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La ville qui fait pop!

michel brière tourisme trois-rivières
Le spectacle terminé, la fête se poursuivra jusqu’à l’aube dans un centre-ville qui a l’habitude des nuits qui s’étirent.
michel brière tourisme trois-rivières Le spectacle terminé, la fête se poursuivra jusqu’à l’aube dans un centre-ville qui a l’habitude des nuits qui s’étirent.
Trois-Rivières la méconnue, la mal aimée, la sous-estimée, aura demain 375 ans. Malgré son âge vénérable, jamais la ville n'aura paru aussi jeune et sans complexes. L'heure est en effet à la célébration pour celle qui en a plus qu'assez d'être une simple escale entre Québec et Montréal. Bienvenue dans la ville qui fait pop!

Québec a eu son Moulin à images, Trois-Rivières aura demain son Tapiskwan Sipi, point d'orgue d'un été placé sous le signe de la fête. Historique sans être pédagogique, poétique sans pour autant tomber dans le cérébral, ce mégaspectacle multimédia se veut un événement rassembleur, au carrefour des cultures qui ont redessiné le nouveau Trois-Rivières, celui-là même qui confond jusqu'aux plus sceptiques.

Tout a commencé par une publicité mettant en vedette la nouvelle signature de la deuxième plus vieille dame francophone de l'Amérique du Nord. «T-Rès Trois-Rivières» met l'accent sur une ville offrant «beaucoup d'intensité au pied carré». La fusion, en 2002, aura permis de rassembler des musées, des salles de spectacle, des restaurants, des bars, des boutiques, des parcs et un centre-ville piétonnier autour du quartier historique. Tout ça dans un rayon d'un kilomètre, avec le Saint-Laurent en arrière-plan et la culture comme point de ralliement.

«On a un milieu culturel très riche à Trois-Rivières et on a beaucoup développé autour de ça, ce qui nous a valu cette année le titre de capitale culturelle», raconte le maire, Yves Lévesque. Résultat: ça pétille de partout, affirme celui qui a fait grimper le budget de la culture de 122 % depuis la fusion. «Et ça va s'intensifier encore avec la construction d'un amphithéâtre unique au Québec, un projet de 45 millions de dollars à l'embouchure de la Saint-Maurice et du Saint-Laurent, à l'image de ceux qui font la fierté de Chicago et de Saratoga.»

Ce réaménagement urbain extrême a valu à Trois-Rivières de nombreux prix. Mais la plupart sont restés confidentiels et les Trifluviens trépignent d'impatience à l'idée de les faire découvrir aux Québécois. «Les Trifluviens aiment la nouvelle identité de leur ville et n'hésitent plus à le dire haut et fort», se félicite le maire Lévesque. «Samedi, rien ne surpassera leurs efforts. C'est définitivement à Trois-Rivières qu'il faudra être», promet le directeur général du Comité des fêtes du 375e anniversaire, Steve Dubé.

Les lève-tôt ont rendez-vous au parc Antoine-Gauthier, où sera lancé le Rendez-vous des coureurs des bois. À 13h, le public assistera à l'arrivée des rabaskas partis de Montréal le 1er juillet. Au menu: tirs de mousquets et embuscade en mémoire de la bataille de Trois-Rivières, en 1776. «C'est une démarche symbolique et non une reconstitution historique», précise Steve Dubé. Échaudé par la controverse autour de la bataille des plaines d'Abraham? «Honnêtement? Non. C'est juste qu'on n'a jamais eu les budgets pour faire une reconstitution. D'autant que cette bataille-là, on l'a gagnée!»

Une épopée poétique

En soirée, Tapiskwan Sipi (du nom que les Atikamekws donnent à la rivière Saint-Maurice) mettra en lumière le côté festif et éclectique de Trois-Rivières. Le tout sous une forme difficile à résumer, même pour son metteur en scène, Charles Guillemette. «Je dirais que c'est d'abord un gros spectacle musical. Mais en même temps, c'est tellement plus que ça. Disons que c'est un show hybride qui traverse l'histoire de Trois-Rivières en six blocs, des premiers occupants jusqu'à aujourd'hui, mais de manière très actuelle.»

Conçue par Christian Laflamme, la trame musicale est l'épine dorsale de cette créature hybride dotée d'un livret qui décoiffe, explique Charles Guillemette. «Prenons le bloc religion, par exemple: on va pouvoir y entendre une chanteuse d'opéra qui livre une ode à Jésus sur laquelle on a mixé les voix des petits chanteurs, elles-mêmes plaquées sur un beat techno lounge mêlé à des percussions africaines, le tout entrecoupé d'un numéro de flamenco.» Ouf!

Un peu capillotracté tout ça, non? «J'admets que ça peut paraître décousu au premier abord, mais je pense que c'est dans la mixité que le spectacle tire toute sa force, assure son metteur en scène, qui affirme n'avoir eu aucun mal à entrer dans la tête de la bête. La trame sonore de Christian [Laflamme] est très efficace. Quand on l'entend, on voit bien qu'il y a un fil conducteur qui tient du début à la fin».

Steve Dubé a vu les répétitions qui ont mobilisé le travail d'une centaine d'artisans et s'attend à ce que chacun y trouve son compte, qu'il ait 7 ou 77 ans. «Beaucoup de gens se méfient des spectacles historiques, mais on a tout fait pour actualiser la formule et la rendre plus ludique.» D'autant que le public aura aussi son mot à dire, croit Charles Guillemette. «On n'a pas voulu surligner tout à gros traits. Les gens vont pouvoir se construire leur propre poétique.» Ce qui n'est pas si mal dans une ville qui consacre depuis déjà longtemps un festival à la poésie!

Le spectacle terminé, la fête se poursuivra jusqu'à l'aube dans un centre-ville qui a l'habitude des nuits qui s'étirent. De mai à septembre, pas une fin de semaine ne passe sans que la ville ne vibre sous l'énergie d'un événement culturel, gastronomique ou sportif. En cette année anniversaire, tous ces rendez-vous ont une programmation bonifiée grâce au coup de pouce du Comité des fêtes, qui a consolidé leur offre en dépit d'un budget pour le moins famélique.

L'idée, c'est de marquer durablement les esprits et les coeurs. Le reste viendra de soi, croit Steve Dubé. «Regardez Québec: un an après le 400e, la ville continue sur sa lancée. Ils ont le Moulin à images, le Cirque du Soleil. On espère faire comme eux en préservant tout ce qu'on a bâti et en maintenant la cadence.» Pas de problème: de l'énergie, les Trifluviens en ont à revendre, assure le maire Lévesque. «On n'a pas les budgets de Québec, mais on a un talent extraordinaire pour canaliser l'énergie des gens et ça, ça n'a pas de prix.»






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