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Entretien avec Gérald Tremblay - Montréal doit se fixer « des objectifs plus ambitieux »

Au moins 14 milliards de dollars d'investissements seront nécessaires sur 15 ans

Pour le maire de Montréal, Gérald Tremblay, «les investissements en infrastructures sont essentiels au développement. Ils génèrent de la richesse».
Photo : Jacques Nadeau
Pour le maire de Montréal, Gérald Tremblay, «les investissements en infrastructures sont essentiels au développement. Ils génèrent de la richesse».
Quel avenir pour la Communauté métropolitaine de Montréal, la CMM? Le développement économique de la ville est plus que jamais d'actualité après la présentation par son maire, Gérald Tremblay, du plan «Vision 2025» le 26 avril dernier. Celui-ci ambitionne de faire de la mégapole québécoise la sixième des principales régions métropolitaines d'Amérique du Nord. Elle occupe actuellement le 26e rang, soit le dernier, au classement du Conference Board du Canada. Vaste chantier donc.

«Montréal est une grande ville qui a des acquis importants», tempère Gérald Tremblay. L'Exposition universelle de 1967 et les Jeux olympiques de 1976 lui ont conféré une notoriété internationale. Son métro, sa ville souterraine, son expertise dans les relations public-privé, la présence très forte d'organismes internationaux, les festivals culturels, ses actifs sportifs, tout cela en fait une ville attractive. «Nous investissons aussi des milliards de dollars dans nos universités et nous sommes tout de même la deuxième métropole francophone du monde.»

«Pourtant il faudra en faire plus pour prendre notre place parmi les grands de la région», reconnaît Gérald Tremblay. Car certains problèmes persistent. Par exemple, Montréal bénéficie du PIB per capita le plus faible des 26 cités considérées, selon les chiffres du Conférence Board du Canada. À l'avenir, pour atteindre la sixième place convoitée, celui-ci devra passer de 29 139 $US en 2003 à 108 000 $US courants à l'horizon 2025. Or, actuellement, la croissance économique de la ville est trop faible pour accroître de manière significative les richesses: 2, 8 % par an.

Gérard Tremblay pense qu'«il faudra se fixer des objectifs plus ambitieux, de l'ordre de 5,2 % de croissance sur les 20 prochaines années». Pour ce faire, la ville devrait d'abord se lancer dans d'importants travaux et investir dans ses infrastructures. «Nous avons pris du retard sur les investissements importants.» La faute, selon le maire, à l'ancien système de décision: «Dans le passé, la CMM comprenait deux grands partenaires: Montréal et les villes de banlieue. Chacun disposait d'un droit de veto, ce qui compliquait la prise de décision.»

Reste qu'aujourd'hui, le réseau d'eau par exemple souffre de fuites importantes. Quarante pour cent du précieux liquide transporté est perdu. «Cela signifie que l'on filtre 40 % d'eau supplémentaire, ce qui engendre des coûts importants.» Les routes sont elles aussi dans un état déplorable et il faudra tôt ou tard refaire leurs fondations. «Il faudra aussi mettre les bouchées triples pour les logements sociaux», affirme M. Tremblay. Les transports en commun ont besoin d'argent, ainsi que les espaces verts, etc. Au total, «c'est de 600 millions par an dont nous avons besoin pour investir dans les infrastructures». Aqueducs, égouts et voiries demanderaient au minimum neuf milliards sur 15 ans. Le réseau de transports nécessitera quant à lui cinq milliards sur 10 ans. Soit au total — et au minimum — 14 milliards de dollars.

Des sommes qu'il pense pouvoir obtenir des gouvernements fédéral et provincial. «Nos revenus actuels reposent à 70 % sur la taxe foncière. Nous ne pouvons pas payer de tels montants seuls», concède Gérald Tremblay. Selon lui, le fardeau fiscal des Canadiens atteint sa limite; il s'agirait donc de «mieux répartir les richesses» plutôt que d'augmenter impôts et taxes.

Nouvelle taxation

M. Tremblay souhaite «un nouveau partenariat avec les gouvernements». Les instances fédérales et provinciales ne paient pas de taxes entre elles. C'est à ce privilège que la Communauté métropolitaine de Montréal devrait pouvoir accéder, selon lui. «Les 22 grandes villes canadiennes représentent 60 % du PNB et les deux tiers de la population. Toutes les villes sont importantes, mais la compétition économique se joue désormais à l'échelle des grands pôles urbains. Il est normal de les privilégier», dit-il.

Au niveau fédéral, M. Tremblay a déjà obtenu gain de cause. Le premier ministre Paul Martin a accepté l'idée d'une exonération de taxe. Celle-ci représente 35 millions de dollars par an. Reste le gouvernement provincial. «On attendait quelque chose lors du dernier budget, il n'y a rien eu. Mais nous sommes confiants pour le prochain.» L'exonération de taxes provinciales dégagerait 80 millions de dollars par an pour la ville.

Mais, même si Québec acceptait, ce ne sera pas suffisant et des modes de financement supplémentaires seront nécessaires. Le maire cherche donc activement à obtenir une taxe d'accise sur l'essence auprès du fédéral pour compléter les sommes nécessaires à ces grands travaux. Du côté provincial, il espère récupérer une partie des nouveaux droits d'immatriculation sur les véhicules ayant une cylindrée de quatre litres et plus.

«Nous y gagnerons tous, dit Gérald Tremblay. Les investissements en infrastructures sont essentiels au développement. Ils génèrent de la richesse.» Selon Statistique Canada, un dollar investi en infrastructures engendrerait une économie pondérée de 10 cents. «C'est un retour immédiat sur l'investissement. Les entreprises qui réaliseront des économies devront réinvestir pour améliorer leur productivité, la formation du personnel ainsi que la recherche et développement», renchérit-il.

L'endettement des gouvernements, motif avancé pour ne pas mettre la main à la poche? Ce ne serait pas un problème, selon le maire de Montréal. Avec ces investissements, le ratio dette/PNB diminuera à mesure que l'on créera des richesses.

Améliorer le taux de scolarisation

Mais l'économie ne peut pas tout. L'implication de la société civile serait aussi nécessaire. «Il faut augmenter le taux de diplômés», dit-il. Il est actuellement de 19 % pour les 25 ans et plus. C'est faible comparativement à Boston, qui en compte 34 %. «Or, une année d'étude supplémentaire représente une augmentation de 5,5 % du PIB per capita», affirme Gérald Tremblay. Dans la deuxième ville universitaire en Amérique du Nord (la première est Boston), M. Tremblay pense que cet objectif n'est pas irréaliste!

Pourtant, sa liste des domaines à améliorer ne s'arrête pas là. Il juge que la culture aura un rôle à jouer pour attirer des entreprises, que Montréal, première ville canadienne en matière d'investissements en recherche et développement, devra déposer plus de brevets commerciaux à l'avenir, et qu'il faudra préserver la qualité de vie des habitants.

Autrement dit, «on a encore beaucoup de travail à faire et on n'y arrivera pas tout seuls», résume M. Tremblay. D'autant moins si les villes qui s'apprêtent à voter sur la question de la défusion jouent la carte du séparatisme? «On y arrivera de toute façon, il y a des outils pour ça, affirme-t-il. Mais c'est notre responsabilité à tous de faire de Montréal une grande métropole face au monde.»
 
 
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