La culture et le tourisme au coeur du bilan
Feu d’artifice sur les plaines d’Abraham, lors des cérémonies de clôture des fêtes du 400e de Québec.
Les gens de Québec ont «l'impression qu'il se passe quelque chose» chez eux depuis le 400e. Reste à savoir si cette impression survit à l'épreuve des faits.
Québec — «Le maire est en campagne électorale depuis son élection», souligne le professeur de communication publique à l'Université Laval, Thierry Giasson. Élu à la suite du décès de la mairesse Boucher à mi-mandat, Régis Labeaume héritait de surcroît de deux dossiers sensibles: les fêtes du 400e anniversaire de Québec et le renouvellement des conventions collectives.
Sur la scène municipale, les dernières années avaient été marquées par la division, voire l'acrimonie, ambiance que la crise interne du 400e n'a pas contribué à défaire, jusqu'au sauvetage in extremis qu'on connaît. Une réussite inespérée: non seulement le 400e avait-il évité la catastrophe mais il avait triomphé. Dans la mémoire locale, cette histoire fait figure de conte de fées.
Sur sa page Web, le chroniqueur radio d'Info-800 Mathieu Tanguay parle de la ville de façon plutôt lyrique. «Tellement plus belle et attrayante que Montréal. La qualité de vie fait en sorte que peu importe ce que l'avenir me réserve, je reviendrai TOUJOURS à Québec.» En entrevue au téléphone, il développe sa pensée.
«On veut tous une ville vivante qui va nous faire tripper, explique le jeune homme. On y a pris goût pendant le 400e et on veut que ça continue. Et ça semble être le voeu du maire. C'est sûr que c'est une corde sensible chez les 18-35 ans. On ne veut pas que ce soit une ville plate et qu'on ait juste envie de prendre nos vacances ailleurs [...] J'ai des amis qui sont partis à Montréal et Ottawa pour des emplois. Maintenant, ils songent à revenir à Québec et je pense que ce n'est pas étranger à l'effervescence qui plane au-dessus de la ville depuis un certain temps.»
Si tous s'accordent pour reconnaître le rôle déterminant du maire dans le sauvetage du 400e anniversaire de Québec, le bilan est beaucoup plus ambigu en ce qui concerne ses négociations avec les employés municipaux.
Régis Labeaume a donné l'impression d'avoir tenu tête aux syndicats et d'avoir eu raison de leurs résistances. Or ses méthodes agressives n'ont pas convaincu tout le monde et les cols bleus ne sont pas près d'oublier qu'il les a traités publiquement de «fourreurs de système».
«Ce n'est jamais bon de construire une société en tapant sur une partie de la population, nommément les policiers, les pompiers et les fonctionnaires», croit le professeur Claude Cossette, également du département de communication publique de l'Université Laval. «Jamais ils n'oublieront.» D'ailleurs tout n'est pas réglé sur ce plan, le conflit avec les policiers et les pompiers étant toujours en arbitrage.
Partout, partout, partout
Quoi qu'on pense de sa performance d'un point de vue qualitatif, la quantité des dossiers auxquels Régis Labeaume a touchés en à peine un an et demi est impressionnante. «Il avait peu de temps pour s'illustrer. On le voit au nombre d'annonces qui se succèdent à un rythme effarant. Il est partout, omniprésent, il a une opinion sur tout», note le professeur Giasson. Cette semaine, on a même eu droit à une sortie en lien avec le dossier Villanueva, le maire s'indignant du fait que des services de police enquêtent sur d'autres corps policiers.
Autre fait notable, on ne compte plus les comités et groupes de travail créés en marge des structures existantes pour réfléchir à l'avenir de la ville: comité sur la gouvernance des organismes para-municipaux, comité stratégique de l'accès à la région, comité sur la mobilité durable... Celui qu'il a créé sur la gouvernance municipale a d'ailleurs mené à une loi autorisant la réduction du nombre de conseillers municipaux à la ville de Québec.
Enfin, il est tentant de voir dans le nombre de grands chantiers lancés par M. Labeaume ces derniers mois les signes d'assurance d'un maire prêt à passer de nombreuses années en poste. Après tout, ses prédécesseurs Gilles Lamontagne et Jean Pelletier ont chacun gouverné pendant 12 ans; Jean-Paul L'Allier pendant 16 ans. Et sans son décès subit, qui sait combien d'années Andrée Boucher aurait passées à la mairie?
Interventionniste
Mais c'est résolument en culture et en tourisme que le maire a su s'illustrer de la manière la plus concrète durant ce court mandat. En plus du 400e, la signature des ententes avec Ex Machina et le Cirque du Soleil pour la diffusion de nouveaux spectacles les cinq prochaines années a créé tout un émoi. Et elle lui a valu des résistances féroces de l'opposition. Depuis quand les taxes foncières servent-elles à financer la présentation de spectacles? a demandé Alain Loubier, le chef du Renouveau municipal de Québec (RMQ).
Et ce n'est pas tout. Toujours interventionniste en culture, le maire de Québec a annoncé lors du Sommet Horizon Culture, en février dernier, que la ville allait soutenir la production d'une série télévisée de Télé-Québec parce qu'elle serait tournée dans la capitale. Enfin, M. Labeaume a créé un nouveau programme de soutien à la relève baptisé Première Ovation. Un projet auquel il a associé nul autre que Pierre-Karl Péladeau.
À ce titre, le maire a créé en, quelques mois, un nombre impressionnant d'alliances. Un legs non négligeable, selon son attaché de presse Paul-Christian Nolin. «C'est quelqu'un qui est capable de saisir la bonne affaire ou l'opportunité dans chacun des dossiers qui lui est présenté. [...] Il cherche toujours à mettre en commun. C'est aussi ce qui a fait le succès du 400e: il a réussi à réunir les bonnes personnes.»
***
Collaboratrice du Devoir
Québec — «Le maire est en campagne électorale depuis son élection», souligne le professeur de communication publique à l'Université Laval, Thierry Giasson. Élu à la suite du décès de la mairesse Boucher à mi-mandat, Régis Labeaume héritait de surcroît de deux dossiers sensibles: les fêtes du 400e anniversaire de Québec et le renouvellement des conventions collectives.
Sur la scène municipale, les dernières années avaient été marquées par la division, voire l'acrimonie, ambiance que la crise interne du 400e n'a pas contribué à défaire, jusqu'au sauvetage in extremis qu'on connaît. Une réussite inespérée: non seulement le 400e avait-il évité la catastrophe mais il avait triomphé. Dans la mémoire locale, cette histoire fait figure de conte de fées.
Sur sa page Web, le chroniqueur radio d'Info-800 Mathieu Tanguay parle de la ville de façon plutôt lyrique. «Tellement plus belle et attrayante que Montréal. La qualité de vie fait en sorte que peu importe ce que l'avenir me réserve, je reviendrai TOUJOURS à Québec.» En entrevue au téléphone, il développe sa pensée.
«On veut tous une ville vivante qui va nous faire tripper, explique le jeune homme. On y a pris goût pendant le 400e et on veut que ça continue. Et ça semble être le voeu du maire. C'est sûr que c'est une corde sensible chez les 18-35 ans. On ne veut pas que ce soit une ville plate et qu'on ait juste envie de prendre nos vacances ailleurs [...] J'ai des amis qui sont partis à Montréal et Ottawa pour des emplois. Maintenant, ils songent à revenir à Québec et je pense que ce n'est pas étranger à l'effervescence qui plane au-dessus de la ville depuis un certain temps.»
Si tous s'accordent pour reconnaître le rôle déterminant du maire dans le sauvetage du 400e anniversaire de Québec, le bilan est beaucoup plus ambigu en ce qui concerne ses négociations avec les employés municipaux.
Régis Labeaume a donné l'impression d'avoir tenu tête aux syndicats et d'avoir eu raison de leurs résistances. Or ses méthodes agressives n'ont pas convaincu tout le monde et les cols bleus ne sont pas près d'oublier qu'il les a traités publiquement de «fourreurs de système».
«Ce n'est jamais bon de construire une société en tapant sur une partie de la population, nommément les policiers, les pompiers et les fonctionnaires», croit le professeur Claude Cossette, également du département de communication publique de l'Université Laval. «Jamais ils n'oublieront.» D'ailleurs tout n'est pas réglé sur ce plan, le conflit avec les policiers et les pompiers étant toujours en arbitrage.
Partout, partout, partout
Quoi qu'on pense de sa performance d'un point de vue qualitatif, la quantité des dossiers auxquels Régis Labeaume a touchés en à peine un an et demi est impressionnante. «Il avait peu de temps pour s'illustrer. On le voit au nombre d'annonces qui se succèdent à un rythme effarant. Il est partout, omniprésent, il a une opinion sur tout», note le professeur Giasson. Cette semaine, on a même eu droit à une sortie en lien avec le dossier Villanueva, le maire s'indignant du fait que des services de police enquêtent sur d'autres corps policiers.
Autre fait notable, on ne compte plus les comités et groupes de travail créés en marge des structures existantes pour réfléchir à l'avenir de la ville: comité sur la gouvernance des organismes para-municipaux, comité stratégique de l'accès à la région, comité sur la mobilité durable... Celui qu'il a créé sur la gouvernance municipale a d'ailleurs mené à une loi autorisant la réduction du nombre de conseillers municipaux à la ville de Québec.
Enfin, il est tentant de voir dans le nombre de grands chantiers lancés par M. Labeaume ces derniers mois les signes d'assurance d'un maire prêt à passer de nombreuses années en poste. Après tout, ses prédécesseurs Gilles Lamontagne et Jean Pelletier ont chacun gouverné pendant 12 ans; Jean-Paul L'Allier pendant 16 ans. Et sans son décès subit, qui sait combien d'années Andrée Boucher aurait passées à la mairie?
Interventionniste
Mais c'est résolument en culture et en tourisme que le maire a su s'illustrer de la manière la plus concrète durant ce court mandat. En plus du 400e, la signature des ententes avec Ex Machina et le Cirque du Soleil pour la diffusion de nouveaux spectacles les cinq prochaines années a créé tout un émoi. Et elle lui a valu des résistances féroces de l'opposition. Depuis quand les taxes foncières servent-elles à financer la présentation de spectacles? a demandé Alain Loubier, le chef du Renouveau municipal de Québec (RMQ).
Et ce n'est pas tout. Toujours interventionniste en culture, le maire de Québec a annoncé lors du Sommet Horizon Culture, en février dernier, que la ville allait soutenir la production d'une série télévisée de Télé-Québec parce qu'elle serait tournée dans la capitale. Enfin, M. Labeaume a créé un nouveau programme de soutien à la relève baptisé Première Ovation. Un projet auquel il a associé nul autre que Pierre-Karl Péladeau.
À ce titre, le maire a créé en, quelques mois, un nombre impressionnant d'alliances. Un legs non négligeable, selon son attaché de presse Paul-Christian Nolin. «C'est quelqu'un qui est capable de saisir la bonne affaire ou l'opportunité dans chacun des dossiers qui lui est présenté. [...] Il cherche toujours à mettre en commun. C'est aussi ce qui a fait le succès du 400e: il a réussi à réunir les bonnes personnes.»
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