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Gaspésie - La nouvelle cimenterie ne sera pas soumise au BAPE

Les écologistes craignent d'importants impacts environnementaux pour la région

Le maire de Port-Daniel, Maurice Anglehart, voit d’un bon œil le projet de cimenterie.<br />
Photo : Thierry Haroun Le maire de Port-Daniel, Maurice Anglehart, voit d’un bon œil le projet de cimenterie.
Port-Daniel — Un projet de cimenterie de plus de 500 millions de dollars financé par des promoteurs de Montréal et qui verra le jour à Port-Daniel, en Gaspésie, ne sera pas soumis à l'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

L'avis de ce projet, dont Le Devoir a obtenu copie en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, indique qu'il a été déposé par son promoteur avant le 22 juin 1995, date à laquelle les normes environnementales ont été resserrées par le gouvernement de Jacques Parizeau.

Il n'a donc pas à être soumis aux évaluations du BAPE, confirme la porte-parole du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Hélène Simard.

Les certifications d'autorisation délivrées en 1996 et dont nous avons obtenu copie sont à jour. À l'échelle environnementale, un rapport d'analyse du MDDEP daté du 7 février 1996 (menant à la délivrance de la certification) souligne que «la principale répercussion provient des émissions atmosphériques, lesquelles comprennent des matières particulaires, des oxydes d'azotes, du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone, du dioxyde de soufre, des métaux lourds et des substances toxiques telles des HAP [hydrocarbures aromatiques polycycliques]».

Dans un autre rapport (15 juillet 1996), on note parmi les impacts appréhendés l'éventualité d'un déversement et l'entrave aux activités de pêche.

«On va demander des compensations financières s'il y a altération de l'habitat du homard», prévient le directeur de l'Association des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, Onil Cloutier.

Selon Denis Boucher, le porte-parole de Gisement McInnis, le promoteur de la nouvelle cimenterie, «le projet est assujetti à des normes environnementales excessivement strictes. On veut faire de cette cimenterie un modèle en Amérique du Nord».

Il n'a toutefois pas été en mesure de décliner les impacts environnementaux du projet ni la quantité de gaz à effet de serre qui sera rejeté du fait que le choix des équipements reste à être déterminé. S'il ne conteste pas les rapports du MDDEP, il note que les technologies se sont améliorées depuis.

Une situation qui n'a rien pour rassurer le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle. De fait, une des options envisagées pour chauffer le four de l'usine est le coke de pétrole, un sous-produit du raffinage du pétrole. Or, Gisement McInnis n'est pas en mesure de déterminer pour l'heure ni la quantité, ni sa provenance, ni sa teneur en soufre. «Pour nous, c'est clair, on va demander un BAPE. Ça n'a pas de bon sens de ne pas avoir un BAPE avec un projet de cette envergure! On ne connaît même pas le pourcentage de soufre qu'il va y avoir dans le coke de pétrole, voyons donc! C'est pour ça qu'on a besoin d'un BAPE pour y voir plus clair sur l'ensemble du projet!»

Lancé en 1992 par le fondateur de CIMBEC, Guy Rousseau, ce projet a connu des soubresauts au cours des ans. Les premiers travaux ont eu lieu en 1998. Mais ce n'est que tout récemment que ce projet a été relancé, à la suite de l'acquisition de CIMBEC par Gisement McInnis en janvier dernier.

Gisement McInnis est contrôlé par Beaudier inc., située à Montréal. Cette société d'investissement privée est détenue par la famille Beaudoin (connue pour ses liens avec Bombardier). Guy Rousseau demeure en tant qu'investisseur minoritaire.

À ce titre, des ententes ont été conclues avec tous les créanciers de Cimbec Canada et ceux de la compagnie opérante, soit Cimbec inc. Parmi ces transactions, faites par les firmes Norton Rose et McCarthy Tétreault, une entente à l'amiable avec la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a été conclue au début de décembre dernier. La CDPQ avait intenté une poursuite de plus de 38,8 millions de dollars, déposée au palais de justice de Montréal contre CIMBEC, le 30 novembre 2005, dont Le Devoir a obtenu copie.

Cette requête introductive d'instance concernait trois prêts octroyés à CIMBEC par la CDPQ en 1997 et 1998. Si cette entente demeure secrète, la porte-parole de la CDPQ, Sarah-Émilie Bouchard, a indiqué au Devoir «qu'on est satisfait du règlement et on a obtenu le meilleur remboursement dans les circonstances».

Ce projet est présentement évalué à entre 500 millions et 750 millions de dollars, précise Denis Boucher, ajoutant que le tout sera complété au mieux dans trois ans et que des travaux de forage débuteront dans les prochains jours.

De 400 à 500 emplois seront créés lors des travaux et près de 150 emplois permanents pendant l'exploitation du site qui contient 450 millions de tonnes de calcaire (près de 100 ans d'exploitation). La production annuelle pourrait atteindre deux millions de tonnes de ciment, lequel sera chargé dans des bateaux amarrés au terminal du site à destination des marchés étrangers, dont les États-Unis, l'Europe, voire l'Afrique.

Ce projet d'envergure réjouit le maire de la petite ville gaspésienne. Les transactions de décembre dernier ont rapporté à la municipalité la somme de 63 965 $ (taxes et titres) par le biais de six paiements effectués en février dernier par Gisements McInnis. «Écoutez, c'est du sérieux, c'est la famille Beaudoin qui investit. On est très content du projet!» lance le maire, Maurice Anglehart.

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