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    Laval - «Si tu ne paies pas, tu n’as pas de contrat»

    Un homme d’affaires reconnaît avoir payé une cote annuelle directement à Gilles Vaillancourt

    «Tout s’achète. Les politiciens ont leur prix, l’accès aux contrats aussi», affirme un entrepreneur qui aurait versé des cotisations illégales en échanges de contrats à Laval. Ci-haut, le maire Gilles Vaillancourt
    Photo : La Presse canadienne (photo) Graham Hughes «Tout s’achète. Les politiciens ont leur prix, l’accès aux contrats aussi», affirme un entrepreneur qui aurait versé des cotisations illégales en échanges de contrats à Laval. Ci-haut, le maire Gilles Vaillancourt
    Déclaration de la direction du Devoir, jeudi 8 nov, 15h

    Un reportage de Radio-Canada qui prétend dévoiler la source du Devoir pour cet article soulève certaines questions de la part de nos lecteurs. Nous tenons à souligner les points suivants:
    - Le Devoir respecte la demande d'anonymat de ses interlocuteurs qui ont des informations délicates à lui transmettre;
    - Le Devoir vérifie tout propos qui lui est confié avant d'en tirer un reportage;
    - Le Devoir ne rémunère jamais les personnes qui acceptent d'être des sources d'information, tel que le prévoit le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
    Josée Boileau
    Rédactrice en chef
    Brasser des affaires à Laval coûte cher. Des entrepreneurs et des professionnels verseraient annuellement des milliers de dollars pour accéder au lucratif marché des contrats octroyés par la Ville de Laval. Un professionnel affirme au Devoir avoir ainsi payé 15 000 $ comptant par année, dont deux fois directement au maire Gilles Vaillancourt devant témoin.

    « Si tu ne paies pas, tu n’as pas de contrat. C’est simple de même », a expliqué cette personne qui a requis l’anonymat. Nous l’appellerons M. St-Martin.


    Année après année, il a remis une enveloppe pleine d’argent. Cela assurait à son entreprise de pouvoir mettre la main sur des contrats de services professionnels attribués par la municipalité. « C’était rentable. Ç’a permis à mon bureau de grossir et de tasser la concurrence », explique-t-il.


    Les deux premières années après l’accession au pouvoir, en 1989, de Gilles Vaillancourt, M. St-Martin lui remettait en mains propres ce qu’il appelle sa «cotisation». Par la suite, le versement se faisait auprès d’un proche collaborateur du maire. C’est cette personne qui lui précisait quand il fallait payer.


    M. St-Martin n’était pas seul lorsqu’il s’est présenté la première fois au bureau du maire Vaillancourt, à l’hôtel de ville. La personne qui l’accompagnait alors se souvient parfaitement de l’événement qui s’est répété l’année suivante. « Ça se faisait en toute simplicité. Personne ne parlait d’argent ; on savait tous pourquoi on était là », raconte ce témoin sous le couvert de l’anonymat. « J’ai jamais pensé que c’était de la corruption parce que ça se faisait comme ça pour tout le monde. Je trouvais ça normal en politique », ajoute cette personne.


    Outre la cotisation annuelle, M. St-Martin apportait son appui financier au parti du maire, le PRO des Lavallois. Bien qu’il fût conscient des règles légales de financement, ses contributions étaient faites en argent comptant lors des différentes activités de financement du parti.


    Au cabinet du maire Vaillancourt, on ne souhaitait pas mercredi réagir dans l’immédiat, attendant plutôt la publication de l’article.


    Soupçons de trafic d’influence


    C’est au cours d’une longue entrevue de plusieurs heures, en présence de son conseiller juridique, que M. St-Martin a expliqué les détails de ses relations d’affaires avec Laval. La démarche de cet homme auprès du Devoir vise à libérer sa conscience, mais plus encore à apporter un éclairage dans le débat actuel sur la corruption et la collusion.


    Selon lui, les problèmes qui sont exposés publiquement depuis quelques années, et qui ont pris l’allure d’une gangrène généralisée avec les travaux de la commission Charbonneau, ne datent pas d’hier. Cela dépasse largement les quinze années correspondant au mandat de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, dite commission Charbonneau.


    M. St-Martin a rencontré des enquêteurs et un procureur de la commission Charbonneau qui se montreraient intéressés à le faire témoigner. Rien n’est toutefois fixé pour le moment. « J’aimerais ça, aider la cause, même si j’ai fait bien des affaires croches dans ma vie », dit-il.


    C’est d’ailleurs la première fois qu’un homme d’affaires reconnaît avoir trempé dans un trafic d’influence organisé sur une longue période, à Laval, en plus d’avoir payé directement à Gilles Vaillancourt une cote annuelle. Jusqu’à maintenant, l’ex-entrepreneur Lino Zambito a déclaré sous serment à la commission Charbonneau avoir versé un pot-de-vin de 25 000 $ pour un contrat à un proche du maire Vaillancourt.


    M. Zambito a également affirmé que le maire de Laval toucherait une ristourne équivalant à 2,5 % des contrats attribués par la Ville.


    Les policiers de l’escouade Marteau font enquête à l’heure actuelle concernant Gilles Vaillancourt et de possibles gestes de corruption. Des perquisitions ont d’ailleurs été menées à cet effet au cours des dernières semaines, notamment dans les résidences de M. Vaillancourt et dans ses coffrets de sécurité dans quatre institutions financières.


    Lefebvre et Vaillancourt, même méthode


    Selon M. St-Martin, avant le règne de Gilles Vaillancourt, les mêmes règles s’appliquaient tant pour avoir des contrats que pour faire du financement occulte. « Tout s’achète. Les politiciens ont leur prix, l’accès aux contrats aussi », affirme M. St-Martin.


    Selon lui, l’ancien maire Claude Lefebvre aurait empoché lui aussi un versement annuel de la part d’hommes d’affaires. M. St-Martin affirme être un de ceux-là. « J’ai donné au moins deux fois 15 000 $ à Lefebvre en personne. Après, il me dirigeait vers son homme de confiance », raconte-t-il.


    M. St-Martin affirme avoir remis des enveloppes d’argent comptant à l’homme de confiance, un important entrepreneur de Laval, que Le Devoir ne nomme pas faute d’avoir pu le joindre. Cette cote était destinée à permettre à l’entreprise de M. St-Martin d’obtenir des contrats.


    Au moins une fois, soutient M. St-Martin, deux dirigeants de firmes de génie-conseil ont versé leur dû au même moment que lui. « T’as fait ta cotisation ? se souvient-il avoir demandé à l’un des deux hommes. On a ri, puis j’ai payé à mon tour. Il y avait des piles d’argent sur la table et l’épouse du gars comptait l’argent en arrière », se souvient M. St-Martin.


    Pour ce qui est du financement du parti, la même méthode prévalait, dit-il. Il s’agissait déjà du PRO des Lavallois, qui avait été créé en vue de l’élection de 1981. Ainsi, l’achat de billets pour les cocktails de financement et autres soupers-bénéfice se faisait en argent comptant. Il y avait aussi d’autres contributions en espèces sonnantes et trébuchantes pour payer les « vrais coûts d’une campagne électorale ».


    Joint à sa résidence mercredi après-midi, l’ancien maire Claude Lefebvre a nié l’existence d’un tel système de corruption. « C’est de la foutaise. […] Qu’est-ce que c’est que ces histoires-là de bagman ? », a-t-il lancé.


    Pour ce qui est du financement occulte du PRO des Lavallois, M. Lefebvre est moins catégorique. « Des entrepreneurs ont-ils donné à ma caisse électorale ? Sans doute », laisse-t-il tomber.


    M. Lefebvre reconnaît que le financement populaire, « ça ne tient pas la route ». « Croire le contraire, surtout au municipal, c’est vivre sur la planète des anges », dit-il.


    L’ancien maire de Laval se défend toutefois d’avoir lui-même sollicité ou reçu de l’argent pour son parti. Il a dit s’être toujours tenu loin du financement.

     
     
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