Financement des infrastructures municipales - Les délais du programme fédéral auraient fait gonfler les prix
Le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Éric Forest, est convaincu que les délais serrés du Programme d’action économique du fédéral ont amené des entrepreneurs en construction à gonfler les prix de leurs soumissions en 2010.
Selon lui, il y a eu cette année-là une « surchauffe » parce que le programme se terminait en mars 2011 et que les municipalités manquaient de temps pour réaliser leurs travaux d’infrastructures. « Il y avait tellement de travaux à réaliser qu’il y a des entrepreneurs qui mettaient des prix très élevés en disant : “ Si je l’ai, je vais faire une moyenne passe. De toute façon, j’en ai des contrats. ” »
Le Programme d’action économique avait été lancé en 2009 par les conservateurs pour faire face à la crise. Des centaines de millions de dollars du fédéral ont alors été investis dans les infrastructures municipales. Dans la plupart des cas, les trois ordres de gouvernement finançaient chacun un tiers du projet.
Toujours selon l’UMQ, la surchauffe était d’autant plus importante que le Québec avait pris entre 18 et 24 mois de retard sur le lancement du programme. « Pendant que l’Ontario et les autres provinces travaillaient, on était encore en train de négocier les conditions de transfert de ces fonds-là », explique le président de l’UMQ.
Dès lors le programme a véritablement débuté au Québec peu de temps avant l’échéance de mars 2011 pour exécuter les travaux.
« Comme on leur imposait de terminer dans une échéance très brève, ça augmentait le coût des travaux. Ça avait un impact assez important, ajoute-t-il. C’est clair que dans cette période-là, les gens qui faisaient des travaux d’infrastructures publiques, que ce soit de l’aqueduc, des égouts, des rues, ils ont eu une période énormément faste. »
Le maire de Rimouski cite en exemple un contrat de sa municipalité qui dépassait à l’époque de 25 à 30 % les estimations de ses fonctionnaires. À deux reprises, il a relancé l’appel d’offres parce que le prix était trop élevé. C’est seulement lorsque le délai du 31 mars a été repoussé que la Ville a pu obtenir une soumission à bon prix, explique-t-il.
Après avoir « fait pression » sur Ottawa, l’UMQ avait obtenu en décembre 2010 que le programme soit prolongé de mars à octobre 2011.
Mardi, à Lévis, M. Forest a laissé entendre que ce changement de délai a eu au moins autant d’impact que l’escouade Marteau sur la « stabilisation » des prix des contrats municipaux. « Marteau a contribué, mais ce délai-là a également contribué », a-t-il observé.
Alors que le fédéral s’apprête à lancer un nouveau programme d’infrastructures, M. Forest espère ne plus revivre cette situation. « Qu’ils négocient entre Québec et Ottawa avant le début du programme pour qu’on puisse être sur la ligne de départ en même temps que tout le monde, dit-il. Si on étale la durée des travaux sur une plus longue période, on crée moins de pression sur l’offre. »
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Infrastructures : les villes en veulent plus
L’Union des municipalités du Québec (UMQ) estime avoir besoin de plus de 600 millions de dollars supplémentaires par année de la part du gouvernement du Québec. L’argent irait notamment aux conduites d’eau et à la voirie locale.
Pour poursuivre la mise à niveau des infrastructures, ce regroupement d’élus estime qu’il faut augmenter les investissements d’environ 2 milliards par année pendant 15 ans. Le gouvernement du Québec devrait assumer le tiers de la somme, bref doubler les investissements qu’il fait déjà.
Pour appuyer ses demandes, l’UMQ dévoilait hier une nouvelle étude sur les besoins des villes. Un sondage mené auprès d’une soixantaine d’entre elles révèle qu’elles comptent investir près de 14 milliards en infrastructures d’ici trois ans. Les investissements touchent principalement les conduites d’évacuation des eaux usées et pluviales (37 %), la voirie locale (31 %) et les conduites de distribution d’eau potable (17 %).
Aux journalistes qu’ils l’interrogeaient sur la corruption dans le secteur de la construction et l’impression de gaspillage de fonds publics que pouvaient avoir les citoyens, le président de l’UMQ a fait une analogie avec les travaux d’un propriétaire sur sa maison. « Ce n’est pas parce qu’on a eu des problèmes avec l’entrepreneur qui a fait des réparations et que le toit coule qu’il ne faut pas le réparer », a-t-il dit.








