Vancouver, la ville des contrastes
« Ce sont les idées des gens qui favorisent l'avancement de la ville »
Entourée de l'immensité de l'océan Pacifique d'un côté et des vertigineuses Rocheuses de l'autre, Vancouver possède tous les atouts pour impressionner. Mais les difficultés sociales sont aussi très présentes. Vancouver, c'est la ville de tous les contrastes.
À l'origine, la ville était connue sous le nom de Granville. Elle fut cependant renommée en 1886 d'après le nom du capitaine de la marine britannique Georges Vancouver, reconnu pour avoir exploré la région en 1792. Aujourd'hui, plus d'un demi-million de personnes vivent à Vancouver. En incluant ses alentours et les banlieues, la population s'élève à près de deux millions.
Avec un maire ayant gagné les dernières élections en défendant les causes sociales et qui souhaite ouvertement taxer la vente de marijuana, la capitale économique de la Colombie-Britannique est résolument moderne. Si l'obtention des Jeux olympiques de 2010 permet d'anticiper une certaine revitalisation, plusieurs problèmes troublent les membres du conseil municipal.
C'est que les contrastes sont impressionnants. La ville vient d'autoriser la présence d'appareils de loterie vidéo sur son territoire. On pense aussi à construire un casino pour éviter que les joueurs ne traversent la frontière et aillent miser leur argent sur des tables de jeu américaines. Le tout dans le but officiel de redistribuer cet argent aux programmes communautaires.
À quelques coins de rue se trouve cependant l'un des quartiers les plus défavorisés du pays: le Downtown Eastside. Marqué par la pauvreté, les vols, la violence, la drogue et les meurtres, ce bloc d'une dizaine de rues constitue l'un des problèmes les plus visibles de la ville. «Cela donne effectivement une image négative de Vancouver, dit Thomas Hutton, professeur à la School of Community & Regional Planning de l'université de Colombie-Britannique. Mais on essaie avant tout de régler ces problèmes en tant qu'enjeux sociaux plutôt que comme des incidents criminels.»
Vancouver possède aussi le premier lieu d'injection de drogue supervisé du pays. «Cela fait partie des actions très progressistes de Larry Campbell depuis son entrée au poste de maire en décembre 2002», explique le codirecteur du développement de la ville de Vancouver depuis 12 ans, Larry Beasley. La philosophie consiste cette fois à considérer comme un problème de santé publique le cas des personnes aux prises avec une dépendance aux drogues.
Le second problème majeur de la ville est plus heureux, quoique tout aussi difficile à résoudre: la croissance effrénée. «Le défi de conserver un équilibre entre les lieux commerciaux et résidentiels de la ville est difficile à gérer, affirme Larry Beasley. Vancouver subit la plus forte hausse résidentielle canadienne.» Plus de 76 000 résidants vivent maintenant dans le centre-ville de Vancouver, une hausse de 62 % comparativement à 1991. Et on estime à plus de 100 000 le nombre de personnes qui y seront installées en 2021.
Résultat de cette croissance: la demande est très forte et le prix des habitations ne cesse d'augmenter. «Vancouver demeure une ville très attirante pour y vivre, mais en même temps cela devient difficile d'y rester pour les plus pauvres», croit Thomas Hutton. Il pense aussi que cette hausse des coûts pourrait faire changer d'idée ceux qui envisageaient de venir s'établir dans la ville. De plus, le gouvernement provincial, après avoir réduit sensiblement les impôts, a aussi coupé dans ses allocations pour la construction de logements sociaux, laissant la ville se débrouiller seule.
Les JO de la seconde chance
En 1986, Vancouver fut l'hôte d'une exposition internationale qui lui a notamment donné son célèbre SkyTrain ainsi qu'une vitalité économique qui lui a permis de se développer durant plusieurs années. L'obtention des Jeux olympiques d'hiver de 2010 risque d'avoir le même effet sur la ville. C'est du moins ce à quoi s'attend la population: «Étant donné que notre économie repose en grande partie sur des petites et moyennes entreprises, ce sont les idées des gens qui favorisent l'avancement de la ville, et la venue des JO risque de revitaliser et de rafraîchir ces idées», dit Larry Beasley.
Si la ville était en mauvaise posture avant l'exposition de 1986, la situation n'est plus la même six ans avant la tenue des JO. À l'époque, la ville avait un taux de chômage de près de 14 % alors qu'aujourd'hui, il se situe à la moitié de ce chiffre. L'événement avait constitué un véritable stimulus pour la ville, qui s'était alors dotée de centres de congrès, d'hôtels, et avait connu un développement majeur. Si les infrastructures de transport bénéficient déjà de l'effervescence des JO, la ville est néanmoins bien équipée pour répondre aux exigences olympiques. On s'attend donc moins à des bouleversements majeurs qu'à une reconnaissance internationale de son potentiel. Si tout se passe comme prévu, on peut ainsi prédire que l'événement donnera à la ville un second souffle lui permettant de continuer à se développer plusieurs années après la cérémonie de clôture.
Une ville moderne
Les nombreux projets pour améliorer les transports sont débattus sur la place publique: les citoyens de la ville ont ainsi la chance de dire ce qu'ils pensent des propositions majeures concernant la réfection des principales artères ainsi que des accès au port et à l'aéroport. Vancouver teste aussi une prolongation des heures d'ouverture des clubs, bars et cabarets. Ceux-ci peuvent dorénavant fermer leurs portes à quatre heures du matin.
Plusieurs programmes sont également mis de l'avant. Parmi ceux-ci, notons la volonté de promouvoir le développement durable de la ville et la «Cool Vancouver Task Force». Cette dernière initiative analyse les pressions que la ville exerce sur l'environnement et les efforts à mettre en oeuvre pour réduire les émissions nocives des entreprises, des citoyens, des moyens de transport et du développement de la ville. «Vancouver est depuis longtemps un modèle mondial pour ses efforts visant à protéger son environnement, rappelle Larry Beasley. C'est d'ailleurs ici que le mouvement Greenpeace est né.»
Vancouver doit aussi composer avec une forte immigration provenant des États-Unis et de tous les pays asiatiques. Près de la moitié des habitants de la ville font d'ailleurs partie d'une minorité visible au pays, et plus d'un résidant sur quatre est né à l'étranger. Cette venue massive est cependant perçue comme une force: «Nous avons maintenant de nombreuses connexions avec la plupart des pays du Pacifique, se réjouit Thomas Hutton. Nous aurions des problèmes et de grandes difficultés économiques sans cet apport bienvenu de nouveaux arrivants.»
Et les fusions ?
Vancouver fait partie d'un regroupement de 21 municipalités qui forment le Grand District régional de Vancouver (Grand Vancouver Regional District — GVRD). Mais les possibilités de fusion municipale sont nulles pour l'instant: «Il n'y a aucune discussion dans ce sens, explique Thomas Hutton, et il serait surprenant qu'on y vienne dans un avenir rapproché.»
L'attention est concentrée sur d'autres problèmes plus urgents. Et l'exemple québécois est loin d'être tentant à répéter. L'avenir de la ville de Vancouver semble ainsi optimiste et encourageant: elle n'a jamais été en meilleure forme économique, les investissements sont nombreux, la construction est omniprésente et les événements à venir sont plus qu'importants.
Malgré tout, les disparités sociales sont importantes, mais les plans d'aide à la population et de revitalisation des quartiers (et principalement celui du Downtown Eastside) permettent d'espérer une amélioration de la situation des plus démunis. Les élections municipales de l'an prochain permettront de remettre à l'ordre du jour les principaux défis de la ville. Si le maire Larry Campbell est très apprécié pour l'instant, il sera intéressant de voir si ses efforts sociaux auront eu les effets escomptés sur sa popularité.
À l'origine, la ville était connue sous le nom de Granville. Elle fut cependant renommée en 1886 d'après le nom du capitaine de la marine britannique Georges Vancouver, reconnu pour avoir exploré la région en 1792. Aujourd'hui, plus d'un demi-million de personnes vivent à Vancouver. En incluant ses alentours et les banlieues, la population s'élève à près de deux millions.
Avec un maire ayant gagné les dernières élections en défendant les causes sociales et qui souhaite ouvertement taxer la vente de marijuana, la capitale économique de la Colombie-Britannique est résolument moderne. Si l'obtention des Jeux olympiques de 2010 permet d'anticiper une certaine revitalisation, plusieurs problèmes troublent les membres du conseil municipal.
C'est que les contrastes sont impressionnants. La ville vient d'autoriser la présence d'appareils de loterie vidéo sur son territoire. On pense aussi à construire un casino pour éviter que les joueurs ne traversent la frontière et aillent miser leur argent sur des tables de jeu américaines. Le tout dans le but officiel de redistribuer cet argent aux programmes communautaires.
À quelques coins de rue se trouve cependant l'un des quartiers les plus défavorisés du pays: le Downtown Eastside. Marqué par la pauvreté, les vols, la violence, la drogue et les meurtres, ce bloc d'une dizaine de rues constitue l'un des problèmes les plus visibles de la ville. «Cela donne effectivement une image négative de Vancouver, dit Thomas Hutton, professeur à la School of Community & Regional Planning de l'université de Colombie-Britannique. Mais on essaie avant tout de régler ces problèmes en tant qu'enjeux sociaux plutôt que comme des incidents criminels.»
Vancouver possède aussi le premier lieu d'injection de drogue supervisé du pays. «Cela fait partie des actions très progressistes de Larry Campbell depuis son entrée au poste de maire en décembre 2002», explique le codirecteur du développement de la ville de Vancouver depuis 12 ans, Larry Beasley. La philosophie consiste cette fois à considérer comme un problème de santé publique le cas des personnes aux prises avec une dépendance aux drogues.
Le second problème majeur de la ville est plus heureux, quoique tout aussi difficile à résoudre: la croissance effrénée. «Le défi de conserver un équilibre entre les lieux commerciaux et résidentiels de la ville est difficile à gérer, affirme Larry Beasley. Vancouver subit la plus forte hausse résidentielle canadienne.» Plus de 76 000 résidants vivent maintenant dans le centre-ville de Vancouver, une hausse de 62 % comparativement à 1991. Et on estime à plus de 100 000 le nombre de personnes qui y seront installées en 2021.
Résultat de cette croissance: la demande est très forte et le prix des habitations ne cesse d'augmenter. «Vancouver demeure une ville très attirante pour y vivre, mais en même temps cela devient difficile d'y rester pour les plus pauvres», croit Thomas Hutton. Il pense aussi que cette hausse des coûts pourrait faire changer d'idée ceux qui envisageaient de venir s'établir dans la ville. De plus, le gouvernement provincial, après avoir réduit sensiblement les impôts, a aussi coupé dans ses allocations pour la construction de logements sociaux, laissant la ville se débrouiller seule.
Les JO de la seconde chance
En 1986, Vancouver fut l'hôte d'une exposition internationale qui lui a notamment donné son célèbre SkyTrain ainsi qu'une vitalité économique qui lui a permis de se développer durant plusieurs années. L'obtention des Jeux olympiques d'hiver de 2010 risque d'avoir le même effet sur la ville. C'est du moins ce à quoi s'attend la population: «Étant donné que notre économie repose en grande partie sur des petites et moyennes entreprises, ce sont les idées des gens qui favorisent l'avancement de la ville, et la venue des JO risque de revitaliser et de rafraîchir ces idées», dit Larry Beasley.
Si la ville était en mauvaise posture avant l'exposition de 1986, la situation n'est plus la même six ans avant la tenue des JO. À l'époque, la ville avait un taux de chômage de près de 14 % alors qu'aujourd'hui, il se situe à la moitié de ce chiffre. L'événement avait constitué un véritable stimulus pour la ville, qui s'était alors dotée de centres de congrès, d'hôtels, et avait connu un développement majeur. Si les infrastructures de transport bénéficient déjà de l'effervescence des JO, la ville est néanmoins bien équipée pour répondre aux exigences olympiques. On s'attend donc moins à des bouleversements majeurs qu'à une reconnaissance internationale de son potentiel. Si tout se passe comme prévu, on peut ainsi prédire que l'événement donnera à la ville un second souffle lui permettant de continuer à se développer plusieurs années après la cérémonie de clôture.
Une ville moderne
Les nombreux projets pour améliorer les transports sont débattus sur la place publique: les citoyens de la ville ont ainsi la chance de dire ce qu'ils pensent des propositions majeures concernant la réfection des principales artères ainsi que des accès au port et à l'aéroport. Vancouver teste aussi une prolongation des heures d'ouverture des clubs, bars et cabarets. Ceux-ci peuvent dorénavant fermer leurs portes à quatre heures du matin.
Plusieurs programmes sont également mis de l'avant. Parmi ceux-ci, notons la volonté de promouvoir le développement durable de la ville et la «Cool Vancouver Task Force». Cette dernière initiative analyse les pressions que la ville exerce sur l'environnement et les efforts à mettre en oeuvre pour réduire les émissions nocives des entreprises, des citoyens, des moyens de transport et du développement de la ville. «Vancouver est depuis longtemps un modèle mondial pour ses efforts visant à protéger son environnement, rappelle Larry Beasley. C'est d'ailleurs ici que le mouvement Greenpeace est né.»
Vancouver doit aussi composer avec une forte immigration provenant des États-Unis et de tous les pays asiatiques. Près de la moitié des habitants de la ville font d'ailleurs partie d'une minorité visible au pays, et plus d'un résidant sur quatre est né à l'étranger. Cette venue massive est cependant perçue comme une force: «Nous avons maintenant de nombreuses connexions avec la plupart des pays du Pacifique, se réjouit Thomas Hutton. Nous aurions des problèmes et de grandes difficultés économiques sans cet apport bienvenu de nouveaux arrivants.»
Et les fusions ?
Vancouver fait partie d'un regroupement de 21 municipalités qui forment le Grand District régional de Vancouver (Grand Vancouver Regional District — GVRD). Mais les possibilités de fusion municipale sont nulles pour l'instant: «Il n'y a aucune discussion dans ce sens, explique Thomas Hutton, et il serait surprenant qu'on y vienne dans un avenir rapproché.»
L'attention est concentrée sur d'autres problèmes plus urgents. Et l'exemple québécois est loin d'être tentant à répéter. L'avenir de la ville de Vancouver semble ainsi optimiste et encourageant: elle n'a jamais été en meilleure forme économique, les investissements sont nombreux, la construction est omniprésente et les événements à venir sont plus qu'importants.
Malgré tout, les disparités sociales sont importantes, mais les plans d'aide à la population et de revitalisation des quartiers (et principalement celui du Downtown Eastside) permettent d'espérer une amélioration de la situation des plus démunis. Les élections municipales de l'an prochain permettront de remettre à l'ordre du jour les principaux défis de la ville. Si le maire Larry Campbell est très apprécié pour l'instant, il sera intéressant de voir si ses efforts sociaux auront eu les effets escomptés sur sa popularité.
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