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Légère hausse de taxes à Montréal

Antoine Robitaille   26 novembre 2004  Villes et régions
Les taxes dans le secteur résidentiel augmenteront légèrement dans l'île de Montréal en 2005, de 0,5 % en moyenne. Toutefois, plus de la moitié des propriétaires montréalais, soit 55,2 % d'entre eux, connaîtront une baisse de taxe presque aussi légère, aux environs de 2 %. C'est ce qu'ont révélé hier le maire Gérald Tremblay et le président du comité exécutif, Frank Zampino, lors de la présentation du budget 2005, le dernier de la grande ville de Montréal et le dernier avant les élections de novembre 2005. Pour certains Montréalais, le budget annonce des hausses, importantes dans certains cas, notamment dans 14 des 15 ex-villes qui s'apprêtent à défusionner. Dans le secteur non résidentiel, c'est-à-dire les commerces, la moyenne des hausses est de 2,8 %, ce qui a mis en furie les associations de gens d'affaires.

Les plus fortes augmentations des taxes résidentielles sont à Senneville (+15,8 %), Pointe-Claire (+9,2 %) et Westmount (+8,2 %). Les baisses les plus marquées seront enregistrées à Saint-Léonard (-3,6 %) et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles (-3,9 %).

M. Zampino a fait valoir que «19 % des propriétaires d'immeubles résidentiels recevront un compte de taxes dont la variation sera inférieure au taux d'inflation anticipé de 2,1 %». Quant aux taux de taxes à proprement parler, l'administration les a réduits à plusieurs endroits. Dans l'ancienne ville de Montréal, ce taux passe de 1,80 $ par tranche de 100 $ d'évaluation à 1,62 $ (baisse de 9,4 %). Dans Saint-Léonard, il passe de 1,57 $ à 1,41 $ (baisse de 10 %). Les baisses sont beaucoup moins marquées dans certains secteurs comme Westmount (de 1,26 $ à 1,22 $). Dans Senneville, il augmente légèrement, passant de 1,08 $ à 1,11 $ par tranche de 100 $ d'évaluation. Mais ces variations ne sont pas suffisantes pour contrer l'impact du rôle d'évaluation, qui avait vu la valeur moyenne des propriétés augmenter de 29 % l'an dernier. La Ville de Montréal a voulu atténuer les conséquences de ce nouveau rôle d'évaluation en étalant l'augmentation sur trois ans: 2004, 2005 et 2006.

Une autre cause de la hausse est la taxe spéciale dédiée à l'amélioration des services d'eau, instaurée cette année: elle passe en 2005 de 1 ¢ à 1,6 ¢ par

100 $ d'évaluation, ce qui rapportera près de 20 millions de dollars à la Ville. Grâce à la bonne performance du marché immobilier, la Ville peut prévoir des revenus additionnels de 50,8 millions. Aussi, des augmentations de la charge fiscale imposée aux immeubles non résidentiels lui rapporteront 25 millions de dollars supplémentaires. Cette dernière augmentation a été rendue nécessaire, a précisé M. Zampino, «en raison du manque à gagner de 35 millions dû par Québec en vertu du contrat de ville».

Sur le plan des finances, le budget présente une augmentation de 151 millions, une hausse de 3,9 % par rapport à l'an dernier. En 2004, la hausse avait été supérieure: 5,1 % par rapport à 2003. Ainsi, en 2005, le budget global de la Ville sera de 3,98 milliards de dollars. Cet accroissement a deux causes, a expliqué M. Zampino: d'abord, l'augmentation des budgets des arrondissements, dont les rémunérations sont à la hausse, entre autres en raison des nouvelles responsabilités qu'ils détiendront l'an prochain (notamment d'ester en justice). Seconde cause: des «situations exceptionnelles», comme le financement de divers régimes de retraite.

Quatorze des 15 secteurs sur le point de défusionner — elles redeviendront des villes le 1er janvier 2006 — subiront d'importantes augmentations de leur compte de taxes. Le maire Gérald Tremblay a tenu à dire qu'il n'y a là aucune vendetta: les fluctuations des taux de taxation dépendent de règles fixées dans les lois, notamment la loi 170 (sur les fusions) et la loi 9 (sur les défusions).

Mais pour le chef de l'opposition, Pierre Bourque, l'administration Tremblay-Zampino, avec ce budget 2005, vient de «rater la dernière chance qu'elle avait de montrer aux Montréalais qu'elle pouvait diriger cette ville». Ce budget est à l'image de celui des trois dernières années budgétaires, a ajouté M. Bourque: «Les dépenses n'ont cessé d'augmenter, les Montréalais payent davantage qu'avant et n'ont hélas pas plus de services qu'avant.» Dénonçant «l'obésité structurelle» que suscite l'administration Tremblay, le chef de Vision Montréal a fait remarquer que malgré la décentralisation, les services centraux de la Ville continuent de prendre de l'expansion, avec une hausse de 7,34 %.

«Je suis outré de voir que l'administration Tremblay-Zampino fait sauter la banque»: voilà comment le vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), Richard Fahey, a réagi au budget de Montréal. Selon lui, c'est «encore une fois les petites entreprises montréalaises qui devront payer de leur poche pour l'absence de contrôle des dépenses de l'administration municipale». Dépenser ainsi après avoir imposé les entreprises, «ce n'est certainement pas la meilleure façon d'augmenter le PIB de 5,2 % par année pendant 20 ans», a dit M. Fahey, faisant référence à un objectif cher au maire Tremblay. M. Fahey est scandalisé par le fait que la rémunération moyenne à la Ville de Montréal bondira de 5,7 % pour atteindre 77 198 $ par année. «Quand on pense que le revenu moyen d'une famille est de 46,500 $ dans la métropole!»

Même son de cloche du côté de Martin Messier, de l'Association des propriétaires du Québec, qui estime que la Ville devrait couper dans les salaires car «les contribuables sont toujours surtaxés à Montréal».

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Benoît Labonté, a pour sa part déclaré que ce budget «reflète les limites que lui impose sa très grande dépendance aux revenus de nature foncière». Selon M. Labonté, la Ville doit travailler avec les gouvernements supérieurs à doter la métropole d'une véritable marge de manoeuvre «grâce à de nouvelles sources de revenus diversifiées, prévisibles et récurrentes».






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