Être jeune en politique municipale - «Les gens sont prêts à nous faire confiance»
Seulement 719 élus ont moins de 35 ans au Québec
Photo : UMQ
Francis Murphy a participé à la tournée du Québec visant à démystifier le rôle de l’élu municipal auprès des jeunes.
Les cheveux gris sont majoritaires dans les conseils municipaux québécois. Depuis les élections de novembre, seuls 9 % des maires et conseillers ont moins de 35 ans. Rencontre avec trois spécimens rares qui font de l'amélioration de leur ville un début de carrière.
Lorsque Francis Murphy a lancé sa campagne électorale en 2005 à Val-d'Or, il aurait eu bien du mal à cacher son jeune âge. Les cheveux longs noués en queue de cheval et le corps frêle, il revenait d'un voyage en Europe du type «sac à dos». Il avait vingt ans.
Le jeune diplômé en animation radio savait déjà qu'il passerait sa vie dans cette municipalité où il est né. «Je me suis dit que la meilleure façon de faire de ma ville un endroit où je veux élever une famille, c'est de m'y engager.» Il en profite pour faire les choses à sa façon: ses pancartes électorales ne présentent pas son visage, mais plutôt les thèmes qui lui tiennent à coeur, peints par des artistes de la région.
Au final, 45 % des citoyens du quartier votent pour lui et en font le plus jeune élu de l'histoire de la ville. L'âge n'a vraiment pas été un frein pour lui. «Les gens sont prêts à nous faire confiance. Encore aujourd'hui, il ne se passe pas une semaine sans qu'un inconnu me dise que c'est l'fun que je sois là. Ça prend un équilibre des âges.» Fait cocasse: sa première réalisation aura été de quitter la maison de ses parents pour s'installer dans le quartier!
Sur 8000 postes électifs dans les 1104 municipalités du Québec, il n'y a que 719 élus qui ont moins de 35 ans. Pourtant, ils y sont les bienvenus, assure Corina Bastiani, fondatrice et présidente de la Commission jeunes et démocratie de l'Union des municipalités du Québec, également conseillère à Sorel-Tracy depuis l'âge de 23 ans, en 2005. «J'ai battu le conseiller sortant», raconte-t-elle, pour illustrer la confiance que lui a rapidement manifestée la population.
Préjugés tenaces
Selon elle, si les jeunes sont peu nombreux à se lancer en politique municipale, c'est plutôt en raison de préjugés tenaces. En effet, ces derniers sont nombreux. Le Conseil permanent de la jeunesse a publié en octobre dernier la vision du monde municipal d'une centaine de jeunes interrogés. Si certains voient la politique municipale comme «un levier incontournable du changement social», d'autres la voient comme «la chasse gardée des gens en place depuis longtemps». Ils relèvent un manque de vision d'avenir, considèrent que les élus tiennent peu compte de leurs besoins et croient qu'il faut être de la même famille qu'un élu pour pouvoir entrer en politique.
Les récents scandales et allégations de corruption en politique municipale ont aussi écorché l'image de l'élu, estime Corina Bastiani. «On dit souvent que l'élu est le dernier sur la liste des personnes en qui la population a confiance. Pourtant, la politique municipale mène à une qualité de vie, car on est des citoyens nous aussi.»
La commission qu'elle préside, qui regroupe de jeunes conseillers municipaux, a d'ail-leurs fait une tournée du Québec il y a un an pour démystifier le rôle de l'élu municipal auprès des jeunes et pour leur expliquer comment se lancer en politique. «Le monde qu'on a rencontré cherchait surtout des modèles, des success stories, pour voir que ça existe de réussir en politique quand on est jeune», se souvient Francis Murphy, qui a participé à cette tournée de 18 jours avec Mme Bastiani.
Des perspectives différentes
Les trois jeunes élus interrogés sont unanimes: leur présence amène quelque chose de nouveau aux conseils. Chez les jeunes, la vision de la politique et de la municipalité est différente, bien que tout ne soit pas une question d'âge. «Je pense qu'on a une perspective différente du développement durable, par exemple, explique Corina Bastiani. Pour moi, c'est intégré à toutes les décisions, même les plus petites.» L'avenir n'a pas la même signification pour tous. «Du fait que je suis encore là pour longtemps, contrairement aux conseillers plus âgés, j'ai une vision différente», souligne le jeune conseiller de Val-d'Or. Mais il y a de jeunes vieux et de vieux jeunes partout, ont-ils tous les deux rappelé, pour éviter de généraliser.
La venue en politique de jeunes esprits énergiques cause d'ailleurs parfois des remous au sein des conseils municipaux. Jessika Lacombe, mairesse de Saint-Adrien-d'Irlande depuis 2008, s'est déjà fait dire qu'elle voulait en faire trop. «Je travaille avec plusieurs conseillers qui sont là depuis 20 ans et eux ne veulent pas trop que les choses bougent, raconte la femme âgée de 29 ans. Ils veulent attirer les jeunes familles, mais il n'y avait qu'un terrain de pétanque dans le village! Moi, j'ai des projets qui entraînent des dépenses, et ça dérange!»
Elle s'est d'ailleurs lancée en politique parce qu'elle trouvait que son village «stagnait». La donne a changé: un grand centre multisports sera bientôt construit dans cette municipalité en Chaudière-Appalaches, en plus d'un parc, d'un terrain de basketball et d'un terrain de volleyball. Elle a aussi amené l'eau potable aux robinets des citoyens du village.
Le travail de l'élu n'est toutefois pas toujours facile et agréable, bien qu'il soit grandement varié et stimulant. «C'est certain que ce n'est pas génial de recevoir un appel à six heures, pendant un souper entre amis, pour se faire dire que la rue est mal déneigée», avoue Francis Murphy, en riant. Les bons commentaires qu'il reçoit toutefois au sujet de son travail compensent le tout.
Jessika Lacombe affirme que la politique municipale est une excellente école pour les personnes en début de carrière. «On apprend vraiment beaucoup. On apprend à demander des subventions, on apprend les lois, on apprend à cogner aux portes et à foncer sans avoir peur. Oui, il y a de la place pour les jeunes: il le faut.»
Lorsque Francis Murphy a lancé sa campagne électorale en 2005 à Val-d'Or, il aurait eu bien du mal à cacher son jeune âge. Les cheveux longs noués en queue de cheval et le corps frêle, il revenait d'un voyage en Europe du type «sac à dos». Il avait vingt ans.
Le jeune diplômé en animation radio savait déjà qu'il passerait sa vie dans cette municipalité où il est né. «Je me suis dit que la meilleure façon de faire de ma ville un endroit où je veux élever une famille, c'est de m'y engager.» Il en profite pour faire les choses à sa façon: ses pancartes électorales ne présentent pas son visage, mais plutôt les thèmes qui lui tiennent à coeur, peints par des artistes de la région.
Au final, 45 % des citoyens du quartier votent pour lui et en font le plus jeune élu de l'histoire de la ville. L'âge n'a vraiment pas été un frein pour lui. «Les gens sont prêts à nous faire confiance. Encore aujourd'hui, il ne se passe pas une semaine sans qu'un inconnu me dise que c'est l'fun que je sois là. Ça prend un équilibre des âges.» Fait cocasse: sa première réalisation aura été de quitter la maison de ses parents pour s'installer dans le quartier!
Sur 8000 postes électifs dans les 1104 municipalités du Québec, il n'y a que 719 élus qui ont moins de 35 ans. Pourtant, ils y sont les bienvenus, assure Corina Bastiani, fondatrice et présidente de la Commission jeunes et démocratie de l'Union des municipalités du Québec, également conseillère à Sorel-Tracy depuis l'âge de 23 ans, en 2005. «J'ai battu le conseiller sortant», raconte-t-elle, pour illustrer la confiance que lui a rapidement manifestée la population.
Préjugés tenaces
Selon elle, si les jeunes sont peu nombreux à se lancer en politique municipale, c'est plutôt en raison de préjugés tenaces. En effet, ces derniers sont nombreux. Le Conseil permanent de la jeunesse a publié en octobre dernier la vision du monde municipal d'une centaine de jeunes interrogés. Si certains voient la politique municipale comme «un levier incontournable du changement social», d'autres la voient comme «la chasse gardée des gens en place depuis longtemps». Ils relèvent un manque de vision d'avenir, considèrent que les élus tiennent peu compte de leurs besoins et croient qu'il faut être de la même famille qu'un élu pour pouvoir entrer en politique.
Les récents scandales et allégations de corruption en politique municipale ont aussi écorché l'image de l'élu, estime Corina Bastiani. «On dit souvent que l'élu est le dernier sur la liste des personnes en qui la population a confiance. Pourtant, la politique municipale mène à une qualité de vie, car on est des citoyens nous aussi.»
La commission qu'elle préside, qui regroupe de jeunes conseillers municipaux, a d'ail-leurs fait une tournée du Québec il y a un an pour démystifier le rôle de l'élu municipal auprès des jeunes et pour leur expliquer comment se lancer en politique. «Le monde qu'on a rencontré cherchait surtout des modèles, des success stories, pour voir que ça existe de réussir en politique quand on est jeune», se souvient Francis Murphy, qui a participé à cette tournée de 18 jours avec Mme Bastiani.
Des perspectives différentes
Les trois jeunes élus interrogés sont unanimes: leur présence amène quelque chose de nouveau aux conseils. Chez les jeunes, la vision de la politique et de la municipalité est différente, bien que tout ne soit pas une question d'âge. «Je pense qu'on a une perspective différente du développement durable, par exemple, explique Corina Bastiani. Pour moi, c'est intégré à toutes les décisions, même les plus petites.» L'avenir n'a pas la même signification pour tous. «Du fait que je suis encore là pour longtemps, contrairement aux conseillers plus âgés, j'ai une vision différente», souligne le jeune conseiller de Val-d'Or. Mais il y a de jeunes vieux et de vieux jeunes partout, ont-ils tous les deux rappelé, pour éviter de généraliser.
La venue en politique de jeunes esprits énergiques cause d'ailleurs parfois des remous au sein des conseils municipaux. Jessika Lacombe, mairesse de Saint-Adrien-d'Irlande depuis 2008, s'est déjà fait dire qu'elle voulait en faire trop. «Je travaille avec plusieurs conseillers qui sont là depuis 20 ans et eux ne veulent pas trop que les choses bougent, raconte la femme âgée de 29 ans. Ils veulent attirer les jeunes familles, mais il n'y avait qu'un terrain de pétanque dans le village! Moi, j'ai des projets qui entraînent des dépenses, et ça dérange!»
Elle s'est d'ailleurs lancée en politique parce qu'elle trouvait que son village «stagnait». La donne a changé: un grand centre multisports sera bientôt construit dans cette municipalité en Chaudière-Appalaches, en plus d'un parc, d'un terrain de basketball et d'un terrain de volleyball. Elle a aussi amené l'eau potable aux robinets des citoyens du village.
Le travail de l'élu n'est toutefois pas toujours facile et agréable, bien qu'il soit grandement varié et stimulant. «C'est certain que ce n'est pas génial de recevoir un appel à six heures, pendant un souper entre amis, pour se faire dire que la rue est mal déneigée», avoue Francis Murphy, en riant. Les bons commentaires qu'il reçoit toutefois au sujet de son travail compensent le tout.
Jessika Lacombe affirme que la politique municipale est une excellente école pour les personnes en début de carrière. «On apprend vraiment beaucoup. On apprend à demander des subventions, on apprend les lois, on apprend à cogner aux portes et à foncer sans avoir peur. Oui, il y a de la place pour les jeunes: il le faut.»
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