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    Point chaud

    Le milieu rural en perte d’équilibre

    Le gouvernement va trop vite dans ses réformes, dit la présidente de Solidarité rurale, Claire Bolduc

    24 novembre 2014 |Isabelle Porter | Villes et régions
    Clair Bolduc
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Clair Bolduc

    Les milieux ruraux sont particulièrement dépassés par l’ampleur des coupes et des changements imposés par le gouvernement Couillard, déplore Claire Bolduc de l’organisme Solidarité rurale.

     

    « Ce qui est essoufflant, c’est que les milieux ruraux sont frappés sur tous les fronts », dit-elle. « C’est dramatique. On voit à quel point ceux qui nous gouvernent n’ont aucune idée de ce qu’est une région, une dynamique rurale. On part de vraiment très très loin. »

     

    En plus des fusions des commissions scolaires et de l’abolition attendue des agences de santé, les régions sont particulièrement ébranlées par la réforme des organismes… régionaux.

     

    On pense ici à l’abolition des Conférences régionales des élus (CRE) et au transfert des Centres locaux de développement (CLD) — qui offrent de l’aide aux entreprises — dans le giron des municipalités régionales de comté (MRC).

     

    « Les gens doivent se mobiliser parce qu’actuellement tout ce qui fait la qualité des milieux de vie est compromis », poursuit Mme Bolduc. Le 12 novembre dernier, Solidarité rurale s’est d’ailleurs rendu à Québec pour demander un temps d’arrêt au gouvernement.

      solida

    Créé en 1991 par le gouvernement péquiste pour le conseiller en matière de développement rural, l’organisme est lui-même ciblé par d’imposantes coupes puisque le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, vient de lui couper les vivres (750 000 $ sur 1 million).

     

    L’effet des compressions est exponentiel dans les régions, plaide Mme Bolduc. « Quand tu coupes une organisation comme le CLD dans la région métropolitaine de Montréal ou à Québec, il y a quand même plusieurs organisations autour qui prennent le relais. Les compétences restent là, les expertises sont disponibles alors que dans les milieux ruraux… »

     

    La directrice de Solidarité rurale s’interroge aussi sur les conséquences du regroupement des pouvoirs vers les MRC. Non seulement les MRC ont désormais le pouvoir d’avaler les CLD, mais le prochain pacte fiscal devrait accroître leurs pouvoirs encore davantage.

     

    Elle approuve le principe, mais pas la manière. « C’est une question d’équilibre », dit-elle en expliquant que des organismes de développement économique comme les CLD jouaient un rôle de « contrepoids ». « On vient politiser énormément les outils de développement économique. C’est comme si le gouvernement abolissait Investissement Québec en annonçant qu’il allait s’en occuper. »

      

    Des élections pour les préfets

     

    Sans dire que cela créerait un terreau fertile à la corruption, elle multiplie les allusions à la commission Charbonneau qui a bien démontré que les politiciens n’étaient pas tous honnêtes. Concentrera-t-on trop de pouvoirs dans certaines mains ?

     

    Pour surmonter ce problème au moins en partie, la présidente de Solidarité rurale suggère que le gouvernement impose des élections pour tous les préfets. Actuellement, seulement 14 des 87 MRC du Québec se sont prévalues de leur droit d’élire leur préfet au suffrage universel. Les autres ont donc été nommés par leurs collègues maires.

     

    Sinon que faut-il craindre comme conséquences ? Mme Bolduc reprend à son compte les propos récents du préfet de la MRC de Maskinongé dans Le Nouvelliste. « La CRE était le seul organisme de mobilisation régionale, plaidait Robert Lalonde. Sans la CRE, plus rien ne nous lie. […] Tous les efforts que nous avons faits pour ouvrir la Mauricie au reste du Québec vont retomber. C’est une situation qu’on peut comparer aux années 60-70 alors qu’il y avait plein de guerres de clocher. »

     

    Elle craint aussi pour les milieux plus fragiles et les petites municipalités situées dans des MRC dominées par une grandes villes. Seront-elles entendues ? Et qu’adviendra-t-il de certains projets à succès comme cette école internationale de Saint-Joachim-de-Shefford soutenue par la commission scolaire ?

     

    Au-delà de ces enjeux macro, Solidarité rurale se bat maintenant pour sa survie puisque le gouvernement lui a retiré sa subvention de 800 000 $ afin de l’investir ailleurs. « On comprend que notre militantisme a pu déranger », dit-elle.

     

    Pour justifier sa décision, le ministre Pierre Moreau avait déclaré aux journalistes que SRQ gérait de façon irresponsable en augmentant les salaires alors qu’elle était déjà en déficit.

     

    À cela, Mme Bolduc rétorque que ses membres et ses surplus avaient permis d’endiguer la majorité du déficit. Elle précise que les salaires n’avaient pas augmenté, mais qu’elle avait donné de nouveaux contrats à des experts de l’extérieur. En attendant de trouver une source de financement miracle, tout le personnel vient d’encaisser une baisse de salaire de 20 %. Chose certaine, la survie de l’organisme est loin d’être acquise au-delà de la fin de l’année budgétaire.













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