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Rencontre historique à Montréal

Les grandes villes du Canada veulent « turbocharger » l'économie

«C'est un moment historique où, pour la première fois, les 22 maires des grandes villes canadiennes vont avoir l'opportunité de s'unir pour apporter des solutions à l'économie du Canada et améliorer la qualité de vie des citoyens», constate Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Du 9 au 11 juin, à l'initiative du maire Gérald Tremblay, Montréal accueillera les maires des plus grandes villes canadiennes pour dresser le portrait de leur compétitivité et de leur attractivité en vue d'adopter un plan d'action commun visant à travailler en partenariat avec les gouvernements pour créer de nouvelles richesses.

«On veut "turbocharger" l'économie et, pour y parvenir, nous allons établir des partenariats de développement entre les villes et les gouvernements tout en respectant le champ de compétence de chacun, explique Massimo Iezzoni, directeur général de la CMM. On va s'entendre sur des objectifs de croissance, sur nos priorités d'intervention, sur le financement de chacun des partenaires et sur les objectifs de rendement. C'est un partenariat qui va nous permettre d'atteindre nos objectifs pour que la collectivité en profite.»

Accroître et diversifier les sources de revenus

Dans un contexte de mondialisation des marchés, la richesse des nations se crée dans les grandes villes, qui sont appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans le développement économique puisqu'elles représentent les deux tiers de la population et près de 60 % du PIB national.

Présentement, près de 55 % des revenus des villes proviennent de la taxe foncière, une source de revenus stable selon Yves Ducharme, président de la Fédération canadienne des municipalités et maire de la ville de Gatineau, mais qui n'est plus suffisante pour assumer les nouvelles responsabilités des villes, notamment dans les domaines économique et social.

Que l'on pense au déficit en matière d'infrastructures de base — voirie, aqueduc et égouts — dont les besoins en investissement se chiffrent à 60 milliards pour les 15 prochaines années, ou aux besoins importants en logement abordable, transport en commun et développement culturel et économique, il apparaît évident que le financement ne peut plus se faire seulement dans le cadre du champ foncier. Il faut donc augmenter et diversifier les sources de revenus, un enjeu extrêmement important qui sera abordé lors de ce forum.

Augmenter la compétitivité des villes canadiennes

Pour ce faire, chaque ville devra arriver avec des objectifs de croissance ambitieux. Les discussions qui se tiendront lors de cette rencontre permettront aux villes-régions canadiennes de se positionner face à leurs concurrentes nord-américaines et de se fixer des objectifs ambitieux de création de nouvelle richesse pour augmenter la qualité de vie des citoyens.

«Si je prends Montréal, par exemple, l'objectif de croissance de notre PIB pour les 20 prochaines années est de 2,8 %, explique Massimo Iezzoni. À la CMM, on croit que l'on pourrait passer de 2,8 à 5,2 %, ce qui nous permettrait de nous classer au sixième rang parmi les 26 régions nord-américaines les plus performantes. Et, concrètement, quand tu augmentes ton PIB d'environ 2,5 points, ça crée de la nouvelle richesse qui pourra être partagée pour financer les besoins urgents des villes.»

Le partage des revenus de la nouvelle richesse

Si les grandes villes font des efforts considérables pour stimuler les investissements sur leur territoire, «rien de ce qui est généré par le dynamisme des villes ne leur revient, constate Yves Ducharme. Par exemple, à Gatineau, on investit 11 millions par année dans le développement économique et, malgré la création de nouvelles entreprises et d'emplois que cela génère, on n'a pas un sou sur l'impôt sur le revenu qui est versé aux autres ordres de gouvernement».

Autre exemple, lorsque Montréal accueille de grandes activités sportives, ce qui représente une source de dépenses importante, cela amène une certaine forme d'activité à l'intérieur de la ville, mais ne lui rapporte rien en revenus directs.

Même chose pour le Centre Bell: «Lorsque les gens faisaient des demandes pour que les villes participent à la construction et à l'implantation d'un équipement comme celui-là, c'était difficile pour une ville de s'impliquer parce que, mis à part ce qu'elle retire au niveau foncier, elle n'a aucune autre source de revenus, alors qu'elle doit offrir des services de surveillance, de protection incendie et policière... Si elle pouvait tirer un profit sur chaque "hot-dog" vendu, il y aurait de l'argent dans la caisse. Mais ce n'est pas ce qui se passe et les autres ordres de gouvernement s'en mettent plein les poches alors que ces revenus sont générés par les villes.»

Il est donc urgent pour les villes de trouver une formule permettant de partager entre les trois ordres de gouvernement une partie de ces nouveaux revenus, comme cela se fait notamment aux États-Unis.

Parmi les solutions qui seront proposées, on parle notamment de points sur la taxe de vente, de points sur les revenus personnels, et même d'une partie de la taxe d'accise sur l'essence, puisque le premier ministre du Canada a annoncé la semaine dernière qu'il était disposé à transférer aux villes deux milliards de dollars provenant de cette taxe pour financer l'investissement.

«On reconnaît que le gouvernement est aux prises avec des dépenses importantes présentement et qu'il ne peut pas partager les revenus actuels sans se retrouver aux prises avec un manque à gagner, mais si l'on s'assoit ensemble et que l'on définit des paramètres qui nous permettent de fixer le portrait 2005 de l'économie canadienne, on sera en mesure de voir tout ce qui est en supplément de ce que l'on a déjà, et il pourra y avoir une redistribution de ces nouveaux revenus sans que cela ne vienne nuire à l'organisation ou aux opérations actuelles de l'appareil gouvernemental.»

La santé des villes

Les organisateurs du forum sont heureux de constater que leur rencontre se déroulera dans le cadre d'une campagne électorale, ce qui leur permettra de sensibiliser davantage les citoyens à l'enjeu de la croissance économique des villes qui sont, ni plus ni moins, les moteurs économiques du Canada. «Il faut bien indiquer dans le cadre de la campagne électorale que le deuxième enjeu, après la santé, est la santé des villes», souligne Massimo Iezzoni.

De plus, il croit que la réaction des gouvernements sera excellente dans la mesure où les champs de compétence sont respectés puisque la question principale abordée lors de ce forum est celle de savoir comment améliorer l'économie canadienne tout en se préoccupant du mieux-être des citoyens.
 
 
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