Labeaume contre Labeaume
Le maire de Québec devrait obtenir la majorité souhaitée au conseil
En raison de la domination de Régis Labeaume à Québec et de Danielle Roy-Marinelli à Lévis, les campagnes dans ces villes ont vu la forme l'emporter sur le contenu et les débats.
Québec — À Lévis, le sort en fut jeté dès le départ. Réélue sans opposition, la mairesse Marinelli a néanmoins cherché à «vendre» ses projets. Celle qui, en 2005, avait causé la surprise en chassant l'éternel Jean Garon du pouvoir défend toujours un programme axé sur le développement économique et le renouvellement des infrastructures.
Le troisième larron des élections de 2005, Gilles Lehouillier, étant désormais député du PLQ, les seules luttes possibles se trouvent au niveau des districts, notamment dans le Vieux-Lévis, où la candidate de Force 10 fait face, entre autres, à une icône du mouvement anti-Rabaska, Gaston Cadrin.
De l'autre côté du fleuve, dire que Régis Labeaume domine relève de l'euphémisme. Le dernier sondage en date lui accorde 88 % des intentions de vote. Bref, tout laisse croire que son voeu d'obtenir une majorité de conseillers (27 sièges sont à pourvoir) se réalisera.
23 septembre. Dans le sous-sol d'une centrale syndicale, les 11 candidats que le Renouveau municipal de Québec a réussi à garder ou à recruter lancent officiellement leur campagne. En plein point de presse, les affiches des candidats posées sur le mur du fond se mettent à tomber les unes après les autres. Maladroite, la chef du parti, Anne Beaulieu, dit tout haut ce que tous pensent tout bas: «Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas du tout un signe de ce qui s'en vient!»
Ce funeste lancement a donné le ton à une campagne qui pourrait sonner le glas d'un parti qui a connu des années beaucoup plus glorieuses sous Jean-Paul L'Allier et, dans une certaine mesure, Ann Bourget.
La tâche du RMQ était d'autant plus ardue que Régis Labeaume s'est approprié de larges pans de son programme (revitalisation du quartier Saint-Roch, investissements dans le logement social, défense de l'environnement). M. Labeaume, faut-il le rappeler, avait failli se faire élire à la tête de ce parti en 2005.
À côté d'un RMQ moribond, le Défi vert — un jeune parti environnemental fondé en 2007 — a réussi à présenter pas moins de 19 candidats malgré de faibles moyens. Or le maire sortant a privé ce parti et son chef, l'homme d'affaires Yonnel Bonaventure, de toute chance de se faire connaître en refusant de débattre avec lui. Même chose pour les autres candidats qui se sont lancés à la dernière minute dans la course à la mairie — Langis Harvey (indépendant), Philippe O'Brien (ind.), Lionel Laporte (ind.), l'ancien député du Bloc québécois Jean-Paul Marchand et l'animateur de radio Jeff Fillion. Régis Labeaume a fait comme s'ils n'existaient pas.
Personne ne s'étonnera dès lors que le principal adversaire de Régis Labeaume dans cette campagne ait été... Régis Labeaume lui-même. Ce dont il se moquera d'ailleurs dans un bilan fait hier. «Plusieurs disaient que j'aurais dû rester chez nous, ç'aurait été moins risqué.»
La première polémique de la campagne est survenue à la suite de propos tenus lors d'une entrevue éditoriale au Journal de Québec. «Ça part d'une saine crainte dans toute l'organisation. Il faut que les gens craignent le maire. [...] Je pète une coche régulièrement et, si je n'ai pas de raison de le faire, j'en trouve une.»
Accusé par l'Équipe Labeaume d'avoir cité le maire hors contexte, le journal se rétracte. N'empêche qu'au moment de faire un bilan de campagne, le principal intéressé reconnaîtra qu'il était allé trop loin et qu'il lui faudra changer de «comportement». Les syndicats des employés, eux, fourbissent leurs armes en vue des prochaines négociations, prévues dès 2010.
La rencontre entre Régis Labeaume et Gary Bettman à New York le 9 octobre a donné un nouvel élan à la labeaumanie, mais le maire commet un nouvel impair. Lors d'un faste point de presse organisé par la Ville, le candidat Labeaume fait du projet d'amphithéâtre un enjeu électoral. Saisi de plaintes, le Directeur général des élections le pousse à comptabiliser les frais de cet événement dans ses dépenses électorales.
De nouvelles irrégularités sont relevées en fin de course par le DGE quand une vidéo élogieuse du maire est diffusée sur la Toile par une station de radio commerciale. «Moi, j'ai le "feeling" que notre maire, c'est le plus meilleur maire», répète-t-on dans le petit film tourné sur la Grande Allée. Hier, la vidéo avait été visionnée à plus de
72 000 reprises.
Éclaboussé par les révélations du Devoir concernant le financement de son parti par les firmes BPR et Dessau, le maire répète qu'il lavera plus blanc que blanc et que personne ne saurait l'acheter. En fin de campagne, il enfonce le clou dans le cercueil du Défi vert en soumettant aux électeurs un ambitieux plan vert.
En dépit du triomphe annoncé de Régis Labeaume, de belles luttes s'annoncent dans une dizaine de districts. On surveillera notamment Vieux-Québec-Montcalm, où l'ancienne chef de cabinet d'André Boisclair, Line-Sylvie Perron (Équipe Labeaume), fait face à deux candidats bien implantés: la conseillère indépendante Anne Guérette (anciennement du quartier Montcalm) et le conseiller sortant du RMQ Jacques Joli-Coeur (anciennement du district du Vieux-Québec).
Dans Saint-Sacrement-Belvédère, l'élection de la vedette de télévision Claude Thibault paraît loin d'être acquise face au conseiller sortant, l'indépendant Yvon Bussières. D'autres batailles s'annoncent enfin dans l'ouest de la ville, notamment dans le Plateau, où le mari d'Andrée Boucher, Marc Boucher (indépendant), affronte pas moins de cinq candidats malgré ses 75 ans bien sonnants.
Québec — À Lévis, le sort en fut jeté dès le départ. Réélue sans opposition, la mairesse Marinelli a néanmoins cherché à «vendre» ses projets. Celle qui, en 2005, avait causé la surprise en chassant l'éternel Jean Garon du pouvoir défend toujours un programme axé sur le développement économique et le renouvellement des infrastructures.
Le troisième larron des élections de 2005, Gilles Lehouillier, étant désormais député du PLQ, les seules luttes possibles se trouvent au niveau des districts, notamment dans le Vieux-Lévis, où la candidate de Force 10 fait face, entre autres, à une icône du mouvement anti-Rabaska, Gaston Cadrin.
De l'autre côté du fleuve, dire que Régis Labeaume domine relève de l'euphémisme. Le dernier sondage en date lui accorde 88 % des intentions de vote. Bref, tout laisse croire que son voeu d'obtenir une majorité de conseillers (27 sièges sont à pourvoir) se réalisera.
23 septembre. Dans le sous-sol d'une centrale syndicale, les 11 candidats que le Renouveau municipal de Québec a réussi à garder ou à recruter lancent officiellement leur campagne. En plein point de presse, les affiches des candidats posées sur le mur du fond se mettent à tomber les unes après les autres. Maladroite, la chef du parti, Anne Beaulieu, dit tout haut ce que tous pensent tout bas: «Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas du tout un signe de ce qui s'en vient!»
Ce funeste lancement a donné le ton à une campagne qui pourrait sonner le glas d'un parti qui a connu des années beaucoup plus glorieuses sous Jean-Paul L'Allier et, dans une certaine mesure, Ann Bourget.
La tâche du RMQ était d'autant plus ardue que Régis Labeaume s'est approprié de larges pans de son programme (revitalisation du quartier Saint-Roch, investissements dans le logement social, défense de l'environnement). M. Labeaume, faut-il le rappeler, avait failli se faire élire à la tête de ce parti en 2005.
À côté d'un RMQ moribond, le Défi vert — un jeune parti environnemental fondé en 2007 — a réussi à présenter pas moins de 19 candidats malgré de faibles moyens. Or le maire sortant a privé ce parti et son chef, l'homme d'affaires Yonnel Bonaventure, de toute chance de se faire connaître en refusant de débattre avec lui. Même chose pour les autres candidats qui se sont lancés à la dernière minute dans la course à la mairie — Langis Harvey (indépendant), Philippe O'Brien (ind.), Lionel Laporte (ind.), l'ancien député du Bloc québécois Jean-Paul Marchand et l'animateur de radio Jeff Fillion. Régis Labeaume a fait comme s'ils n'existaient pas.
Personne ne s'étonnera dès lors que le principal adversaire de Régis Labeaume dans cette campagne ait été... Régis Labeaume lui-même. Ce dont il se moquera d'ailleurs dans un bilan fait hier. «Plusieurs disaient que j'aurais dû rester chez nous, ç'aurait été moins risqué.»
La première polémique de la campagne est survenue à la suite de propos tenus lors d'une entrevue éditoriale au Journal de Québec. «Ça part d'une saine crainte dans toute l'organisation. Il faut que les gens craignent le maire. [...] Je pète une coche régulièrement et, si je n'ai pas de raison de le faire, j'en trouve une.»
Accusé par l'Équipe Labeaume d'avoir cité le maire hors contexte, le journal se rétracte. N'empêche qu'au moment de faire un bilan de campagne, le principal intéressé reconnaîtra qu'il était allé trop loin et qu'il lui faudra changer de «comportement». Les syndicats des employés, eux, fourbissent leurs armes en vue des prochaines négociations, prévues dès 2010.
La rencontre entre Régis Labeaume et Gary Bettman à New York le 9 octobre a donné un nouvel élan à la labeaumanie, mais le maire commet un nouvel impair. Lors d'un faste point de presse organisé par la Ville, le candidat Labeaume fait du projet d'amphithéâtre un enjeu électoral. Saisi de plaintes, le Directeur général des élections le pousse à comptabiliser les frais de cet événement dans ses dépenses électorales.
De nouvelles irrégularités sont relevées en fin de course par le DGE quand une vidéo élogieuse du maire est diffusée sur la Toile par une station de radio commerciale. «Moi, j'ai le "feeling" que notre maire, c'est le plus meilleur maire», répète-t-on dans le petit film tourné sur la Grande Allée. Hier, la vidéo avait été visionnée à plus de
72 000 reprises.
Éclaboussé par les révélations du Devoir concernant le financement de son parti par les firmes BPR et Dessau, le maire répète qu'il lavera plus blanc que blanc et que personne ne saurait l'acheter. En fin de campagne, il enfonce le clou dans le cercueil du Défi vert en soumettant aux électeurs un ambitieux plan vert.
En dépit du triomphe annoncé de Régis Labeaume, de belles luttes s'annoncent dans une dizaine de districts. On surveillera notamment Vieux-Québec-Montcalm, où l'ancienne chef de cabinet d'André Boisclair, Line-Sylvie Perron (Équipe Labeaume), fait face à deux candidats bien implantés: la conseillère indépendante Anne Guérette (anciennement du quartier Montcalm) et le conseiller sortant du RMQ Jacques Joli-Coeur (anciennement du district du Vieux-Québec).
Dans Saint-Sacrement-Belvédère, l'élection de la vedette de télévision Claude Thibault paraît loin d'être acquise face au conseiller sortant, l'indépendant Yvon Bussières. D'autres batailles s'annoncent enfin dans l'ouest de la ville, notamment dans le Plateau, où le mari d'Andrée Boucher, Marc Boucher (indépendant), affronte pas moins de cinq candidats malgré ses 75 ans bien sonnants.
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