jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 00h38
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Voyages de pêche pour élus aux frais de BPR

Des fonctionnaires des Affaires municipales ont également profité des largesses de la firme de génie-conseil

Kathleen Lévesque   3 décembre 2009  Villes et régions

À retenir

    • Des fonctionnaires du ministère des Affaires municipales ont également pris part à ces excursions de trois ou quatre jours toutes dépenses payées
    • «Ça s'est fait régulièrement. J'y suis allé à deux reprises. C'étaient de beaux voyages. Tout était fourni»
    • Soigner les relations avec ses clients est chose normale et que le but n'est pas nécessairement d'obtenir un contrat
    • L'Ordre des ingénieurs du Québec rappelle que le code de déontologie est clair quant à l'obligation qui est faite aux ingénieurs de ne jamais se placer en situation de conflit d'intérêts
La firme de génie-conseil BPR a payé au fil des ans des voyages de pêche à des élus de municipalités avec qui elle brasse des affaires. Des fonctionnaires du ministère des Affaires municipales ont également pris part à ces excursions de trois ou quatre jours toutes dépenses payées, a appris Le Devoir.

Il ne s'agit toutefois pas d'une pratique isolée. Selon les informations recueillies par Le Devoir, des dirigeants de la firme d'ingénierie Dessau invitent régulièrement à la chasse et à la pêche des clients potentiels ou déjà établis au camp appartenant au club privé Mazana, dans les Laurentides. Chez Dessau, on affirme que la firme n'est pas membre de ce club privé bien que «probablement» elle le connaisse. Dessau n'avait aucun commentaire à faire quant à la possibilité que des dirigeants de la firme puissent en être membres puisqu'il s'agit «d'adhésions personnelles».

Chez BPR, interrogée à trois reprises sur ces voyages, on a refusé de faire quelque commentaire que ce soit après avoir reconnu toutefois que l'entreprise possède bien un camp de pêche. Celui-ci est situé sur les bords du lac Wilkin, à environ 50 kilomètres au nord-est de La Tuque, dans la réserve faunique des Laurentides.

Des maires et des conseillers municipaux de différentes municipalités de la région de Charlevoix ont participé à des voyages de pêche à la fin des années 1990 et au début des années 2000 à l'invitation de BPR. À la même époque, d'importants contrats d'assainissement des eaux (égout) étaient projetés dans la région. Ont suivi des contrats concernant l'eau potable, dont une usine de filtration à Saint-Irénée conçue par BPR.

«De beaux voyages»

«Ça s'est fait régulièrement. J'y suis allé à deux reprises. C'étaient de beaux voyages. Tout était fourni», raconte un ancien élu qui souhaite conserver l'anonymat. Après une journée de pêche, les langues se déliaient autour d'un verre, ajoute cette personne. «C'est sûr que des contrats ont été discutés pendant les voyages. On était là toute une fin de semaine. [...] Les voyages étaient fréquents, mais les invitations ont cessé quand certains contrats ont été donnés», soutient-il.

Ce dernier se rappelle s'être rendu en avion au lac Wilkin avec des collègues d'autres municipalités, deux fonctionnaires du ministère des Affaires municipales ainsi que Martin Lapointe, représentant de BPR. Joint hier par téléphone, M. Lapointe, qui travaille aujourd'hui comme consultant, a refusé d'accorder une entrevue au Devoir.

Le maire de Saint-Irénée, Pierre Boudreault, a reconnu avoir voyagé aux frais de BPR dans le passé. «C'est pas des pots-de-vin. C'est des choses qui se font dans tous les secteurs. J'ai eu des invitations d'autres entreprises aussi», s'est défendu M. Boudreault, sans pour autant nommer les firmes en question.

Selon lui, «il n'y a jamais eu de contrat donné après les voyages». «Quand on y allait, les contrats étaient déjà donnés», a dit M. Boudreault, qui a toutefois été incapable de préciser si les voyages représentaient alors une forme de remerciement. Lorsque Le Devoir lui a mentionné la présence de fonctionnaires des Affaires municipales, il s'est enflammé. «Il y a peut-être eu des racontars, mais je n'ai pas de commentaires à faire là-dessus», a-t-il tranché.

Le ministère des Affaires municipales joue un rôle dans l'octroi de contrats par les municipalités. Une large part des travaux est souvent subventionnée et des contrats doivent être approuvés par des fonctionnaires du ministère.

Consolidation de clientèle

Une personne bien au fait du développement des affaires au sein des firmes d'ingénierie a souligné au Devoir, sous le couvert de l'anonymat, que soigner les relations avec ses clients est chose normale et que le but n'est pas nécessairement d'obtenir un contrat. «Amener un client jouer au golf, au restaurant ou au hockey, ce sont des éléments de marketing habituels. Mais pour aller à la pêche ensemble, ça prend des affinités entre les gars, surtout que les fonctionnaires sont en général très réticents. On appelle ça de la consolidation de clientèle», explique-t-il. Selon lui, les voyages resserrent les liens et «améliorent l'engagement» de part et d'autre. «Ça fait pression sur les ingénieurs pour qu'ils livrent de meilleures performances», avance-t-il.

Du côté de l'Ordre des ingénieurs du Québec, on rappelle que le code de déontologie est clair quant à l'obligation qui est faite aux ingénieurs de ne jamais se placer en situation de conflit d'intérêts. On souligne également que l'Ordre encadre les ingénieurs mais ne contrôle pas les firmes d'ingénierie.

Ces voyages semblent s'inscrire dans le développement des affaires des entreprises. Cela s'apparente à l'utilisation des loges des entreprises du Centre Bell comme l'ont fait au cours des quatre dernières années les firmes de génie-conseil Tecsult, Cima+, Groupe SM, Dessau et SNC-Lavalin, qui y ont accueilli des membres du comité exécutif de la Ville de Montréal. L'entrepreneur Tony Accurso a utilisé, quant à lui, son bateau de luxe amarré dans les mers du Sud pour recevoir l'ancien président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, alors que le contrat des compteurs d'eau faisait l'objet de discussions.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • André Chevalier
    Abonné
    jeudi 3 décembre 2009 06h33
    Inacceptable !
    Supposons qu'une grosse entreprise privée comme Bombardier, par exemple, charge une équipe de ses employés de la tâche de trouver le meilleur sous-traitant pour fabriquer une pièce ou fournir un service. Supposons qu'un des sous-traitant qui sont en concurrence paye des voyages de pêche ou autres petites douceurs à cette équipe. Est-ce que l'entreprise Bombardier sera en mesure de se fier au choix proposé par son équipe qui pourrait très bien avoir accepté des enveloppes brunes en catimini ?
    Poser la question, c'est y répondre.

    Pourquoi accepterait-on ça lorsqu'il s'agit du bien public ?

  • Vincent Bussière
    Abonné
    jeudi 3 décembre 2009 06h49
    On peut quand même pas élire des robots!
    Le robots et autres ordinateurs n'ont aucun sentiment, ils analysent de façon mathématiques et prennent des décisions logiques, nous le numains ont a des sentiments et notre interlocuteur a besoin de nous plaire quand on le regarde dans les yeux sinon c'est fini on veux pu le voir! C'est pareils partout, on veux plaire, on aime plaire, quoi de plus plaisant qu'une petite croisière en bateau dans les eaux chaudes des mers du sud ou qu'une partie de hockey du canadien dans une belle loge en prenant sa ptite bière, la pêche, mon Dieu, irrésistible, agréable, ce sont là des passes temps très plaisant, les compagnies offrent celà à tous leur clients important et on en parle pas car c'est leurs argents qu'elles dépensent, les élus c'est pas pareils, quand ils s'agit de l'argent de nos impôts qu'on juge trop payer, on veux même pas avoir le moindre doute que des faveurs aient été accordées. Ou bien on élit des robots ou bien on reste avec les numains, je demande un référendum sur ce sujet.

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    jeudi 3 décembre 2009 07h33
    Rien de nouveau
    Les Libéraux fédéraux ont dû influencer leurs amis du provincial et BPR. Ces parties de pêche er de chasse furent encouragées lors du scandale des commandites. Souvenez-vous des salons de chasse et pêche régionnaux orchestrés par les agences de publicité et coordonnées par Denis Coderre. Politiciens et BPR ont sûrement fait des analyses de marché qui démontrent une loyauté accrue de ceux qui en font parti. Depuis l`arrivée des Libéraux de Charest rien n`est oublié pour siphoner les ressources de l`État québécois. Y aurait-il un plan pour enrichir les Libéraux aux dépend du payeur de taxes? Les Taschereau, Chrétien et Charest se ressemblent étrangement. Ça sent le poisson pourri!

  • Claude Kamps
    Inscrit
    jeudi 3 décembre 2009 09h08
    Dans ce monde ou internet est roi et indiscret
    Dans ce monde ou internet est roi et indiscret, les BPR et compagnies et autres fournisseurs de services aux divers gouvernements qui dépensent nos taxes, devraient cessez ces pratiques.

    Il était normal de vouloir influencer un client avec des appâts de pêche et autres, mais maintenant que le téléphone est photographe et enregistreur de vidéo, cela se sait bien trop vite...

    Et je ne trouve pas normal de devoir payer dans un réseau d'aqueduc les frais de voyages tout payer aux décideurs qui ont signer le dit contrat.

    Y a rien de gratuit, ces bonus sont inclus dans le prix du client... comme les avantages sociaux...

  • André Chevalier
    Abonné
    jeudi 3 décembre 2009 13h48
    Ne pas confondre client et fournisseur
    Si, comme individu, je mandate avec rémunération un intermédiaire pour me conseiller sur le choix d'un fournisseur et que ce mandataire accepte des faveurs, à mon insu, de la part de ces fournisseurs pour infléchir la décision, je considère qu'il manque à son devoir de loyauté envers moi.
    L'État est dans la même situation que moi lorsqu'il attribue des contrats et une telle situation est immorale.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    jeudi 3 décembre 2009 19h08
    Rumeur ou réalité, tout le monde devaient se douter de ce genre de chose.
    On dirait que dénoncer est dans l'air du temps. On ne sait pas où ça va nous mener. Ça ressemble beaucoup à du patronage.On dirait que c'est tellement bien ancré dans la culture. Ça se résume à peu près à ceci: Les amis de mes amis sont tes amis.

    On parle de tout ça en voulant donner l'impression que c'est nouveau. Alors que ça se produit depuis que le monde est monde. Si rien ne l'empêche de le faire, l'être humain cherche le chemin le plus facile quand il se dirige vers un point.

    On dit que le bonheur est idéalement un chemin que l'on suit au présent plutôt qu'une destination future à atteindre. C'est un peu la même chose quand on parle d'éthique. L'éthique doit se construire à mesure que l'on avance.

    Si bien intentionné soit-on, il se trouve presque toujours quelqu'un pour te tendre les pièges qu'il faut afin de te faire prendre le chemin qu'il voudrait que tu prennes. Ça n'excuse rien, comprenez que le sens de l'éthique est un tâche très difficile.

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    jeudi 3 décembre 2009 23h23
    Denis CODERRE
    Merci à Pierre-S Lefebvre pour ce petit rappel historique sur l'individu tant mâtiné par Paul Houde à Montréal maintenant au 98,5 FM, grand ami de Jean Lapierre.

    Autre petit rappel sur l'homme:

    Denis Coderre, Ministre de l'immigration, disait qu'il déporterait les immigrants qui appuieraient l'indépendance du Québec.? On oublie vite!

    Il est en Suède pour le dopage des athlètes. J'espère que les Suédois qui voudraient faire de Jérusalem-Est, en occupant actuellement la présidence de l'union européenne, la capitale de Palestine, vont penser à le garder.

    Michel Ignatieff a peut-être raison de se méfier de lui.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
7 réactions
2 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012