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Stanstead songe à couper l’eau à ses voisins américains

Au Québec, une éolienne de grande taille doit se retrouver à au moins un demi-kilomètre d’une résidence.
Photo : Agence Reuters Jonathan Ernst Au Québec, une éolienne de grande taille doit se retrouver à au moins un demi-kilomètre d’une résidence.

Le maire de Stanstead, Philippe Dutil, prendra les grands moyens si la société Encore Redevelopment, dont le siège social est basé à Burlington, persiste à ériger deux éoliennes à un jet de pierre de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Il coupera l’approvisionnement en eau de ses voisins américains.


« Si c’est ça que ça prend », a lâché Philippe Dutil lors d’un entretien téléphonique avec Le Devoir. « On leur fournit de l’eau en bon voisin. Je demande à Derby qu’il agisse en bon voisin aussi », a-t-il déclaré au lendemain d’une assemblée publique réunissant des « citoyens préoccupés ».


Le maire du village estrien enjoint à son homologue de Derby - localité où s’élanceront les deux éoliennes si le projet reçoit le feu vert de la Vermont Public Service Board - de « ne pas signer de contrat » avec Encore Redevelopment, sinon il fermera la vanne de la conduite d’eau potable approvisionnant environ 50 résidences sur le territoire américain. « Je vais tout faire pour défendre mes citoyens », a-t-il soutenu.


Quelque 35 résidants du chemin Lagueux se sont réunis dimanche soir afin de prendre la mesure des conséquences de l’érection de deux éoliennes de plus de 125 mètres en bordure de la frontière canado-américaine.


« C’est très près. De chez moi, c’est à 240, 250 mètres. Je n’ai trouvé aucun cas d’éolienne de cette taille-là plus près d’une maison n’importe où dans le monde, nulle part », fait valoir le journaliste et historien Jean-François Nadeau. « Ce n’est pas pour rien qu’on a augmenté un peu partout les distances entre les maisons et les engins, parce que ça crache en hiver. C’est une catapulte pour la neige et la glace qui s’accumulent sur les pales. »


Le maire Philippe Grenier craint que la neige et la glace recouvrant les pales des éoliennes en saison hivernale puissent « passer à travers les couvertures de maisons », mettant « la vie du monde en danger ». Au Québec, une éolienne de grande taille doit se retrouver à au moins un demi-kilomètre d’une résidence.


« À Stanstead, sous prétexte qu’on est des citoyens canadiens et que c’est un projet américain, on serait en deçà de la moitié du minimum de la distance minimale de protection. Ils pellettent les problèmes dans la cour des Canadiens », déplore M. Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir.


En plus des risques à la sécurité des personnes habitant à proximité d’une des deux éoliennes, leur présence à quelques pas d’un secteur résidentiel entraînerait assurément une chute de la valeur des maisons supérieure à celle avancée par les promoteurs du projet, selon Jean-François Nadeau. « C’est le plus terrifiant là-dedans. C’est au minimum 10 %. Dans beaucoup de cas c’est plus de 40 % de perte », souligne-t-il.



« Bon citoyen corporatif »


Dans une lettre datée d’hier, le député d’Orford, Pierre Reid, demande au dirigeant de la société Encore Redevelopment, Chad Farrell, de « se comporter en bon “citoyen corporatif”, d’autant plus qu’ [il oeuvre] dans le domaine des énergies vertes », l’élu québécois soulignant que le projet de construction de deux éoliennes aurait été « non recevable » si la frontière était plus au nord à raison de « quelques centaines de mètres ».


« Je pense que votre projet et votre approche montrent une méconnaissance de la vie frontalière. Les citoyens de Stanstead, Derby, Derby Center, Derby Line, Holland, appartiennent tous à une communauté frontalière harmonieuse. Ce sont des voisins qui vivent ensemble et qui s’entraident », a écrit l’ancien ministre libéral avant d’inviter M. Ferrell à effectuer un « retrait stratégique ».


Les secteurs touristique et immobilier pâtiraient également de l’apparition de deux moulins à vent dans le paysage de Stanstead, « encore un des beaux villages du Québec », minant à coup sûr le développement économique de la région « après 30 ans de difficultés majeures », selon Pierre Reid.


D’autre part, le député d’Orford exhorte la Vermont Public Service Board à écouter les voix discordantes s’élevant du côté nord de la frontière. « J’ai même demandé l’aide du gouvernement du Québec pour favoriser la représentation adéquate des préoccupations de mes concitoyens », a-t-il spécifié.


Malgré l’entrée en scène du gouvernement québécois, celle du gouvernement fédéral apparaît inévitable pour dénouer l’affaire aux yeux du maire de Stanstead.


Néanmoins, Philippe Dutil exprimera demain le point de vue des citoyens de Stanstead à la Vermont Public Service Board qui décidera du sort du projet de construction d’éoliennes.


Les opposants au projet d’éolienne, canadiens et américains, se réuniront dimanche à 13 h à la High School Library à cheval sur la frontière Canada-États-Unis. « On invite tout le monde », lance M. Dutil.


« Il n’y a pas d’autres frictions à part de ça », a conclu le maire de Stanstead.


 
 
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