lune, un complexe consacré à l'aérospatial aura été installé et des humains y habiterons en permanence. Il y aura aussi une grande station de vacances pouvant accueillir des centaines de touristes en quête de dépaysement. Un complexe similaire sera en construction sur Mars.

    Et un vaisseau spatial sera parti depuis une dizaine d'années pour explorer l'espace. À son bord, un couple d'humain de chaque ethnie, ainsi que plusieurs couples d'animaux... Des plantes, des insectes...Une espèce d'Arche de Noé, quoi !

    Voilà donc ma vision de ce monde que je ne verrai pas... Mais mes petits enfants, sans doute!




    2112: Le cinéma dans sa tête
    Pierre Mondor


    En 2112, il y aura bientôt 100 ans que les États-Unis ne dominent plus la planète cinéma. La distribution de films n'est plus monopolisée par les majors. Au début du 21e siècle, le numérique a complètement changé la donne et a permis aux cinématographies nationales d'émerger. La démocratisation des moyens de production et de distribution a permis la prise en charge de toutes les étapes de la fabrication des films par les producteurs qui peuvent désormais faire une offre instantanée sans géorestriction.

    Du point de vue de la consommation, la neurologie a connu des avancées prodigieuses et a autorisé la création du « bandeau sensoriel ». Cet appareil permet de vivre une multitude d'expériences virtuelles « comme si vous y étiez ». Désormais, l'humain peut faire de la plongée sous-marine, se retrouver dans tous les manèges du monde, assister à un concert, assis sur la scène entre les musiciens ou au parterre dans la première rangée, assister à une représentation de théâtre ou de danse sans se déplacer, simplement en activant le bandeau et en fermant les yeux. 

    La même polyvalence attend le cinéphile qui n'a qu'à appuyer sur une touche pour visionner instantanément un film en 3D avec son 64.1, projeté dans son cerveau dès qu'il ferme les yeux, avec ou sans sous-titres ou dans une des trois langues mondiales, l'anglais, le mandarin ou l'espagnol. Si le spectateur ouvre les yeux, le film se met « en pause » et reprend au gré du client. La demande du consommateur est reconnue automatiquement par un capteur d'activités des synapses minutieusement positionné sur le bandeau. Le cinéphile peut opter pour une consommation privée où le système l'isolera ou une consommation collective qui reproduira la sensation de la « salle de cinéma » disparue elle aussi depuis presque 100 ans.

    Aujourd'hui, le cinéphile ressent les mouvements des comédiens, la douleur, la température et les odeurs grâce à la stimulation des neurones responsables de ces sensations. De plus, cette technologie permet au consommateur de participer, comme « personnage », à certains films et  « de se voir » en action. Le bandeau détecte la personnalité du spectateur et l'inclut dans le scénario. Le consommateur peut modifier ses paramètres pour changer son apparence physique ou psychologique. Cette ingénierie comme bien d'autres avant elle a été mise au point par les producteurs de pornographie avant d'être reprise et commercialisée dans tous les genres. Son succès est énorme chez tous les groupes d'âge.

    La fin du monopole américain sur les écrans a entraîné plusieurs conséquences majeures. Elle a d'abord complètement modifié le 7e art. Les cinéastes peuvent voir et s'inspirer « à volonté » de « toutes » les images animées de la galaxie. Les lois interplanétaires portant sur les droits d'auteurs ont été modifiées pour privilégier les professionnels et les enseignants. Les terriens savent aujourd'hui qu'il y a une infinité de façons de raconter une histoire et que cette découverte est aussi fascinante que la diégèse elle-même.

    L'éruption des images « des autres » a également modifié et renforcé la culture des peuples. Toutes les disciplines en ont été transformées. Par exemple, les arts ont pris une place prédominante dans l'éducation humaine dès le premier cycle du primaire. Depuis presque 100 ans, l'enseignement du cinéma ne s'arrête plus à la conception et à la production, mais conscientise les étudiants à l'économie et à la consommation des médias en détectant la pression commerciale et la manipulation des images.




    2112: L’humanité en quatre développements
    Christophe Ménigault


    L'interface homme-machine

    L'implant neural, ou l'ordinateur cérébral s'est développé au milieu du siècle, grâce aux développement des sciences cognitives et des bio-ordinateurs. L'Homme délègue une partie de sa mémoire à cet ordinateur greffé, aux capacités de stockage quasi-infinies. La communication est presque totale, immédiate, avec la plupart des objet et services environnant. On peux connaitre d'une simple pensée le prochain passage d'un bus, les dernières nouvelles à l'autre bout de la planète. Inconvénient : devant l'afflux permanent d'information (déjà amorcé au XXeme siècle), on vit de plus en plus dans l'instantané et les connaissances dépendent des réseaux d'information, auxquels on délègue un certain nombre de connaissances (ce que l'on appelait la "culture générale" au millénaire précédent) : qui a besoin de savoir qui a écrit les Misérables, quand l'info est accessible en tout temps sur les réseau ?

    Colonisation spatiale

    Après des décennies sans programme spatial, l'éveil de la Chine et ses rêves de gloire relancent la conquête de l'espace. On commence par établir une base permanente sur la Lune et on exploite sa croute (aluminium, uranium, terres rares…). Les ressources sont réexpédié vers la Terre par un lanceur magnétique. La base sélénite devient, vers la moitié du siècle, un avant-poste pour les missions de colonisation vers Mars. Au début du XXII ème siècle, on compte près de 10 000 humains-martiens, dont un tiers n'a jamais connu la Terre ou la Lune autrement qu'en images holographiques. Un projet de terraformation de Mars est mis en route - il prendra plusieurs siècles.

    Homo Sapiens Futurae

    La meilleure compréhension du génome humain et de son fonctionnement permettent dans un premier temps de faire repousser n'importe quel organe déficient, lutter contre les maladies dégénératives, et guérir la plupart des maux (cancer, virus, etc.). L'homme voit désormais plus largement dans le spectre infra-rouge (pratique la nuit), peut entendre plus de fréquences sonores, son odorat et son gout sont plus développés.
    Malgré des lois éthiques contraignantes et des moratoires, des expériences d'eugénisme sont tout de même réalisées : choix des couleurs des yeux, taille, couleur de peau, prédisposition aux cancers, etc. au début. Puis on modèle l'humain pour certaines taches : adaptation à l'apesanteur (pieds préhensile, meilleure circulation sanguine, pas de perte osseuse..), à la vie semi-aquatique (poumons-branchies, doigts palmés, peau-requin…). De nouvelles variantes humaines apparaissent. Stigmatisées, rejetées, elles constitueront les premières populations pan-humaines à quitter le berceau de la Terre (voir Colonisation spatiale)

    Première Intelligence artificielle

    L'essor des mathématiques et ordinateurs quantiques ou biologiques permettent de repousser les limites de nos "PC". D'adaptatifs à semi-conscients, ils deviennent conscients. D'abord cantonnées aux laboratoires, ces nouvelles formes de conscience permettent à l'humanité de progresser plus vite : recherche, développement, science, analyse… La gouvernance mondiale est largement "aidée" par une IA à l'objectivité parfaite. Les marchés financiers sont sous contrôle d'IA spécialisées. Les ressources alimentaires mondiales sont gérées à l'échelle de la planète : plus de crises, plus d'excès.Un pacte de cohabitation symbiotique (mutuellement profitable) est passé avec entre l'humanité et les IA. Situation difficile au début, rejeté par beaucoup, l'humanité est "obligée" de partager sa planète avec une autre espèce.




    Dans un siècle: dialogue avec Siri
    Éric Léonard



    - Siri?
    - Oui Éric?
    - Parle-moi du monde il y a cent ans.
    - D'accord. En 2012, les gens ne faisaient que commencer à s'occuper de la santé de la planète.
    - Nous n'avions pas encore bien maîtrisé le cycle du carbone?
    - Non.
    - Qu'est-ce qu'on faisait pour empêcher sa surabondance dans l'atmosphère, Siri?
    - Rien. On n'avait pas encore les moyens de le faire.
    - On n'avait qu'à arrêter d'utiliser les énergies fossiles.
    - Ce n'était pas si simple, Éric, les collectivités n'étaient pas très disciplinées.
    - Et les citoyens?
    - Encore moins.
    - Pourtant, on votait déjà en 2012.
    - Oui et non. Pas comme aujourd'hui. Il fallait aller dans une église ou une école faire une croix sur un bulletin de papier.
    - Pas tous les jours quand même…
    - Non, on ne votait en principe que tous les quatre ans.
    - Comme pour le députés de la Chambre et de l'Assemblée.
    - Oui, comme aujourd'hui, mais ils n'avaient pas qu'une fonction protocolaire à cette époque. C'étaient ces députés qui votaient les lois.
    - Mais comment faisaient-ils, Siri, pour savoir ce que voulait la population?
    - Ils ne savaient pas. Ils écoutaient leurs amis.
    - Ça devait coûter cher, tout ce papier, ces déplacements...
    - Oh, des millions de dollars! Et l'empreinte carbone était énorme, mais on n'en tenait pas compte à cette époque.
    - Alors ça revenait à combien en écus?
    - Tu sais, il n'y a pas de conversion facile des anciennes devises en équivalents carbone universels. Mais c'est sûr que ça coûtait très cher et que ce n'était pas bien efficace.
    - Tu sais Siri, je n'ai pas encore voté aujourd'hui. La question est prête?
    - Oui Éric, voici le bulletin.
    - D'accord, je vote pour le vert aujourd'hui. Tu l'enregistres?
    - C'est fait.
    - Siri, sommes-nous presque arrivés?
    - Dans une dizaine de minutes.
    - Sais-tu si ma femme est occupée?
    - Elle est en train de tirer un pousse-pousse en Inde.
    - D'accord, appelle-la s'il te plaît.
    - Ça y est, Éric, j'ai la communication.
    - Merci Siri. Dina?
    - Bonjour Éric, mais où es-tu donc, on dirait un pousse-pousse.
    - En Chine. C'est cool, hein? Le mien est tiré par une boule, pas comme le tien.
    - Et t'es là pour faire quoi?
    - Le repiquage du riz, comme tous les ans.
    - Ah oui, j'avais oublié… Combien d'écus pour ça cette année?
    - Siri, c'est combien?
    - Je t'ai négocié mille écus.
    - Merci Siri. Je vais pouvoir remplacer mon foie. Et toi, Dina, je vois que tu rentabilises tes nouveaux genoux.
    - Une dizaine de courses par jour à vingt écus chacune, ça vaut la peine. Et, comme toi, je le fais pour le plaisir.
    - Oui, j'ai hâte d'avoir les pieds et les mains dans l'eau, le soleil sur le dos. J'aurai le temps de réfléchir. On se voit après? T'es où?
    - Je traverse Delhi.
    - Je te rejoins quand j'ai fini. Je courrai un jour ou deux avec toi. Il y a sûrement des pousse-pousse qui se tirent à deux.
    - J'ai hâte de te revoir.
    - Moi aussi. Penses-tu que Zola pourra venir nous rejoindre?
    - Tu oublies que notre fille travaille encore. Elle ne peut pas se libérer si facilement.
    - Dommage, on se verra aux Fêtes. À bientôt Dina!
    - À bientôt Éric.
    - Siri, combien de temps pour me rendre à Delhi après le repiquage?
    - Quatre jours.
    - D'accord, fais les préparatifs. N'oublie pas de t'arranger pour que mon équipement de course soit là en même temps.
    - Je suis déjà en train de l'emballer et j'ai déjà appelé le transport. Nous sommes presque arrivés à la rizière, Éric, veux-tu laisser un message à la propriétaire de ton pousse-pousse?
    - Bonne idée. C'est qui?
    - Wu Li. Elle est aussi propriétaire de la rizière où nous arrivons, justement.
    - D'accord, voici : « Bonjour Mme Li, c'est très sympa de m'avoir laissé utiliser votre superbe pousse-pousse tiré par une boule pour me rendre à votre rizière. J'apprécie beaucoup, et je vous invite à utiliser mes affaires quand vous serez à Montréal. »
    - Éric, je voulais vérifier que « sympa » dans ton message voulait dire gentil et qu'« affaires » voulait dire tes possessions en partage libre. Je ne voudrais pas que ma traduction en mandarin ne soit pas juste.
    - C'est beau Siri, t'as bien compris.
    - Et la « boule », c'est bien notre système de tractage iTrac?
    - Bien sûr, Siri, tu sais bien que j'appelle aussi le mien une boule.
    - Oui, mais ce système-là est un modèle à habitacle iCar.
    - C'est la même chose, Siri : un moteur électrique au centre d'une roue. Une boule qui me transporte ou une boule qui tire un pousse-pousse, c'est la même chose.
    - D'accord, Éric, j'ai compris. J'ai fini de traduire le message, je l'envoie à Mme Li.
    - Merci Siri.
    - Nous sommes arrivés Éric.
    - D'accord Siri, je t'éteins et je te mets dans l'étui étanche pendant quelques heures.
    - Tu sais que ce n'est pas néces…
    - Je sais, Siri, je sais, mais parfois je veux avoir la paix.
    - …

    ***

    - …saire.
    - Rebonjour Siri.
    - Tu sais que tu te mets en danger quand tu m'éteins, Éric.
    - Arrête d'exagérer Siri, je viens au repiquage chaque année et je n'ai jamais eu de problème.
    - Tout s'est bien passé?
    - Oui, c'est revigorant. Je me sens comme à vingt ans.
    - Es-tu prêt à partir? Il y a un train que tu peux prendre à dix minutes d'ici.
    - Oui, j'ai juste besoin d'aller au petit coin avant.
    - Bonne idée, c'est le bon endroit. Les rizières ont toujours besoin de fertilisant. Ça te vaut même cinq écus supplémentaires.
    - Merci Siri. Tu me diriges vers les toilettes?
    - C'est par là, derrière ce groupe.
    - Est-ce qu'ils sont des nôtres, Siri?
    - Non. Ce sont des Androïdes, ils appartiennent à Google. Tous les iHum comme toi sont déjà repartis.
    - Dommage, j'aurais bien aimé leur dire au revoir. De quoi parlait-on, toi et moi, avant que je te range?
    - De l'année 2012.
    - On continue?
    - D'accord. J'ai eu un an cette année-là, tu sais, Éric.
    - Oui, Siri, je me souviens. J'en ai eu 48. Quand même, ça passe vite, un siècle.