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Tremblay fait tomber deux têtes

Le contrat des compteurs d'eau sera annulé... après les élections

Jeanne Corriveau   23 septembre 2009  Villes et régions
Craignant de voir sa campagne électorale noyée par la controverse des compteurs d'eau, le maire Gérald Tremblay a annoncé hier son intention d'annuler le contrat de 356 millions de dollars accordé au consortium Génieau. Au passage, il a limogé deux hauts fonctionnaires de la Ville, qu'il tient responsables de l'ignorance dans laquelle les élus ont été tenus quant aux problèmes liés au contrat.

Quelques heures après que le vérificateur général eut présenté un rapport embarrassant pour son administration, le maire Tremblay a fait savoir hier après-midi qu'il allait mettre un terme au contrat des compteurs d'eau. Du même souffle, il a annoncé que le directeur général de la Ville, Claude Léger, ainsi que le directeur des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, allaient quitter leurs fonctions.

«Le rapport que j'avais demandé au vérificateur général nous apporte un éclairage que nous n'avions pas sur ce contrat. À l'évidence, il y a eu des accrocs à des étapes cruciales du processus qui m'apparaissent inacceptables», a-t-il dit pour expliquer ses décisions.

Dans son rapport, le vérificateur général a relevé de multiples entorses dans le processus qui a conduit à l'octroi de ce contrat en novembre 2007 à Génieau, un consortium formé de Dessau et de Simard-Beaudry Construction. Jacques Bergeron a également dénoncé d'importantes lacunes dans la transmission d'informations aux élus. Pendant que le processus d'octroi du contrat était en cours, trois mises en garde concernant le projet de contrat ont été adressées à de hauts fonctionnaires, dont Claude Léger, mais elles n'ont pas été relayées au maire Tremblay ni aux élus, a dit le vérificateur.

Le maire Tremblay a indiqué que le départ de MM. Léger et Cassius de Linval avait été convenu «d'un consentement mutuel». Il paraissait fort soulagé que les élus n'aient pas été montrés du doigt dans le rapport. «Je pense que si nous avions eu toute l'information qui est contenue dans le rapport du vérificateur général, le processus aurait été définitivement différent de celui que nous avons voté», a-t-il indiqué.

C'est la directrice générale adjointe, Rachel Laperrière, qui assumera l'intérim à la direction générale de la Ville. Le maire lui a d'ailleurs confié une première mission, soit celle d'élaborer un plan d'action «vigoureux» visant à resserrer les règles entourant le recours à l'expertise externe et de revoir le rôle du privé dans la préparation des contrats. M. Tremblay souhaite aussi que les mécanismes de reddition de comptes auprès des élus soient renforcés.

Le coût d'une annulation

Gérald Tremblay a affirmé qu'il était trop tôt pour préciser combien coûterait l'annulation du contrat des compteurs d'eau. Une clause du contrat prévoit une pénalité équivalant à 1 % du montant du contrat, à laquelle il faut ajouter les frais liés aux travaux déjà exécutés. Le maire a fait valoir qu'un délai de carence de trois mois était prévu en cas d'annulation.

La décision d'annuler le contrat devra être entérinée par le conseil municipal, mais le maire ne souhaite visiblement pas convoquer une séance extraordinaire pendant que la campagne électorale bat son plein. «Je ne veux pas faire de ce contrat un enjeu politique ou encore que les gens en profitent pour faire de la partisanerie politique», a-t-il indiqué. Invoquant le délai de carence de trois mois, il a dit qu'il serait difficile de convoquer une séance extraordinaire avant la tenue des élections.

L'opposition a rejeté les explications du maire. «Balayer ça sous le tapis pendant la campagne électorale ne fera qu'ajouter au coût que les Montréalais devront payer pour sauver la carrière politique du maire», a soutenu le chef de l'opposition, Benoit Labonté. Selon lui, il ne s'agit pas d'un délai de carence, mais plutôt d'un délai de pénalité, car une fois prise par le conseil municipal, la décision d'annuler le contrat devient effective trois mois plus tard. «Chaque jour de retard va coûter des milliers, et peut-être des millions de dollars aux Montréalais», a dit M. Labonté.

Même si le parti d'opposition reconnaît que l'annulation du contrat était «la seule décision possible dans les circonstances», la chef de Vision Montréal, Louise Harel, a accusé le maire d'avoir omis d'exercer «un devoir de vigilance tout à fait élémentaire».

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, estime pour sa part que les démissions forcées de Claude Léger et de Robert Cassius de Linval ne sont qu'une «tactique pour blanchir» Gérald Tremblay. «Il était quand même responsable. Et que ces gens-là, prétendument, ne l'aient informé de rien, c'est ahurissant comme explication. Il finit de liquider sa garde rapprochée», a indiqué M. Bergeron.

Par voie de communiqué, le consortium Génieau a dit prendre acte de l'annonce faite par le maire. Les prochaines semaines permettront d'évaluer les coûts de l'annulation éventuelle du contrat, s'est-on limité à dire. Pour l'instant, l'administration Tremblay n'envisage pas d'annuler l'entente avec BPR, la firme qui a géré le contrat des compteurs d'eau.

***

Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino
 
 
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