Saint-Jean-sur-Richelieu - Trois firmes de génie-conseil monopolisent les contrats
L'écart entre les soumissionnaires est semblable d'un appel d'offres à l'autre
Il n'y a pas qu'à Montréal qu'une poignée de firmes de génie-conseil font la pluie et le beau temps, se partageant presque tous les contrats. À Saint-Jean-sur-Richelieu, une ville de la Montérégie en pleine expansion qui a accordé beaucoup de contrats d'infrastructure au cours des deux dernières années, seulement trois entreprises de génie-conseil monopolisent les contrats, a découvert Le Devoir.
Pourtant, 50 entreprises de génie-conseil oeuvrent au Québec. De plus en plus grosses, ces firmes d'ingénieurs sont un rouage essentiel de l'industrie de la construction au Québec, travaillant main dans la main avec les entrepreneurs. La Sûreté du Québec a d'ailleurs confirmé il y a quelques semaines que l'opération Marteau scrute aussi les activités des firmes de génie-conseil.
Dans plusieurs appels d'offres à Saint-Jean, l'écart entre la soumission de la firme gagnante et celles des autres entreprises — toutes regroupées autour du même montant — est assez grand pour ne faire aucun doute sur le vainqueur, a constaté Le Devoir dans son enquête.
En 2008 et pour les huit premiers mois de 2009, Saint-Jean a accordé 34 contrats à des entreprises de génie-conseil, généralement pour des plans et devis d'infrastructure ou des services de surveillance des chantiers. Il s'agissait d'appels d'offres ou d'invitations.
La firme Teknika-HBA a remporté 40 % des mandats à elle seule. Elle a obtenu 10 contrats, en plus d'ajouter quatre mandats dans des consortiums. De son côté, la firme Les Consultants SM, qui appartient à Groupe SM, a remporté 10 mandats, soit 29 % du total. L'entreprise Genivar a quant à elle reçu six contrats, en plus d'en remporter un en consortium (20 %). Les trois firmes se partagent donc 89 % du marché du génie-conseil à Saint-Jean, une ville de plus de 91 000 habitants.
Les autres joueurs se partagent les miettes. La firme BPR a remporté deux mandats, en plus de contribuer à trois consortiums. Dessau a obtenu deux contrats.
Une telle concentration de contrats est aussi visible à Montréal, comme le révélait Le Devoir le 29 octobre dernier, puisque 73 % des contrats vont à seulement dix firmes de génie-conseil.
Sylvain Latour, chef de cabinet du maire de Saint-Jean, soutient que cette concentration de contrats est un hasard. «Certaines firmes ont de l'expertise dans un secteur de la ville alors que d'autres, non. Nous, à la Ville, notre travail est de sélectionner la firme qui soumet le prix le plus bas», a-t-il dit au Devoir.
Des écarts stables
Lors de ses recherches dans les archives de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, Le Devoir a constaté que, dans plusieurs appels d'offres, le soumissionnaire le plus bas ne faisait aucun doute, alors que la proposition de chacun des concurrents se situait à un prix semblable, souvent à quelques dollars près. Bref, statistiquement parlant, une entreprise avait clairement la voie libre.
Par exemple, le 17 mars 2008, le comité exécutif de la Ville accorde un mandat pour la réalisation de plans et devis d'infrastructures routières (rues Gouin et Mercier). La firme Genivar remporte facilement l'appel d'offres, avec un montant de 351 660 $. La soumission la plus près, celle de Dessau, était 15 % plus élevée, à 403 000 $, soit un écart important dans ce type de contrat. La firme Teknika-HBA (407 000 $) et Les Consultants SM (407 900 $) étaient dans les mêmes eaux que Dessau.
Un écart semblable s'est produit le même jour, lors d'un autre appel d'offres. Le 17 mars 2008, Genivar a remporté un contrat pour la réalisation de plans et devis d'infrastructures routières (rues Dorchester et Saint-Michel), soit dans un autre secteur de la ville. La soumission de Genivar, à 204 710 $, était sans concurrence puisque la soumission la plus proche était 13 % plus élevée. Il s'agissait de Consultants SM (232 500 $). Les autres firmes étaient près de ce montant: Teknika-HBA demandait 239 000 $ et Dessau, 246 000 $.
Les écarts importants entre le gagnant et ses concurrents dans les appels d'offres se multiplient. Ainsi, le 3 mars 2008, la Ville de Saint-Jean accorde un mandat de plans et devis pour la reconstruction des infrastructures dans le quartier Sacré-C¶ur. Les Consultants SM remportent l'appel d'offres avec une soumission de 208 300 $. L'autre soumission la plus près, celle de BPR, se chiffre à 228 000 $, soit environ 10 % de plus. Genivar, à 231 000 $, était tout près de BPR.
Le système d'écart se répète le 16 juin 2008. Un consortium Teknika-HBA-BPR l'emporte avec une soumission de 455 000 $. Le concurrent le plus près, Genivar, était 15 % plus élevé (525 000 $).
La Ville de Saint-Jean a confirmé que les entreprises qui obtiennent le cahier des charges pour répondre à l'appel d'offres peuvent facilement savoir quelles sont les entreprises concurrentes pour le même contrat. Les firmes n'ont qu'à faire la demande au Service des achats de la Ville.
Sylvain Latour, porte-parole de la Ville de Saint-Jean, refuse de penser que ces écarts systématiques pourraient démontrer un système bien huilé entre les firmes. «J'imagine que, si elle est plus basse que les autres, c'est que cette firme a de l'expertise dans le projet en question et les autres pas, alors c'est plus cher. Une firme peut avoir un intérêt plus que les autres, ce qui explique son prix. Nous, on doit seulement s'assurer que les règles de l'appel d'offres ont été respectées.»
Il rappelle que le conseil municipal a toujours le loisir de refuser les soumissions si elles sont trop élevées. «C'est déjà arrivé. On fait un travail de surveillance sur les prix», dit M. Latour.
Pourtant, 50 entreprises de génie-conseil oeuvrent au Québec. De plus en plus grosses, ces firmes d'ingénieurs sont un rouage essentiel de l'industrie de la construction au Québec, travaillant main dans la main avec les entrepreneurs. La Sûreté du Québec a d'ailleurs confirmé il y a quelques semaines que l'opération Marteau scrute aussi les activités des firmes de génie-conseil.
Dans plusieurs appels d'offres à Saint-Jean, l'écart entre la soumission de la firme gagnante et celles des autres entreprises — toutes regroupées autour du même montant — est assez grand pour ne faire aucun doute sur le vainqueur, a constaté Le Devoir dans son enquête.
En 2008 et pour les huit premiers mois de 2009, Saint-Jean a accordé 34 contrats à des entreprises de génie-conseil, généralement pour des plans et devis d'infrastructure ou des services de surveillance des chantiers. Il s'agissait d'appels d'offres ou d'invitations.
La firme Teknika-HBA a remporté 40 % des mandats à elle seule. Elle a obtenu 10 contrats, en plus d'ajouter quatre mandats dans des consortiums. De son côté, la firme Les Consultants SM, qui appartient à Groupe SM, a remporté 10 mandats, soit 29 % du total. L'entreprise Genivar a quant à elle reçu six contrats, en plus d'en remporter un en consortium (20 %). Les trois firmes se partagent donc 89 % du marché du génie-conseil à Saint-Jean, une ville de plus de 91 000 habitants.
Les autres joueurs se partagent les miettes. La firme BPR a remporté deux mandats, en plus de contribuer à trois consortiums. Dessau a obtenu deux contrats.
Une telle concentration de contrats est aussi visible à Montréal, comme le révélait Le Devoir le 29 octobre dernier, puisque 73 % des contrats vont à seulement dix firmes de génie-conseil.
Sylvain Latour, chef de cabinet du maire de Saint-Jean, soutient que cette concentration de contrats est un hasard. «Certaines firmes ont de l'expertise dans un secteur de la ville alors que d'autres, non. Nous, à la Ville, notre travail est de sélectionner la firme qui soumet le prix le plus bas», a-t-il dit au Devoir.
Des écarts stables
Lors de ses recherches dans les archives de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, Le Devoir a constaté que, dans plusieurs appels d'offres, le soumissionnaire le plus bas ne faisait aucun doute, alors que la proposition de chacun des concurrents se situait à un prix semblable, souvent à quelques dollars près. Bref, statistiquement parlant, une entreprise avait clairement la voie libre.
Par exemple, le 17 mars 2008, le comité exécutif de la Ville accorde un mandat pour la réalisation de plans et devis d'infrastructures routières (rues Gouin et Mercier). La firme Genivar remporte facilement l'appel d'offres, avec un montant de 351 660 $. La soumission la plus près, celle de Dessau, était 15 % plus élevée, à 403 000 $, soit un écart important dans ce type de contrat. La firme Teknika-HBA (407 000 $) et Les Consultants SM (407 900 $) étaient dans les mêmes eaux que Dessau.
Un écart semblable s'est produit le même jour, lors d'un autre appel d'offres. Le 17 mars 2008, Genivar a remporté un contrat pour la réalisation de plans et devis d'infrastructures routières (rues Dorchester et Saint-Michel), soit dans un autre secteur de la ville. La soumission de Genivar, à 204 710 $, était sans concurrence puisque la soumission la plus proche était 13 % plus élevée. Il s'agissait de Consultants SM (232 500 $). Les autres firmes étaient près de ce montant: Teknika-HBA demandait 239 000 $ et Dessau, 246 000 $.
Les écarts importants entre le gagnant et ses concurrents dans les appels d'offres se multiplient. Ainsi, le 3 mars 2008, la Ville de Saint-Jean accorde un mandat de plans et devis pour la reconstruction des infrastructures dans le quartier Sacré-C¶ur. Les Consultants SM remportent l'appel d'offres avec une soumission de 208 300 $. L'autre soumission la plus près, celle de BPR, se chiffre à 228 000 $, soit environ 10 % de plus. Genivar, à 231 000 $, était tout près de BPR.
Le système d'écart se répète le 16 juin 2008. Un consortium Teknika-HBA-BPR l'emporte avec une soumission de 455 000 $. Le concurrent le plus près, Genivar, était 15 % plus élevé (525 000 $).
La Ville de Saint-Jean a confirmé que les entreprises qui obtiennent le cahier des charges pour répondre à l'appel d'offres peuvent facilement savoir quelles sont les entreprises concurrentes pour le même contrat. Les firmes n'ont qu'à faire la demande au Service des achats de la Ville.
Sylvain Latour, porte-parole de la Ville de Saint-Jean, refuse de penser que ces écarts systématiques pourraient démontrer un système bien huilé entre les firmes. «J'imagine que, si elle est plus basse que les autres, c'est que cette firme a de l'expertise dans le projet en question et les autres pas, alors c'est plus cher. Une firme peut avoir un intérêt plus que les autres, ce qui explique son prix. Nous, on doit seulement s'assurer que les règles de l'appel d'offres ont été respectées.»
Il rappelle que le conseil municipal a toujours le loisir de refuser les soumissions si elles sont trop élevées. «C'est déjà arrivé. On fait un travail de surveillance sur les prix», dit M. Latour.
Haut de la page

