Un maire sur deux a été élu sans opposition en 2009
Le taux de participation aux élections municipales au Québec demeure faible. Que faire alors pour l’augmenter ? Le directeur général des élections du Québec, Jacques Drouin, propose quelques pistes de réflexion.
Depuis 2005, les élections municipales se déroulent le même jour dans toutes les municipalités, soit le premier dimanche de novembre, tous les quatre ans. Le choix d’un unique jour de scrutin a-t-il influé sur la participation électorale ? « Très peu, avoue Jacques Drouin. De 2005 à 2009, l’augmentation n’a été que de 1 %. Par contre, ce que l’on a pu constater, c’est une légère augmentation des candidatures et, par conséquent, une légère baisse du nombre d’élus par acclamation. »
Selon Jacques Drouin, le taux de participation varie en fonction de l’enjeu. « Cela est vrai au municipal comme au provincial ou même au fédéral. Si les citoyens perçoivent qu’il y a un véritable enjeu lors d’une élection, alors ils iront voter en plus grand nombre. C’est ce qui s’est produit aux dernières élections provinciales. J’ose même avancer l’hypothèse que cela se produira au prochain scrutin municipal. Je crois que les révélations de la commission Charbonneau auront un impact, que les citoyens voudront avoir leur mot à dire et iront voter en plus grand nombre. »
Les candidatures au municipal
Le nombre de candidatures aux élections municipales au Québec pose toujours problème. « En 2009, un maire sur deux a été élu sans opposition, et c’est le cas de trois conseillers municipaux sur cinq. » Il lui apparaît donc nécessaire d’utiliser des mesures incitatives afin de pousser davantage de citoyens à se lancer en politique municipale et d’ainsi augmenter le nombre de candidats. « Il y a déjà des mesures incitatives qui sont en place. Plusieurs organismes et regroupements citoyens offrent des ateliers afin d’aider ceux qui s’intéressent à la politique municipale à faire le saut en politique active et à poser leur candidature. C’est aussi la responsabilité du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, qui mettra en place de nouvelles mesures afin de favoriser une augmentation des candidatures. Le Directeur général des élections y participera, mais ce n’est pas de son ressort. »
Les responsabilités du Directeur général des élections (DGE) concernent plutôt les électeurs. « À l’échelon provincial, la loi nous oblige à mettre en place une campagne d’information afin d’inciter l’électeur à aller voter. À l’échelon municipal, nous ne sommes pas obligés de le faire, mais nous pouvons le faire, et c’est ce que nous avons fait en 2009. »
Et le DGE récidivera en 2013, cette fois en y mettant plus de moyens. En effet, le budget consacré à cette campagne sera de 1,6 million de dollars, une augmentation de presque 50 % en comparaison de celle de 2009. « Si l’on a choisi d’investir davantage, c’est que nous croyons que cela peut avoir un impact sur le taux de participation. Aux dernières élections provinciales, nous avons mené une campagne plus grinçante, hors de notre zone habituelle de confort, et nous croyons que cela a eu un effet positif sur le taux de participation. Nous verrons si cet effet se reproduira lors des prochaines élections municipales. »
Le rôle des municipalités
Lors d’un scrutin provincial, l’organisation de l’élection incombe entièrement au DGE. Ce n’est pas le cas à l’échelon municipal, où ce sont les municipalités qui organisent les élections sur leur territoire. Elles doivent communiquer avec l’électeur et choisir les lieux de vote. La liste électorale est confectionnée avec les données fournies par la liste électorale permanente du DGE.
« Il est évident que les municipalités ont un rôle à jouer dans la participation des électeurs à l’élection. La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités oblige les municipalités à faire parvenir aux électeurs une carte d’information indiquant s’ils sont inscrits sur la liste électorale. La carte peut aussi indiquer le lieu de vote. Il serait souhaitable que ce lieu soit toujours indiqué. » De plus, les municipalités devraient toujours s’assurer que les lieux de vote sont facilement accessibles. « Il ne faut pas que le lieu de vote devienne une entrave à l’exercice du droit de vote. »
Qu’en est-il du mode de scrutin ? À l’échelle provinciale, on peut voter le jour même du scrutin en se présentant au bureau de vote, mais aussi voter par anticipation. « À l’échelon municipal, le vote par anticipation est obligatoire, mais seulement pour une journée. Quelques municipalités l’étendent sur deux jours. Il serait peut-être intéressant de donner davantage d’importance au vote par anticipation en augmentant le nombre de jours. »
Il existe aussi au Québec d’autres modes de scrutin comme le vote au bureau du président de l’élection, le vote itinérant (par exemple en milieux hospitaliers) et le vote à domicile, où une personne incapable de se déplacer recevra à domicile la visite de scrutateurs. « Quelques municipalités introduiront le vote à domicile cette année. Je crois qu’il faut multiplier et encourager les divers modes de scrutin. Par exemple, pourquoi ne pas se pencher dès maintenant sur le vote par Internet ? Si l’on veut faire augmenter le taux de participation aux élections municipales, tout comme aux élections provinciales, d’ailleurs, il faut évidemment chercher à convaincre l’électeur qui ne participe pas de l’importance de son vote. Mais il faut aussi lui rendre l’exercice le plus facile possible en se rapprochant le plus près de lui. »
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