Entretien avec Jean-Paul L'Allier - Un plan de développement intégral pour la CMQ
Adopté le 27 mai dernier, le Projet d'énoncé de vision stratégique du développement de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) propose des orientations et des actions dans le secteur du transport, de l'environnement, du développement économique, de l'aménagement du territoire, de la culture et du développement social. Pour le président de la CMQ et maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, ce plan stratégique repose sur une intégration harmonieuse de toutes les «alvéoles» de la société à l'intérieur de la sphère métropolitaine.
D'entrée de jeu, Jean-Paul L'Allier a clairement indiqué qu'il faut voir l'aspect du développement économique comme un maillon au même titre que les autres, et non plus comme la pierre angulaire d'une communauté métropolitaine. «On parle maintenant de développement intégral, et non du développement économique à lui seul. Le volet économique, c'est un aspect d'une situation car, si on soumettait tout au développement économique, on devrait raser nos sites historiques. Par conséquent, il n'y aurait plus de vision sociale ou culturelle. Moi, j'essaye de m'éloigner de ce diktat, c'est-à-dire du capitalisme ou encore du développement économique à tout prix.»
Cette vision des choses n'a pas empêché le maire L'Allier de poursuivre la conversation en matière d'économie. «En termes uniquement économiques, nous avons [à la CMQ] mis sur pied une structure qui s'appelle "Pôle Québec / Chaudière-Appalaches" et qui fonctionne essentiellement par des filières comme la haute technologie, par exemple.» De 1987 à 2002, le PIB du territoire de la CMQ s'est accru de 47,5 % contre une augmentation de 36,5 % pour l'ensemble de l'économie québécoise, et de 32,5 % pour la région de Montréal. Le maire enchaîne en estimant que la CMQ se démarque d'autres agglomérations canadiennes dans le domaine de l'agroalimentaire et principalement par la filière de la recherche. En 2002, on dénombrait 115 centres de recherche sur le territoire de la CMQ.
Au plan de la culture, quelque 7585 emplois étaient directement liés à ce secteur d'activité en 2001. Par contre, ce nombre d'emplois représente une part faible des emplois totaux (2 %) de la population active de la CMQ en comparaison avec d'autres régions métropolitaines comme Ottawa (2,5 %), Halifax (2,61 %) ou Victoria (2,65 %). Toujours selon les chiffres disponibles, la consommation culturelle des citoyens de la CMQ est inférieure aux moyennes québécoises et canadiennes. Les seuls domaines d'emploi où la CMQ se «développe positivement» sont la promotion d'événements artistiques et sportifs de même que dans les établissements du patrimoine.
Le fleuve comme source de développement
Le fleuve Saint-Laurent fait également partie des priorités de la CMQ. Jean-Paul L'Allier, lui, en parle en toute franchise. «Le fleuve devrait être considéré comme un axe important du développement de la CMQ mais il a toujours été perçu, surtout par les gens de la rive sud, comme un obstacle, comme une frontière. Et du côté de la rive nord, ç'a été l'occasion d'une certaine ignorance de ce qui se passe de l'autre côté de la rive. De plus, étant donné que les deux régions sont inégales en termes de taille démographique, il arrive que ceux qui habitent la plus petite région aient l'impression que ceux habitant la plus grosse veulent les absorber complètement, ce qui n'est pas le cas.»
Une solution s'impose pour pallier ce problème. «On tente à la CMQ, et c'est notre mandat premier, de faire du fleuve un lien, une occasion de voir les choses ensemble. Il s'agit donc d'avoir ensemble une vision d'ensemble de l'avenir.» En clair, dit-il, la CMQ est un lieu de réflexion et d'intégration des différentes contraintes propres aux municipalités dans le but de dégager des solutions communes.
Des irritants
Selon l'énoncé de la CMQ, plusieurs secteurs d'activité sont confrontés à des défis de taille. «Le transport a toujours été un problème à Québec», lance le maire. La CMQ propose de s'attaquer «sans détours» au défi de l'accessibilité du territoire par un réseau rapide de trains et de liaisons aériennes plus nombreuses, notamment. Soulignons que la CMQ juge que le réseau autoroutier de son territoire est en voie de saturation, que le secteur du transport en commun est fragile et que les infrastructures ferroviaires sont sous-utilisées.
L'autre défi majeur est de faire face à une faible croissance démographique. «C'est un défi parce que cela nous oblige à nous ouvrir beaucoup plus largement à l'immigration. Il ne s'agit pas simplement d'accueillir les immigrants, mais il faut souhaiter l'immigration et aller la chercher pour faire en sorte que les gens qui viennent à nous puissent plus facilement trouver du travail, s'intégrer [à la société] et les associer au développement.»
Enfin, l'étalement urbain ne laisse pas sa place parmi le lot d'embûches auxquelles se heurte la CMQ. De 1971 à 2001, la superficie bâtie de la région métropolitaine de Québec a plus que doublé (247 %) tandis que la population, elle, n'a augmenté que de 42 %. La CMQ a en outre assisté au cours des 30 dernières années à la mise en place d'importants centres commerciaux, de magasins-entrepôts et de «factory outlets» localisés en dehors des secteurs centraux. Planifiées pour l'essentiel en fonction d'une accessibilité automobile rapide et efficace, ces grandes superficies contribuent au dépérissement des secteurs commerciaux traditionnels.
Le plan stratégique de la CMQ indique aussi que l'étalement urbain a réduit de 4903 hectares la zone agricole. Des conflits potentiels avec les résidants des zones urbaines environnantes peuvent en résulter, selon la CMQ, en raison notamment des problèmes d'odeurs. Jean-Paul L'Allier a exprimé la volonté de mettre sur pied une politique d'aménagement du territoire qui serait en phase avec la réalité. Chose certaine, il a bien laissé savoir que, dans un premier temps, l'étalement urbain ne doit pas se faire au détriment du milieu agricole et que, deuxièmement, «s'il y a un déplacement en dehors des frontières des villes de Québec et Lévis, il faut que ceux qui se déplaceront assument l'ensemble des coûts qui y sont reliés».
Au tableau des bonnes nouvelles, l'énoncé de la CMQ, qui sera soumis en septembre prochain à la population et aux acteurs socioéconomiques dans le cadre de consultations publiques sur chacun des territoires de la CMQ, souligne qu'en matière de logement social, «la population de la CMQ dispose de bonnes conditions d'accessibilité. La proportion de ménages rencontrant des besoins impérieux de logement est l'une des plus faibles au Canada».
Québec et Ottawa
Le plan de Paul Martin en matière de fiscalité municipale de quelque 3,5 milliards de dollars, dévoilé à Edmonton le 28 mai dernier, n'est pas de la poudre aux yeux, selon le maire L'Allier. «On en avait déjà parlé et je pense que le gouvernement fédéral va le faire. Ce qu'il faut, par contre, c'est que l'argent transite par les provinces et qu'on en arrive, pour ce qui est des dix plus grandes villes du Canada à tout le moins, à des formes de contrats de ville entre les gouvernements fédéral et provinciaux ainsi qu'avec la ville en question, et que ceux-ci s'entendent sur un plan de dix ans quant aux investissements à faire — ces investissements pouvant être différents d'une ville à l'autre mais tout de même équitables pour chacune des villes. Mais il ne faut surtout pas adopter une politique mur à mur.»
Le président de la CMQ écorche le gouvernement du Québec au passage en ce qui a trait à sa gouvernance en matière de politique municipale. «Le gouvernement du Québec a beaucoup de chemin à faire pour se doter d'une véritable politique urbaine. Le simple fait de reconnaître les grandes villes comme des partenaires incontournables et souhaitables n'existe pas au sein du gouvernement du Québec. On traite les grandes villes sur le même pied d'égalité que les villages, c'est-à-dire par des règlements, de la surveillance, des contrats, des contrôles, mais pas comme des partenaires de développement.»
«On ne peut plus avancer aujourd'hui en termes de développement, poursuit-il, si on n'a pas des villes en santé et dynamiques. Il faut savoir que les villes sont des lieux d'accueil dans tous les aspects du développement et que le gouvernement québécois est encore à l'époque d'une politique municipale et non d'une politique urbaine», conclut le maire L'Allier.
La CMQ, qui se classe au huitième rang parmi les grandes agglomérations canadiennes, regroupe 26 municipalités comptant une population totale de plus de 700 000 habitants. En plus de Québec et de Lévis, son territoire englobe les municipalités régionales de comté de la Jacques-Cartier, de l'Île-d'Orléans et de la Côte-de-Beaupré.
D'entrée de jeu, Jean-Paul L'Allier a clairement indiqué qu'il faut voir l'aspect du développement économique comme un maillon au même titre que les autres, et non plus comme la pierre angulaire d'une communauté métropolitaine. «On parle maintenant de développement intégral, et non du développement économique à lui seul. Le volet économique, c'est un aspect d'une situation car, si on soumettait tout au développement économique, on devrait raser nos sites historiques. Par conséquent, il n'y aurait plus de vision sociale ou culturelle. Moi, j'essaye de m'éloigner de ce diktat, c'est-à-dire du capitalisme ou encore du développement économique à tout prix.»
Cette vision des choses n'a pas empêché le maire L'Allier de poursuivre la conversation en matière d'économie. «En termes uniquement économiques, nous avons [à la CMQ] mis sur pied une structure qui s'appelle "Pôle Québec / Chaudière-Appalaches" et qui fonctionne essentiellement par des filières comme la haute technologie, par exemple.» De 1987 à 2002, le PIB du territoire de la CMQ s'est accru de 47,5 % contre une augmentation de 36,5 % pour l'ensemble de l'économie québécoise, et de 32,5 % pour la région de Montréal. Le maire enchaîne en estimant que la CMQ se démarque d'autres agglomérations canadiennes dans le domaine de l'agroalimentaire et principalement par la filière de la recherche. En 2002, on dénombrait 115 centres de recherche sur le territoire de la CMQ.
Au plan de la culture, quelque 7585 emplois étaient directement liés à ce secteur d'activité en 2001. Par contre, ce nombre d'emplois représente une part faible des emplois totaux (2 %) de la population active de la CMQ en comparaison avec d'autres régions métropolitaines comme Ottawa (2,5 %), Halifax (2,61 %) ou Victoria (2,65 %). Toujours selon les chiffres disponibles, la consommation culturelle des citoyens de la CMQ est inférieure aux moyennes québécoises et canadiennes. Les seuls domaines d'emploi où la CMQ se «développe positivement» sont la promotion d'événements artistiques et sportifs de même que dans les établissements du patrimoine.
Le fleuve comme source de développement
Le fleuve Saint-Laurent fait également partie des priorités de la CMQ. Jean-Paul L'Allier, lui, en parle en toute franchise. «Le fleuve devrait être considéré comme un axe important du développement de la CMQ mais il a toujours été perçu, surtout par les gens de la rive sud, comme un obstacle, comme une frontière. Et du côté de la rive nord, ç'a été l'occasion d'une certaine ignorance de ce qui se passe de l'autre côté de la rive. De plus, étant donné que les deux régions sont inégales en termes de taille démographique, il arrive que ceux qui habitent la plus petite région aient l'impression que ceux habitant la plus grosse veulent les absorber complètement, ce qui n'est pas le cas.»
Une solution s'impose pour pallier ce problème. «On tente à la CMQ, et c'est notre mandat premier, de faire du fleuve un lien, une occasion de voir les choses ensemble. Il s'agit donc d'avoir ensemble une vision d'ensemble de l'avenir.» En clair, dit-il, la CMQ est un lieu de réflexion et d'intégration des différentes contraintes propres aux municipalités dans le but de dégager des solutions communes.
Des irritants
Selon l'énoncé de la CMQ, plusieurs secteurs d'activité sont confrontés à des défis de taille. «Le transport a toujours été un problème à Québec», lance le maire. La CMQ propose de s'attaquer «sans détours» au défi de l'accessibilité du territoire par un réseau rapide de trains et de liaisons aériennes plus nombreuses, notamment. Soulignons que la CMQ juge que le réseau autoroutier de son territoire est en voie de saturation, que le secteur du transport en commun est fragile et que les infrastructures ferroviaires sont sous-utilisées.
L'autre défi majeur est de faire face à une faible croissance démographique. «C'est un défi parce que cela nous oblige à nous ouvrir beaucoup plus largement à l'immigration. Il ne s'agit pas simplement d'accueillir les immigrants, mais il faut souhaiter l'immigration et aller la chercher pour faire en sorte que les gens qui viennent à nous puissent plus facilement trouver du travail, s'intégrer [à la société] et les associer au développement.»
Enfin, l'étalement urbain ne laisse pas sa place parmi le lot d'embûches auxquelles se heurte la CMQ. De 1971 à 2001, la superficie bâtie de la région métropolitaine de Québec a plus que doublé (247 %) tandis que la population, elle, n'a augmenté que de 42 %. La CMQ a en outre assisté au cours des 30 dernières années à la mise en place d'importants centres commerciaux, de magasins-entrepôts et de «factory outlets» localisés en dehors des secteurs centraux. Planifiées pour l'essentiel en fonction d'une accessibilité automobile rapide et efficace, ces grandes superficies contribuent au dépérissement des secteurs commerciaux traditionnels.
Le plan stratégique de la CMQ indique aussi que l'étalement urbain a réduit de 4903 hectares la zone agricole. Des conflits potentiels avec les résidants des zones urbaines environnantes peuvent en résulter, selon la CMQ, en raison notamment des problèmes d'odeurs. Jean-Paul L'Allier a exprimé la volonté de mettre sur pied une politique d'aménagement du territoire qui serait en phase avec la réalité. Chose certaine, il a bien laissé savoir que, dans un premier temps, l'étalement urbain ne doit pas se faire au détriment du milieu agricole et que, deuxièmement, «s'il y a un déplacement en dehors des frontières des villes de Québec et Lévis, il faut que ceux qui se déplaceront assument l'ensemble des coûts qui y sont reliés».
Au tableau des bonnes nouvelles, l'énoncé de la CMQ, qui sera soumis en septembre prochain à la population et aux acteurs socioéconomiques dans le cadre de consultations publiques sur chacun des territoires de la CMQ, souligne qu'en matière de logement social, «la population de la CMQ dispose de bonnes conditions d'accessibilité. La proportion de ménages rencontrant des besoins impérieux de logement est l'une des plus faibles au Canada».
Québec et Ottawa
Le plan de Paul Martin en matière de fiscalité municipale de quelque 3,5 milliards de dollars, dévoilé à Edmonton le 28 mai dernier, n'est pas de la poudre aux yeux, selon le maire L'Allier. «On en avait déjà parlé et je pense que le gouvernement fédéral va le faire. Ce qu'il faut, par contre, c'est que l'argent transite par les provinces et qu'on en arrive, pour ce qui est des dix plus grandes villes du Canada à tout le moins, à des formes de contrats de ville entre les gouvernements fédéral et provinciaux ainsi qu'avec la ville en question, et que ceux-ci s'entendent sur un plan de dix ans quant aux investissements à faire — ces investissements pouvant être différents d'une ville à l'autre mais tout de même équitables pour chacune des villes. Mais il ne faut surtout pas adopter une politique mur à mur.»
Le président de la CMQ écorche le gouvernement du Québec au passage en ce qui a trait à sa gouvernance en matière de politique municipale. «Le gouvernement du Québec a beaucoup de chemin à faire pour se doter d'une véritable politique urbaine. Le simple fait de reconnaître les grandes villes comme des partenaires incontournables et souhaitables n'existe pas au sein du gouvernement du Québec. On traite les grandes villes sur le même pied d'égalité que les villages, c'est-à-dire par des règlements, de la surveillance, des contrats, des contrôles, mais pas comme des partenaires de développement.»
«On ne peut plus avancer aujourd'hui en termes de développement, poursuit-il, si on n'a pas des villes en santé et dynamiques. Il faut savoir que les villes sont des lieux d'accueil dans tous les aspects du développement et que le gouvernement québécois est encore à l'époque d'une politique municipale et non d'une politique urbaine», conclut le maire L'Allier.
La CMQ, qui se classe au huitième rang parmi les grandes agglomérations canadiennes, regroupe 26 municipalités comptant une population totale de plus de 700 000 habitants. En plus de Québec et de Lévis, son territoire englobe les municipalités régionales de comté de la Jacques-Cartier, de l'Île-d'Orléans et de la Côte-de-Beaupré.
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