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Entretien avec David Miller - Toronto est à l'image de Montréal

« Les gouvernements supérieurs doivent prendre conscience du fait que les villes sont leurs partenaires »

Le maire de Toronto, David Miller, est catégorique: «J'insiste pour dire que le forum organisé par Gérald Tremblay est extrêmement important pour toutes les villes du pays et que votre maire fait preuve d'un leadership remarquable.»

Selon le nouveau maire de Toronto, David Miller, Montréal et sa ville ont beaucoup de points en commun. À l'image de Montréal, dit-il, Toronto est devenue une ville cosmopolite, bouillonnante d'activités et où l'on déguste la cuisine de tous les pays du globe. Les deux villes partagent aussi les mêmes problèmes, notamment au chapitre du logement et du transport en commun, mais surtout en matière de sous-financement chronique de la part des ordres de gouvernement supérieurs. Par contre, l'un des aspects qui différencient les deux cités est la question des défusions... un problème réglé pour Toronto.

David Miller n'est maire de la ville-reine que depuis sept mois mais, visiblement, il adore son rôle. Il faut dire qu'il a été conseiller municipal durant neuf ans et qu'il a longtemps siégé à la Société de transport de Toronto. De surcroît, le nouveau maire éprouve une estime considérable pour Montréal, se considérant même comme un Montréalais!

Montréal, un exemple à suivre...

«Je suis en fait un immigrant, explique-t-il. Je suis arrivé par navire d'Angleterre en 1967 et c'est à Montréal que nous avons débarqué.» M. Miller n'avait alors que neuf ans et il n'a séjourné qu'une semaine chez nous. «Mais mon premier contact avec le Canada a été l'Expo 67! J'ai donc pu constater comment une ville peut jouer un rôle de leader dans un pays et à travers le monde... Depuis ma jeunesse, j'ai toujours admiré Montréal et je pense que c'est un peu cette vision que j'apporte à la mairie de Toronto. Pour moi, Montréal restera toujours l'exemple de ce que doit être, me semble-t-il, une ville...»

Le jeune Miller a par la suite grandi à Ottawa avant de s'installer à Toronto il y a 25 ans. Avocat de formation, il participe depuis des années à la politique municipale de Toronto. «Je suis aujourd'hui très fier de Toronto, dit-il, car je crois que c'est une ville incroyablement excitante, cosmopolite et multiculturelle! Nous avons aussi une importante communauté francophone dont nous sommes fiers», dit-il avec sincérité. À notre intention, il précise: «Je pense que vous devez considérer Toronto comme une ville qui a appris de l'exemple de Montréal et qui est devenue une cité très diversifiée et vivante.»

Les grandes villes, des locomotives

Quand on lui demande quelle est sa priorité, le maire Miller hésite à n'en choisir qu'une seule. «Les électeurs de Toronto nous ont clairement dit — et je suis tout à fait d'accord avec eux — que le logement abordable et les sans-abri constituent notre défi numéro un. Mais c'est là le symptôme d'un problème beaucoup plus profond, à savoir que les gouvernements national et provincial ne nous fournissent pas les moyens d'investir dans le logement et tout ce qui y est rattaché...» Concrètement, il déplore que les ordres supérieurs de gouvernement ne permettent pas à Toronto de conserver une portion des revenus en taxation qu'elle génère afin de pouvoir les réinvestir. Il estime même qu'il n'est pas exagéré de dire que l'absence de financement adéquat pour sa ville «atteint pratiquement un seuil critique».

Faisant valoir que les grandes villes sont incontestablement les locomotives de l'économie canadienne — «lorsque les grands centres urbains prospèrent, il en va de même pour les provinces et le Canada», avance-t-il —, M. Miller observe que sa ville ne bénéficie pas assez des retombées que sa croissance économique procure à la province et au pays. «J'estime que les villes ont besoin des pouvoirs d'un gouvernement comme ceux de la province, dit-il. Nous avons besoin des revenus provenant des taxes, qui croissent avec l'économie, parce que seuls ces revenus nous permettront d'assumer les responsabilités grandissantes des villes modernes.»

Il réclame en outre que les grandes villes aient leur place au sein d'un conseil rassemblant les trois ordres de gouvernement, tel que l'a proposé Paul Martin dans son discours du Trône. «Afin de gérer de la bonne façon les ressources et de gouverner efficacement, et ce dans l'intérêt public, les différents ordres de gouvernement doivent travailler ensemble et doivent se parler, dit-il. Et le fait de disposer d'un véritable siège autour d'une table est un prérequis nécessaire... De surcroît, il n'en coûtera rien aux ordres de gouvernement supérieurs de considérer les villes comme des partenaires à part entière lorsqu'il s'agit de discuter de juridictions communes.»

Par conséquent, David Miller s'est donné comme défi personnel de changer la vision des choses puisque «les gouvernements supérieurs doivent prendre conscience du fait que les villes sont leurs partenaires. Il ne fait aucun doute, à présent, que la "santé" de Toronto, de Montréal et de Vancouver importe tout autant pour le bien-être du Québec, de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et du Canada que tout le reste! Et c'est là, pour moi, le grand défi...».

Question de fusion, question de temps

David Miller ne tient pas à s'immiscer dans les affaires de Montréal. Toutefois, il n'hésite pas à considérer que la fusion des municipalités dont a bénéficié Toronto en 1997 s'est avérée une excellente affaire. «L'intérêt des fusions, dit-il, réside dans le fait que je représente désormais deux millions et demi de personnes, ce qui me donne une importante voix aux niveaux national et provincial en tant que représentant de Toronto.» Il ajoute même que les fusions confèrent un pouvoir particulier, parce que sa ville a maintenant acquis une importance planétaire.

Il avoue cependant sans peine que le processus «d'amalgamation» de Toronto a été difficile, mais que c'est maintenant chose du passé. Comme à Montréal, le défi concernait la perte des institutions locales. «Une partie de mon mandat consiste à recréer certaines formes de participation civique locale, dit-il, ce que nous sommes en train de faire. Mais je pense que la grande majorité des Torontois disent — et ce, depuis les dernières élections [de novembre 2003] — qu'ils ont bon espoir que l'amalgamation leur sera profitable. Mais il nous a fallu six ans pour en arriver là!»

Insistant sur le fait qu'il revient aux citoyens de Montréal d'évaluer si l'équilibre entre leurs voix et les intérêts supérieurs de la grande ville a été atteint, M. Miller insiste pour dire à quel point le maire Tremblay «représente fort bien les intérêts de Montréal sur la scène nationale». Pour illustrer ce constat, il prend l'exemple du Forum sur la compétitivité économique. «J'insiste pour dire que le forum organisé par Gérald Tremblay est extrêmement important pour toutes les villes du pays et que votre maire fait preuve d'un leadership remarquable.»

Selon M. Miller, ce forum survient d'ailleurs au bon moment pour les villes. «L'enjeu primordial [qui y sera discuté] est: comment partageons-nous, avec les gouvernements fédéral et provinciaux, la croissance et la vitalité économiques des villes? Comment pouvons-nous faire en sorte que des ententes institutionnelles et financières entre les provinces et Ottawa permettent aux villes d'investir adéquatement pour maintenir la croissance économique? Voilà l'enjeu qui doit être résolu pour le Québec, pour l'Ontario et pour le Canada si nous voulons réussir.»

David Miller se montre toutefois très sensible aux susceptibilités du Québec à l'égard de l'intrusion du fédéral dans ce champ de compétence provinciale. «Bien sûr, à Toronto, nous respectons ce qui différencie le Québec, et c'est particulièrement mon cas. Mais je pense que, sur ce plan, nos villes considèrent les choses de la même façon. Il ne s'agit pas pour nous de défier le droit des provinces, mais bien de faire en sorte de créer des villes prospères. Ce que nous désirons, c'est tisser un partenariat entre les villes, les provinces et le Canada. Or, les modalités de ce partenariat pourraient différer quelque peu entre le Québec et l'Ontario, mais je suis convaincu qu'il doit y avoir partenariat.»
 
 
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