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Benny Farm - Un médiateur tentera de dénouer l'impasse

En dépit de la manifestation qui doit s'y dérouler ce matin, les 312 logements vacants de l'immense site Benny Farm, dans l'arrondissement montréalais de Notre-Dame-de-Grâce, resteront vides pendant encore des mois, peut-être même des années.

Dans le meilleur des cas, «si tout va très, très bien», un projet pourrait être finalisé pour la fin de l'année et se concrétiser au printemps 2003, a indiqué au Devoir Robert Libman, membre du comité exécutif et responsable du dossier de l'urbanisme à la ville de Montréal.

Mais ce scénario optimiste apparaît hautement improbable. Car la vocation du site suscite tant de controverses, notamment au sein du conseil d'arrondissement de NDG, que l'administration municipale a décidé de confier le dossier à un médiateur.

Si celui-ci réussit à dégager un consensus au sein du conseil d'arrondissement (qui a juridiction sur les questions de zonage), il y aura peut-être des logements à Benny Farm dans un an. Sinon, le comité exécutif se réclamera de l'article 89 de la Charte de Montréal qui lui permet de prendre en main le dossier lorsqu'il s'agit de grands projets. Mais il faudra alors qu'un plan de développement du site soit mis sur la table et qu'il y ait des consultations publiques. Ce qui signifie de bien longs délais avant qu'on puisse même envisager des mises en chantier.

Benny Farm, qui a été construit dans les années 40 pour loger d'anciens combattants, fait l'objet de débats depuis plus de 12 ans. Les vétérans sont de moins en moins nombreux et le vaste site suscite bien des projets immobiliers. Au cours des années, aucun n'a toutefois réussi à faire l'unanimité, comme en témoignent les consultations publiques menées dans le passé.

Le débat actuel oppose ceux qui veulent y déménager le CLSC du coin, ceux qui souhaitent un centre communautaire, ceux qui y voient des condos et un peu de logements sociaux, et une vaste coalition de groupes — le Fonds foncier communautaire Benny Farm — qui réclame depuis cinq ans que l'ensemble du site soit réservé aux logements à prix modique. Toutes ces tendances sont présentes au conseil d'arrondissement, d'où les déchirements.

La pagaille est telle qu'aucune décision n'a même encore été prise quant à savoir s'il faut rénover ou détruire les bâtiments existants. Les services municipaux ont émis un avis selon lequel il serait préférable de tout rebâtir, mais cet avis n'est pas partagé par tous au plan politique.

«Face à ces positions très divergentes, on a mandaté Cameron Charlebois, du service de développement économique et d'urbanisme, pour arbitrer toutes les différentes opinions et trouver un terrain d'entente», expliquait hier au Devoir Robert Libman.

C'est qu'au comité exécutif, où on a tout à fait conscience d'avoir une crise du logement sur les bras, l'impatience monte. «La Ville a très hâte de régler ça une fois pour toutes: on approche du point d'ébullition», disait carrément M. Libman.

Pour ajouter à la confusion, la Société immobilière du Canada (SIC), propriétaire du site, a décidé de mener sa propre consultation au cours des prochains mois, comme l'indiquait hier Le Devoir. Elle a engagé pour ce faire une firme de Notre-Dame-de-Grâce qui rencontrera tous les gens intéressés par la propriété. Cette démarche, à laquelle ne participe pas la Ville de Montréal, devrait servir à bonifier son propre projet de développement du site.

La SIC est une société para-gouvernementale qui a pour mandat de vendre les propriétés excédentaires du gouvernement fédéral. Elle a acheté Benny Farm en 1998 mais ne l'a pas mise en marché en raison de discussions avec le Fonds foncier communautaire Benny Farm, qui proposait un important plan de développement. Ces discussions ont achoppé l'automne dernier, au grand désarroi du Fonds qui a déposé une poursuite contre la SIC. La cause a d'ailleurs été entendue en Cour supérieure jeudi et une décision pourrait être rendue dans le dossier dès la semaine prochaine.

La SIC, elle, a décidé de développer son propre projet et d'en discuter, à partir de janvier, avec l'administration Tremblay. Mais le scénario qu'elle a finalement soumis il y a quelques semaines a été rejeté par les membres du conseil d'arrondissement, d'où l'entrée en scène d'un médiateur et le désir de la SIC de se livrer à ses propres consultations.

Les logements vacants de Benny Farm sont régulièrement montrés du doigt par les groupes de pression du secteur d'habitation, qui trouvent la situation scandaleuse en période de pénurie. Ces groupes manifesteront ce matin autour du site pour réclamer que les logements, répartis dans 52 immeubles, servent au moins de résidence temporaire pour les ménages qui seront sans logis le 1er juillet. La SIC a déjà indiqué que les logements vides sont en trop mauvais état pour être ainsi utilisés.






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