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Le sommet des bonnes intentions

Les participants ont fait l'éloge du maire, mais il faudra maintenant traduire en actions concrètes les 200 propositions retenues

Avec son sommet, le maire Gérald Tremblay a relevé le défi qu'il s'était donné en campagne électorale, celui de réunir autour d'une même table ceux qu'il appelle ses partenaires pour préciser les grandes priorités de Montréal. Il a récolté bien des éloges et réussi, pour quelques jours du moins, à faire oublier les premiers mois difficiles de son mandat. Mais cela ne signifie pas pour autant que dans l'opinion publique, le Sommet de Montréal a obtenu l'effet escompté.

«C'est un exercice extrêmement valable en autant qu'on le considère comme un investissement et qu'on va l'appliquer après. [...] C'est un nouveau pacte qui a été établi», assure Dinu Bumbaru, d'Héritage Montréal.


Le maire avait en tête d'élaborer, pour la nouvelle ville née des fusions, les grandes priorités pour le développement de la métropole. Des 27 sommets d'arrondissement, 13 sommets sectoriels et trois jours de discussions cette semaine ont permis de coucher sur papier quelque 200 propositions afin de doter Montréal d'un plan de développement pour les prochaines années.


Les participants se sont entendus pour créer une politique de développement économique local, réviser le cadre de financement du transport en commun, développer un plan intégré de gestion de l'eau potable et des eaux usées, protéger le mont Royal et adopter une politique du patrimoine. Ils ont aussi appuyé la création de la Cité des Arts du cirque, du Quartier des spectacles au centre-ville et d'une cité étudiante ainsi que réclamé une contribution accrue des autres paliers de gouvernement. Il ne s'agit que d'un échantillon des nombreuses priorités issues de ce sommet.


Les intentions sont louables, mais on ignore toujours comment seront financés les projets d'autant plus que les engagements monétaires de la Ville et des deux paliers de gouvernement (qui avaient délégué des représentants) n'ont pas été définis. «Ce n'était pas le but du sommet d'en arriver avec le détail financier des actions, c'était d'abord et avant tout de créer les consensus. Il appartiendra aux élus de faire le tri de tout ça, explique l'un des participants au sommet, Benoît Labonté, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.


Si l'on se fie à la majorité des bilans dressés par les chefs de délégation jeudi lors de la clôture de l'événement, le sommet fut une réussite. «Habituellement, nous souhaitons de donner la chance au coureur, mais pas dans votre cas; nous voulons courir avec vous!» a même lancé Robert Perreault, du Conseil régional de l'environnement de Montréal (CRE-Montréal).


Ces éloges des participants du sommet à l'endroit de Gérald Tremblay auront peu d'échos dans le grand public, croit toutefois Yves Dupré, président de la firme de relations publiques BDDS Shandwick. «De ce point de vue, le sommet n'est pas un grand succès. J'appellerais ça une belle tentative. Les gens vont se dire: "Il était assis à côté du premier ministre et il souriait. Ils ont signé une entente, mais voyons voir avant d'applaudir." [...] On ne lui donnera jamais beaucoup de crédit pour avoir tenu un sommet. Ça impressionne les gens qui y participent, mais dans l'opinion publique, qu'un maire organise un sommet, ça fait partie de sa job.»


Le partenariat qu'a obtenu le maire avec les chefs syndicaux et les louanges de Jean Lapierre, président des cols bleus, ne l'impressionnent pas. «Un Jean Lapierre qui me ferait ça, je lui demanderais de se retourner pour savoir s'il a un couteau dans sa man-che», dit-il. Selon lui, le comportement du président des cols bleus tient du stratagème.


Jean Lapierre a beaucoup à gagner sur le plan des relations publiques pour redorer son image, croit Noël Mallette, professeur de relations de travail à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. «Il faut qu'il démontre aux anciennes villes de banlieue que l'image qu'on avait de lui était fausse et résultait de mauvaises relations avec l'administration du temps. Les maires de banlieues l'ont diabolisé. [...] C'est un chef charismatique et redoutable. Il faut qu'il joue à la fois sur le plan de la défense des intérêts de ses membres et sur le plan politique, pour changer l'image un peu Hells Angels qu'il véhiculait.»


Il est toutefois relativement optimiste quand aux négociations qui s'amorcent entre les syndicats et la Ville. «Si le maire a une philosophie de porte ouverte avec M. Lapierre, il y a bien des chan-ces que les problèmes se règlent, croit-il. Mais quand on parle de partenariat et de concertation, le danger qui guette le syndicat, c'est d'être traité de syndicat de "vendus" par ses membres».


Le maire a marqué des points lors de ce sommet, admet pour sa part Arthur Sandborn, président Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN). Il déplore toutefois que certains dossiers, comme l'équité fiscale entre les arrondissements, n'aient pu être réglés. «Au moins, les élus savent maintenant ce que les gens pensent et on a pu exprimer nos inquiétudes.» Ce sont les trois prochaines années qui seront importantes, prévient-il, et non les trois jours de sommet qui vient de se terminer.


Phyllis Lambert, présidente du Centre canadien d'architecture, est confiante. Le nombre d'intervenants, l'énergie qui a émané des échanges et le brassage d'idées augurent bien pour l'avenir de Montréal. «J'adore cette forme de consultation publique parce que vous accomplissez beaucoup de choses», ajoute-t-elle en évoquant l'éventuelle création d'un quartier des spectacles qui forcera l'administration municipale à réviser les principes d'aménagement du centre-ville.


Tous conviennent qu'il ne faudra pas laisser les beaux principes se couvrir de poussière et tomber dans l'oubli. Gérald Tremblay a d'ailleurs promis de créer un forum permanent des chefs de délégation pour voir à la suite des événements. «Il y a une sincérité dans l'intention. Il faut que ça se poursuive dans la sincérité et la transparence», souhaite Dinu Bumbaru.
 
 
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