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Économie - Un puissant moteur de développement

« Les gens d'affaires voient les dépenses en transport en commun comme des investissements qui rapportent »

Projet d’estacade pour train léger sur le pont Champlain.
Projet d’estacade pour train léger sur le pont Champlain.
Une récente étude, réalisée par la firme SECOR, démontre à quel point le transport en commun est un puissant moteur de développement économique dans la région montréalaise. Les résultats de cette enquête constituent un argument de poids en faveur d'un réinvestissement massif dans le réseau d'autobus, de métro et de trains de banlieue.

Le transport en commun engendre des bénéfices économiques et stratégiques d'une ampleur insoupçonnée dans la région montréalaise. En 2003, ce secteur d'activité a généré près de un milliard de dollars, en soutenant 12 845 emplois directs et indirects. À cela s'ajoutent de nombreux autres avantages, révélés par une étude commandée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Avec cette étude, «on voulait aller chercher des chiffres pour mieux comprendre les impacts du transport en commun et également sensibiliser la communauté des affaires», explique la présidente et chef de la direction de la CCMM, Isabelle Hudon. Pour ce faire, des chercheurs ont analysé en détail les données de l'année 2003 pour la région montréalaise. Leurs résultats sont probants.

Économies et bénéfices

En intégrant l'ensemble des frais fixes et variables, des spécialistes ont calculé qu'un déplacement en bus ou en métro coûte presque deux fois moins cher qu'en voiture, pour une distance équivalente. Dans la région de Montréal, les usagers inconditionnels ou occasionnels du transport en commun ont ainsi pu économiser 570 millions de dollars. L'argent ainsi épargné génère près de deux fois plus de retombées économiques que s'il servait à payer les dépenses de fonctionnement d'une automobile.

Le transport en commun permet aussi à la région montréalaise de réduire les pertes économiques dues à la congestion routière, actuellement évaluées à près de un milliard de dollars par année. Plusieurs moyens existent déjà afin d'atténuer cet impact négatif. Ainsi, «la voie réservée du pont Champlain durant la période de pointe représente l'équivalent de trois voies de transport par automobile, ou l'équivalent d'un nouveau pont», estiment les auteurs du rapport.

Pour chaque kilomètre parcouru, un usager du transport en commun pollue quatre fois moins l'atmosphère, consomme cinq fois moins d'énergie et utilise 20 fois moins d'espace qu'un automobiliste. Toutes ces économies représentent des gains de plusieurs millions de dollars.

Même les deux ordres de gouvernement bénéficient de retombées économiques substantielles d'environ 300 000 millions de dollars. Leurs recettes combinées se révèlent 45 % plus élevées que leur contribution financière. Ainsi, ils recueillent près de 23 $ pour chaque 100 $ de dépenses des organismes de transport en commun de la région montréalaise.

En prenant connaissance de ce bilan économique, «les gens d'affaires voient de plus en plus les dépenses en transport en commun comme des investissements qui rapportent», soutient Isabelle Hudon.

Toujours plus de voitures

Malgré tous les désavantages économiques reliés à l'utilisation de la voiture, elle ne cesse de gagner en popularité aux dépens du transport en commun. Entre 1998 et 2003, le parc automobile dans la grande région montréalaise a augmenté de 10 %, alors que la population a crû de seulement 3 %. La longueur de toutes ces voitures, mises bout à bout, équivaut à la distance entre Montréal et Berlin.

Sur les quelque sept millions de déplacements motorisés par jour, 70 % d'entre eux sont réalisés avec une automobile. En revanche, environ une personne sur cinq (18 %) utilise le transport en commun durant la journée et un peu plus (22 %) durant les heures de pointe. Cette part de marché s'est stabilisée à ce niveau, alors qu'elle ne cessait de chuter depuis 1987. «Depuis trois ans, on est en train de combler le retard qu'on a accusé ces dix dernières années», estime Isabelle Hudon.

Facteur de compétitivité

«Si on veut s'inscrire sur la liste des villes compétitives, il faut avoir un système de transport en commun performant», affirme la présidente de la CCMM. Une étude publiée en 1997 pour la Banque mondiale lui donne raison. Selon ce rapport, l'analyse des données des 37 plus grandes régions métropolitaines démontre que les villes les plus efficaces sont celles où la proportion des déplacements en transport en commun est la plus élevée.

Quant à la firme SECOR, l'analyse des 50 principales régions métropolitaines des États-Unis lui a permis de constater qu'il existe une corrélation statistiquement significative entre un «meilleur service de transport en commun» et une «plus grande compétitivité de la région».

«Un secteur des transports efficace est à la fois un facteur de compétitivité et de richesse pour la région de Montréal. La mobilité des individus et des marchandises demeure en effet un élément crucial de l'économie montréalaise. Or, un bon système de transport en commun facilite cette mobilité, tout en rendant la région plus attractive en termes de qualité de vie», conclut l'étude de la CCMM.

Réinvestissement nécessaire

L'âge des infrastructures, la vétusté du métro et les défauts de certains trains de banlieue causent souvent des pannes et des retards qui diminuent la qualité et l'efficacité du réseau de transport en commun dans la région montréalaise.

La remise à niveau de l'ensemble du réseau nécessite un important réinvestissement et ceci dans les plus brefs délais. «Si on investit, il faut le faire pour accroître l'achalandage. Pour ce faire, la priorité, c'est la qualité et la fiabilité du service de transport en commun», estime Isabelle Hudon.

«Juste pour Montréal, on a pour 3,3 milliards de dollars d'investissements à faire dans le réseau de transport en commun», évalue la chef des Affaires publiques de la Société de transport de Montréal, Odile Paradis. Cette somme suffirait tout juste à payer les réparations et à changer les voitures du métro, mais elle ne permettrait pas de rajouter des services ou d'augmenter la flotte d'autobus.

Montréal bénéficiera prochainement de nouveaux fonds pour financer ses projets de rénovation et d'amélioration de son réseau de transport en commun. En effet, une taxe sur l'essence rapportera bientôt 1,2 milliard de dollars aux municipalités du Québec, d'ici 2010. La répartition de cette somme entre toutes les villes fait l'objet d'âpres négociations. La métropole espère que son poids démographique et économique pourra faire pencher la balance en sa faveur.
 
 
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