Crise du logement à Montréal - Pas de répit pour les familles hébergées
Relogées temporairement dans des résidences étudiantes, ces familles ne savent toujours pas où elles aboutiront dans les semaines à venir
«Je suis si fatiguée, soupire Anna Clercine Douyon. J'aurais besoin de reprendre mes forces pour mes enfants.»
Flanquée de ses deux bambins de deux et quatre ans, la jeune femme d'origine haïtienne n'a plus du tout le moral. Depuis décembre qu'elle cherche en vain un logement, et la voilà hébergée temporairement aux résidences étudiantes de l'Université de Montréal, sans savoir où elle aboutira au cours des jours ou des semaines qui viennent.
Hier elle avait un toit, mais ce n'était pas pour autant du répit en raison d'une foule de petits détails qu'on oublie quand on a un chez-soi. Par exemple, les toilettes et les douches des résidences sont dans le couloir. Maman doit donc traîner tout son petit monde si elle veut se laver, car ses enfants sont trop jeunes pour être laissés seuls dans une chambre. Il faut aussi descendre du 16e étage, où est sa chambre, pour se rendre dans un autre édifice, plus haut dans la montagne, pour aller chercher de la nourriture. À nouveau, le déplacement se fait en groupe, donc très lentement.
Et puis Anna veut continuer d'envoyer ses enfants à la garderie, histoire d'être libre d'aller visiter des logements — son obsession du moment. Mais la garderie est dans l'est de la ville, près d'où elle demeurait, et bien loin de l'université. Encore un nouveau truc à coordonner.
Alors non, hier, elle n'était pas très contente. Et se demandait bien si elle trouverait enfin le 4 et demi dont elle rêve et où l'on accepterait ses enfants. Ils ont beau être tout jeunes, et ni plus ni moins remuants que les autres, c'est à cause d'eux qu'elle a dû quitter l'endroit où elle résidait. Un départ qu'elle a accepté tant elle était stressée de savoir que ses enfants soulevaient des récriminations parmi les autres locataires, qui se plaignaient au propriétaire — pourtant plutôt compréhensif.
Mais ses enfants lui nuisent aussi pour se reloger, en dépit du supplément au loyer qui vient de lui être accordé dans le cadre du plan d'urgence gouvernemental pour faire face au 1er juillet. «Partout on m'a dit: "Je loue pas avec des enfants".» Qu'est-ce qu'elle va faire? Elle n'en dort plus, et a mal partout.
Pas facile
Quelques étages plus bas, Sylvie Vautour et Sylvain Viau cherchaient contre vents et marées à rester optimistes. Le bon côté, c'est que depuis samedi, ils logent dans une des plus belles chambres des résidences: lit double, grande fenêtre, du bon vent qui entre et de la place pour loger le parc de leur petite Emmy, 14 mois.
Mais la vie n'est pas facile pour autant. Ils sont partis de Lachine pour se retrouver ici. Lui étudie à temps plein pour faire son secondaire, elle, enceinte et diabétique, est suivie à l'hôpital de LaSalle. En métro et autobus, ce n'est pas à la porte. Leur vie, difficilement rebâtie et qui comprend aussi des enfants qu'ils ont eus d'autres unions, est là-bas et ils aimeraient bien ne pas être trop longtemps éloignés.
Et puis, la résidence étudiante et la recherche de logement, ce n'est pas très compatible quand on ne peut recevoir des appels à sa chambre. Rares sont les proprios au bout du fil quand on répond à une petite annonce!
De plus, le couple a beau avoir été déclaré admissible au programme de supplément au loyer — qui leur permet de ne consacrer que 25 % de leur revenu à se loger — le mélange aide sociale-Emploi Québec-bébés est explosif aux yeux de bien des propriétaires qui leur opposent refus par-dessus refus.
«L'an passé, c'était l'inverse, raconte Sylvain. On avait pris, en avril, un logement qui était vide depuis juillet! Mais on a fini par comprendre pourquoi.» Le 4 et demi, pas cher, n'était en fait pas très isolé et le couple s'est retrouvé avec des paiements de 200 $ par mois d'électricité. Ça leur apparaissait hors de prix, d'où leur avis de départ.
Flanquée de ses deux bambins de deux et quatre ans, la jeune femme d'origine haïtienne n'a plus du tout le moral. Depuis décembre qu'elle cherche en vain un logement, et la voilà hébergée temporairement aux résidences étudiantes de l'Université de Montréal, sans savoir où elle aboutira au cours des jours ou des semaines qui viennent.
Hier elle avait un toit, mais ce n'était pas pour autant du répit en raison d'une foule de petits détails qu'on oublie quand on a un chez-soi. Par exemple, les toilettes et les douches des résidences sont dans le couloir. Maman doit donc traîner tout son petit monde si elle veut se laver, car ses enfants sont trop jeunes pour être laissés seuls dans une chambre. Il faut aussi descendre du 16e étage, où est sa chambre, pour se rendre dans un autre édifice, plus haut dans la montagne, pour aller chercher de la nourriture. À nouveau, le déplacement se fait en groupe, donc très lentement.
Et puis Anna veut continuer d'envoyer ses enfants à la garderie, histoire d'être libre d'aller visiter des logements — son obsession du moment. Mais la garderie est dans l'est de la ville, près d'où elle demeurait, et bien loin de l'université. Encore un nouveau truc à coordonner.
Alors non, hier, elle n'était pas très contente. Et se demandait bien si elle trouverait enfin le 4 et demi dont elle rêve et où l'on accepterait ses enfants. Ils ont beau être tout jeunes, et ni plus ni moins remuants que les autres, c'est à cause d'eux qu'elle a dû quitter l'endroit où elle résidait. Un départ qu'elle a accepté tant elle était stressée de savoir que ses enfants soulevaient des récriminations parmi les autres locataires, qui se plaignaient au propriétaire — pourtant plutôt compréhensif.
Mais ses enfants lui nuisent aussi pour se reloger, en dépit du supplément au loyer qui vient de lui être accordé dans le cadre du plan d'urgence gouvernemental pour faire face au 1er juillet. «Partout on m'a dit: "Je loue pas avec des enfants".» Qu'est-ce qu'elle va faire? Elle n'en dort plus, et a mal partout.
Pas facile
Quelques étages plus bas, Sylvie Vautour et Sylvain Viau cherchaient contre vents et marées à rester optimistes. Le bon côté, c'est que depuis samedi, ils logent dans une des plus belles chambres des résidences: lit double, grande fenêtre, du bon vent qui entre et de la place pour loger le parc de leur petite Emmy, 14 mois.
Mais la vie n'est pas facile pour autant. Ils sont partis de Lachine pour se retrouver ici. Lui étudie à temps plein pour faire son secondaire, elle, enceinte et diabétique, est suivie à l'hôpital de LaSalle. En métro et autobus, ce n'est pas à la porte. Leur vie, difficilement rebâtie et qui comprend aussi des enfants qu'ils ont eus d'autres unions, est là-bas et ils aimeraient bien ne pas être trop longtemps éloignés.
Et puis, la résidence étudiante et la recherche de logement, ce n'est pas très compatible quand on ne peut recevoir des appels à sa chambre. Rares sont les proprios au bout du fil quand on répond à une petite annonce!
De plus, le couple a beau avoir été déclaré admissible au programme de supplément au loyer — qui leur permet de ne consacrer que 25 % de leur revenu à se loger — le mélange aide sociale-Emploi Québec-bébés est explosif aux yeux de bien des propriétaires qui leur opposent refus par-dessus refus.
«L'an passé, c'était l'inverse, raconte Sylvain. On avait pris, en avril, un logement qui était vide depuis juillet! Mais on a fini par comprendre pourquoi.» Le 4 et demi, pas cher, n'était en fait pas très isolé et le couple s'est retrouvé avec des paiements de 200 $ par mois d'électricité. Ça leur apparaissait hors de prix, d'où leur avis de départ.
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